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AIX EN PROVENCE : Mémoire – Le Festival de Pâques investit le Camp des Milles pour une journée hors norme

Le Camp des Milles et le Festival de Pâques s’unissent le 29 mars pour une journée inédite mêlant musique, mémoire et engagement citoyen.

C’est une collaboration symbolique forte qui se concrétise à Aix-en-Provence. Le dimanche 29 mars 2026, le Site-Mémorial du Camp des Milles accueille une délocalisation exceptionnelle du Festival de Pâques. Baptisée « Penser, ne pas oublier », cette journée s’inscrit dans le volet solidaire « Musique en partage » du festival et propose une réflexion croisée sur la place de l’art face aux fractures de l’Histoire.

Le choix du lieu ne doit rien au hasard. Seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact, le Camp des Milles fut, paradoxalement, un foyer de création intense durant l’été 1942. Pour de nombreux internés, peindre, écrire ou composer constituait alors l’ultime rempart contre la déshumanisation.

L’art pour affronter l’Histoire

Pour les organisateurs, il ne s’agit pas d’une simple programmation culturelle, mais d’une démarche militante. Dominique Bluzet, directeur exécutif du Festival de Pâques, explique ce déplacement nécessaire : « La musique ne vient pas ici adoucir l’Histoire ; elle vient l’affronter, l’interroger, la traverser ». Il évoque une volonté de redonner à la musique sa « place de nécessité » lorsque les mots manquent.

Cette vision est partagée par Alain Chouraqui, président de la Fondation du Camp des Milles – Mémoire et Éducation, qui voit dans cet événement une réponse aux crises actuelles. « Dans un monde traversé par les crises, l’instantané et la perte de repères, l’art demeure l’un des rares espaces où subsistent sens, mémoire et dialogue », souligne-t-il.

Des intellectuels au chevet de la démocratie

Le programme s’articule autour de deux grandes tables rondes animées par l’anthropologue des religions Alain Cabras, conçues pour provoquer des rencontres inédites. La matinée (10h00) verra dialoguer l’écrivain et économiste Jacques Attali avec l’organiste et compositeur Bernard Foccroulle sur le thème « Ce que l’art transmet à la démocratie ».

L’après-midi (15h30) élargira le spectre avec un échange intitulé « Dialogue entre engagement spirituel, responsabilité sociale et mémoire ». Ce débat réunira Delphine Horvilleur, rabbin et auteure, et Laurent Berger, directeur de l’Institut Mutualiste pour l’Environnement et la Solidarité (Crédit Mutuel Alliance Fédérale). Ces voix, venues d’horizons divers, tenteront de définir ce qu’est la responsabilité humaine face à l’effondrement des repères.

Les musiques de Terezín et l’Hymne des Milles

La dimension musicale, portée par le directeur artistique Renaud Capuçon, fera écho à ces réflexions avec une charge émotionnelle particulière. Le violoniste, accompagné du Quatuor Fidelio et des musiciens Paul Zientara (alto) et Krzysztof Michalski (violoncelle), interprétera des œuvres composées dans le camp de concentration de Terezín. Les partitions de Gideon Klein, Hans Krása et Erwin Schulhoff, nées dans l’adversité radicale, résonneront entre les murs du mémorial.

« Les écouter aujourd’hui, c’est accepter d’être traversé par cette tension fragile entre l’effondrement et la persistance de l’humain », analyse Renaud Capuçon.

Un moment fort est attendu en fin de journée avec l’interprétation de l’Hymne des Milles. Cette œuvre fut écrite en 1939 à l’intérieur même du camp aixois par Max Schlesinger, musicien et poète interné. Sa reprise par Renaud Capuçon symbolise la résilience par la création. Le programme se clora sur les Variations Goldberg de Bach, conçues comme une « méditation sur la possibilité d’un apaisement ».

Informations pratiques

L’événement est entièrement gratuit et ouvert à tous, mais la réservation est obligatoire à partir de ce jeudi 5 mars 2026 via le site officiel du festival (www.festivalpaques.com). Des navettes payantes seront mises à disposition au départ du Grand Théâtre de Provence pour faciliter l’accès au site, situé 40 chemin de la Badesse.

En prolongement de cette journée mémorielle, le Festival de Pâques proposera le soir même au Grand Théâtre de Provence le Requiem de Verdi par l’Orchestre et Chœur de l’Opéra de Zürich, une œuvre surnommée après la guerre le « Requiem de Terezín » pour son rôle historique dans le camp.