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DRAGUIGNAN : Chagall et la mosaïque, par Grégory COUDERC

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DRAGUIGNAN : Chagall et la mosaïque, par Grégory COUDERC

Le musée des beaux-arts de Draguignan propose en ce moment, une exposition toute particulière et dont l’histoire est incroyable.

En effet, originaire du sud de la France, Marguerite Maeght connait bien l’histoire de Sainte Roseline dont les miracles sont célèbres dans cette région. Elle décide alors de lui demander un petit-fils (elle a déjà plusieurs petites-filles). Son vœu exaucé, la collectionneuse et mécène se sentant redevable, fait appel à ses plus proches amis artistes pour s’attaquer à la restauration de la chapelle dédiée à la sainte, située aux Arcs-sur-Argens. Giacometti, Chagall, Bazaine et Ubac participeront à ce chantier et donneront à cet édifice une dimension céleste.

Le vœu de Marguerite Maeght est présenté au MBA de Draguignan jusqu’au 22 septembre.

Extraits du catalogue d’exposition

Chagall et la mosaïque

par Grégory Couderc, responsable scientifique, musée national Marc Chagall

Le Repas des anges ou Le Miracle de sainte Roseline, 1975,

Chapelle Sainte-Roseline, Les Arcs-sur-Argens, mosaïste Michel Tharin

Tout comme le vitrail, la tapisserie, la sculpture ou la céramique, la mosaïque fait partie des nouvelles expressions artistiques que Marc Chagall expérimente après la Seconde Guerre mondiale. Elle ouvre de nouvelles voies à l’artiste dans ses recherches sur la lumière, les matériaux et la couleur mais surtout dans la création d’œuvres monumentales qui dialoguent avec l’architecture. La mosaïque du Miracle de sainte Roseline conservée aux Arcs-sur-Argens s’inscrit dans une série de quatorze projets de mosaïques répartis à travers le monde et dont six se trouvent dans le sud de la France. Contrairement aux vitraux qui présentent majoritairement des thèmes bibliques, les mosaïques de Chagall se distinguent plutôt par leurs thèmes profanes : Message d’Ulysse, Orphée, Les Quatre saisons, Les Amoureux… Unique mosaïque se référant au Nouveau Testament et à la Vie des Saints dans la religion chrétienne, la mosaïque du Miracle de sainte Roseline fait partie des quatre dont le thème est religieux avec Le Mur des Lamentations à Jérusalem, Le Char d’Elie pour le musée national Marc Chagall à Nice, Moïse sauvé des eaux pour la cathédrale de Vence. (…) Réalisée dans un arc en plein cintre, la mosaïque représente la table du repas préparée par deux anges majestueux. Sur la droite, Roseline est ailée pour rappeler son échange avec Dieu, ce qui fait d’elle un intercesseur du message divin.

En arrière-plan, la ville d’Avignon est surplombée par un soleil enveloppé de milliers de fleurs évoquées par des touches de couleurs, qui rappellent le premier miracle des roses, celui où, après avoir caché des aliments dans son tablier pour donner aux pauvres et prise par surprise par son père, elle ouvrit son tablier et une brassée de roses en tomba. Comme pour Abraham et les trois anges dans le cycle du Message Biblique, Chagall s’inspire de l’icône russe du XVe siècle, La Trinité de Roublev, datée de 1410- 1427, conservée à la Galerie Tretiakov à Moscou. Pour la réalisation de cette mosaïque monumentale de 6,48 m×5,70 m, Chagall collabore pour la deuxième fois avec le mosaïste Michel Tharin. À la demande de l’artiste, le retable du XVIIe siècle est déplacé dans la chapelle pour pouvoir accueillir la mosaïque et offrir le recul nécessaire à sa contemplation. Lovée sous un arc en plein cintre, la mosaïque offre une composition dynamique et vibrante, jouant avec les subtils reflets de lumière et les textures des multiples tesselles qui la composent. Comme pour l’ensemble de ses mosaïques, Chagall imagine la scène sur un fond clair, mais ici, les touches de couleurs vives sont plutôt réparties sur le pourtour de la scène. Les tesselles de marbre de différentes nuances de blancs et de crèmes, au rendu très mat, tranchent intensément avec les carreaux de pâtes de verre, colorés, brillants et qui reflètent la lumière. Ces jeux de lumière, effets illusionnistes d’une œuvre en mouvement, transforment l’espace architectural en une expérience visuelle et spirituelle unique.