BRUXELLES : Protection du loup – Des ONG dénoncent un…
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BRUXELLES : Protection du loup – Des ONG dénoncent une décision politique contre la science
Des ONG dénoncent la proposition de l’UE de déclasser le loup, une manœuvre politique qui menacerait l’espèce au profit de lobbies privés.
Bruxelles – Un collectif d’organisations non gouvernementales (ONG) tire la sonnette d’alarme ce jeudi 26 mars 2026, face à la proposition de la Commission européenne de déclasser le statut de protection du loup. Dans un communiqué, elles dénoncent une décision politique qui légitimerait des abattages plus nombreux, en contradiction avec les données scientifiques et la législation européenne. Alors que la persécution humaine est déjà la première cause de mortalité des loups en Europe, les ONG réclament une transparence totale sur les intérêts qui motivent ce projet.
Une décision politique au mépris de la science
Selon les associations, cette proposition, promue par la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, s’appuie sur un rapport de 2023 produit par un cabinet de conseil privé et non sur des évaluations scientifiques rigoureuses. Elles y voient une « manœuvre anti-scientifique » servant les intérêts des « lobbies de l’agro-chasse » et visant à démanteler des lois de protection de la nature établies de longue date.
Face à ce qu’elles considèrent comme un vide juridique et scientifique, trois recours ont été déposés devant la Cour de justice de l’Union européenne pour contester ce déclassement. Les décisions, toujours attendues, pourraient annuler cette orientation politique. Les ONG rappellent que la science est sans équivoque : les populations de loups en Europe n’ont pas encore atteint un état de conservation favorable, comme le confirme l’Agence européenne pour l’environnement.
La France, un des pays les plus agressifs envers le loup
Le communiqué pointe particulièrement la situation en France, décrite comme l’un des pays de l’UE où « l’abattage des loups est le plus agressif ». Depuis 2014, les tirs autorisés auraient causé la mort d’environ 1 500 loups, un chiffre probablement sous-estimé en raison du braconnage.
Pour l’hiver 2024-2025, la population lupine française est estimée à 1 082 individus, un nombre qui stagne depuis trois ans en raison de la pression de l’abattage. L’Office français de la biodiversité (OFB) estime que le taux de survie annuel de l’espèce est de 66 %, un seuil critique en deçà duquel la population décline. Or, avec le quota d’abattage prévu pour 2026 (environ 200 loups, soit 20 à 23 % de la population), une étude de l’OFB et du Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) estime la probabilité de diminution de la population entre 61 % et 66 %.
Libéraliser l’abattage, une régression de 50 ans
Le déclassement aurait une conséquence directe : la libéralisation de la chasse au loup. Pour les ONG, cela marquerait un « recul injustifiable de près de 50 ans », en normalisant la violence envers la faune sauvage. Cette orientation politique est en décalage avec la réalité des chiffres : les pertes de bétail dues à la prédation du loup ne représentent qu’environ 0,06 % à 0,07 % du cheptel ovin et caprin de l’UE. Le reste, affirment les associations, n’est que « discours politique ».
Les données sur la biomasse des mammifères sur Terre sont également rappelées pour mettre en perspective la situation : les mammifères sauvages ne constituent que 4 % de la biomasse totale, contre 34 % pour les humains et 62 % pour le bétail.
L’échec des mesures préventives non létales
Le rapport met en lumière un paradoxe majeur : l’Union européenne alloue des millions d’euros chaque année pour financer des mesures de prévention des attaques (clôtures électriques, chiens de garde, regroupement nocturne du bétail), mais leur mise en œuvre n’est pas obligatoire. Souvent, les fonds disponibles via la Politique agricole commune (PAC) ou le programme LIFE+ ne sont pas pleinement sollicités ou utilisés par les agriculteurs.
Pourtant, des études comme celle du projet LIFE WolfAlps démontrent que « les coûts liés à la présence de grands carnivores ne sont pas nécessairement élevés si le bétail est élevé de manière appropriée » et qu’il est possible de réduire l’impact des prédations à des niveaux économiquement acceptables grâce à ces mesures.
Une crise de mortalité invisible et des données lacunaires
Un autre point soulevé est l’absence totale de données centralisées sur la mortalité des loups en Europe. « Combien de loups meurent chaque année dans l’UE ? Personne ne le sait », alerte le communiqué. Ce manque de suivi, combiné à l’absence de méthodologie européenne commune pour le recensement, compromet toute évaluation cohérente de l’état de conservation de l’espèce à l’échelle de l’Union.
Les ONG réfutent par ailleurs le mythe d’une « croissance imparable » du loup, expliquant que, selon la science, les populations s’autorégulent à l’approche de leur densité optimale, comme c’est le cas dans les Alpes occidentales italiennes.
Appel à un quota « zéro abattage »
Face à ce constat, les ONG pressent les 27 États membres de rejeter la proposition de la Commission et d’opter pour un quota « zéro abattage », seule option jugée conforme au droit européen et aux données scientifiques actuelles. Elles rappellent que plusieurs pays, comme le Portugal ou la Pologne, ont déjà annoncé leur intention de maintenir une protection stricte.
Elles citent une décision du Conseil européen de 2022 qui concluait déjà que, « sur la base des données actuelles, l’abaissement du statut de protection de toutes les populations de loups n’est pas justifié d’un point de vue scientifique et de conservation ». Les associations appellent donc les États membres à « rétablir la légalité, de maintenir des normes environnementales strictes et de réaffirmer leur responsabilité morale envers la nature et la science ».


