FRÉJUS : Patrimoine – Les monstres et chimères du Moy…
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FRÉJUS : Patrimoine – Les monstres et chimères du Moyen Âge s’emparent des plafonds du cloître
Le Centre des monuments nationaux présente une exposition inédite explorant l’imaginaire médiéval des créatures fantastiques, à découvrir dès le 7 mars.
C’est une plongée fascinante dans l’imaginaire collectif et historique que propose le Centre des monuments nationaux (CMN) en ce début de printemps. Du 7 mars au 30 juin 2026, le cloître de la cathédrale de Fréjus accueille l’exposition « Monstres et chimères sur les plafonds peints du Moyen Âge ». Si ces figures hybrides et inquiétantes peuplent aujourd’hui nos écrans, du cinéma aux jeux vidéo, leur omniprésence remonte à des temps bien plus anciens. L’exposition, conçue par l’Association internationale de recherche sur les charpentes et plafonds peints médiévaux (RCPPM), met en lumière la façon dont ces créatures ont investi l’art et l’architecture religieuse et civile entre le XIIIème et le XVIème siècle.
Un bestiaire entre avertissement et imaginaire
L’exposition invite les visiteurs à décrypter le sens caché derrière ces représentations parfois effrayantes, souvent énigmatiques. Dans la pensée médiévale, la distinction entre le monstre et la chimère est fondamentale. Le monstre, dont l’étymologie renvoie au latin *monstrare* (montrer) ou *monstrum* (le prodige), agit comme un signal. Il incarne l’altérité, désignant parfois un être réel mais difforme, ou une créature supposée vivre dans des contrées inexplorées. Il est perçu comme un avertissement divin ou un présage qu’il convient de déchiffrer.
La chimère, en revanche, est une pure construction de l’esprit. Sans identité propre ni récit figé, elle est le fruit d’un assemblage audacieux empruntant des éléments aux règnes animal, humain et végétal. Ce qui lie ces deux figures, c’est leur hybridité. Comme l’illustrent les panneaux de l’exposition, ces images médiévales témoignent d’une formidable capacité à dépasser l’observation du réel pour donner corps à l’improbable, préfigurant le fantastique et le monde des rêves.
Une résonance unique avec l’histoire du cloître
Le choix du cloître de la cathédrale de Fréjus pour accueillir cet événement ne doit rien au hasard. Ce monument emblématique du Var constitue en effet un écrin exceptionnel pour une telle thématique. Il s’agit du seul cloître en France à avoir conservé un plafond médiéval peint, orné d’un bestiaire fantastique d’une richesse remarquable. Le visiteur pourra ainsi mettre en perspective les photographies de l’exposition, issues de campagnes d’études menées dans toute l’Europe méridionale, avec les œuvres originales qui le surplombent. Ces peintures, commandées au XIVème siècle par le chapitre des chanoines, ne servaient pas uniquement de décoration : elles manifestaient la richesse de la cité épiscopale et affichaient le rang social de leurs commanditaires. Les personnages et animaux représentés y mêlent scènes religieuses, vie quotidienne et créatures symboliques.
L’importance de la sauvegarde patrimoniale
Cette mise en lumière est aussi l’occasion de rappeler l’histoire mouvementée de ce site classé. Édifié au XIIIème siècle au cœur du groupe épiscopal fondé sur l’antique cité de Jules César, le cloître a subi de nombreuses transformations, notamment après la Révolution française où il fut vendu comme bien national. Ses galeries furent alors murées et surélevées. C’est grâce à l’intervention de Prosper Mérimée, inspecteur général des Monuments historiques, qui signala en 1854 l’intérêt majeur des galeries encore visibles, que le site put être sauvé. Classé en 1862 et racheté par l’État en 1920, il a retrouvé son volume d’origine grâce à d’importantes restaurations.
Aujourd’hui, les amoureux du patrimoine peuvent d’ailleurs continuer à soutenir sa préservation via la plateforme « Ma pierre à l’édifice » (https://www.monuments-nationaux.fr).
Conférence inaugurale
Pour prolonger la découverte, une conférence animée par Georges Puchal se tiendra le jour de l’ouverture, samedi 7 mars 2026 à 15 heures. Spécialiste du sujet et co-commissaire de l’exposition, il apportera un éclairage érudit sur ces plafonds peints domestiques et religieux qui constituent un patrimoine souvent méconnu mais essentiel à la compréhension de l’art médiéval. L’événement est organisé en partenariat avec la RCPPM, une structure scientifique qui œuvre à la documentation et à la valorisation de ces ensembles décoratifs à travers l’Europe.
L’exposition est accessible aux heures d’ouverture habituelles du monument, sans surcoût sur le droit d’entrée.
Pour préparer leur venue, les visiteurs sont invités à consulter le site officiel du cloître (https://www.cloitre-frejus.fr).

