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ARLES : Photographie – La Fisheye Gallery explore l’intime chinois et la mémoire de l’AFP

La Fisheye Gallery propose un dialogue saisissant entre la jeune scène photographique chinoise et le patrimoine historique de l’Agence France-Presse.

Du 6 juillet au 3 octobre 2026, Arles vibrera au rythme de deux expositions photographiques majeures à la Fisheye Gallery. L’une, intitulée « 感 (Gǎn) », plonge dans l’univers de trois artistes de la nouvelle garde chinoise qui font de l’intime une réponse poétique au chaos du monde. L’autre, « AFP Collection », ouvre pour la première fois les archives de l’Agence France-Presse, révélant les tirages de presse originaux qui ont immortalisé les soubresauts du 20ème siècle.

感 (Gǎn) : le cœur comme refuge politique

Face à un monde contemporain tumultueux, les photographes Hui Choi, Li Hui et Nyo Jinyong Lian choisissent un repli stratégique vers la sphère privée. Leur démarche s’articule autour du logogramme chinois 感 (Gǎn), un terme polysémique qui désigne une expérience touchant profondément le corps et l’esprit, une sensation qui vient du cœur. Loin d’être un renoncement, ce voyage intérieur se transforme en un puissant acte d’émancipation.

Hui Choi, artiste multimédia de Guangzhou, explore le gǎnjué (le ressenti brut). Sa série The Swan’s Journey capture dans une « violente douceur » la dualité de l’existence : destruction et renaissance, extase et solitude.

« Pour moi, la photographie argentique est en fait plus contrôlable et plus ouverte à l’intervention personnelle. […] L’argentique ralentit la perception et rend chaque décision plus intentionnelle », explique l’artiste.

Li Hui, photographe autodidacte de Hangzhou, se penche sur le gǎndòng (l’émotion sensible). Dans ses « intimités silencieuses », les visages s’effacent pour laisser place à des atmosphères oniriques où la contemplation et la lenteur sont reines.

« Un fragment de peau peut faire écho à un paysage, un fruit peut suggérer un organe, une forme simple peut sembler presque vivante », confie-t-elle.

Enfin, Nyo Jinyong Lian, installée à Paris, examine le gǎnqíng (l’affection agissante). Sa série I Hope Someday You’ll Join Us interroge les dynamiques de pouvoir cachées dans la sphère domestique, convaincue que les micro-relations de confiance sont les fondations d’une reconstruction politique.

« Aujourd’hui, notre expérience psychologique a atteint un endroit que l’humanité n’a jamais habité auparavant. C’est un paysage rempli de brume. […] La photographie est à la fois cette brume et le vent qui la traverse », analyse la jeune photographe.

AFP Collection : l’histoire en train de se faire

En contrepoint, la galerie dévoile un trésor patrimonial :

Une sélection de tirages de l’Agence France-Presse issus de l’âge d’or du photojournalisme, de la fin des années 1940 aux années 1980. En ouvrant son « coffre-fort » physique de 6 millions de clichés, l’AFP offre une plongée inédite dans la matérialité de l’information avant le numérique.

Ces épreuves gélatino-argentiques ne sont pas de simples images ; ce sont des reliques de l’actualité. Elles portent les stigmates de l’urgence : annotations manuscrites, traits de recadrage au crayon gras, tampons des rédactions. Pour révéler cette archéologie du geste journalistique, les tirages sont présentés entre deux plaques de verre, rendant leur verso aussi éloquent que leur recto. De la violence des conflits au culte des célébrités, c’est toute la mémoire collective du siècle dernier qui se déploie sous les yeux des visiteurs.

Ce projet, labellisé au titre du Bicentenaire de la photographie, connaîtra un prolongement exceptionnel dans le métro parisien de septembre 2026 à janvier 2027, en collaboration avec la RATP.

Informations pratiques

Les expositions « 感 (Gǎn) » et « AFP Collection » se tiendront du 6 juillet au 3 octobre 2026 à la Fisheye Gallery, située au 19, rue Jouvène à Arles. Le vernissage aura lieu le vendredi 10 juillet 2026 à 18h30, en présence des artistes Hui Choi et Nyo Jinyong Lian.

via Presse Agence (rédigé à partir d’un communiqué de presse transmis à la rédaction).