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ADDIS ABEBA : John Dramani MAHAMA : « Le défi n’est pas la disponibilité des capitaux, mais la manière dont nous les déployons »

Les dirigeants africains lancent le Mécanisme de financement des infrastructures pour accélérer les projets stratégiques et renforcer l’autonomie financière.

C’est une étape décisive pour l’autonomie économique du continent qui s’est jouée en Éthiopie. En marge du 39ème sommet de l’Union africaine, les chefs d’État et de gouvernement ont officiellement lancé le Mécanisme de financement des infrastructures africaines (AIFF). Cette nouvelle plateforme, pilotée par l’Afrique, entend répondre à une problématique chronique : la difficulté de transformer les volontés politiques en projets d’infrastructures concrets et financés.

L’événement s’est tenu lors du Troisième Dialogue Présidentiel de Haut niveau de l’Alliance des Institutions Financières Multilatérales Africaines (AAMFI), sous le patronage de John Dramani Mahama, Président de la République du Ghana. L’objectif affiché est clair : rompre avec la dépendance aux systèmes financiers extérieurs et bâtir une architecture continentale robuste.

Un paradoxe financier à résoudre

Le constat dressé lors de ce sommet est sans appel. L’Afrique ne manque pas d’argent, mais de mécanismes pour l’utiliser efficacement. « L’Afrique dispose de réserves de capitaux nationaux dépassant 2 500 milliards de dollars US. Le défi n’est pas la disponibilité des capitaux, mais la manière dont nous les déployons intentionnellement dans les infrastructures, l’industrialisation et la création d’emplois pour réaliser l’Agenda 2063 et la Zone de libre-échange continentale africaine », a déclaré John Dramani Mahama, Président du Ghana.

Pour les dirigeants présents, les systèmes de financement actuels sont trop fragmentés et évaluent mal le risque africain, entraînant des coûts de capitaux prohibitifs. L’ambition est donc de mobiliser ces ressources internes vers des projets productifs plutôt que de les laisser dormir ou s’exporter.

Structurer pour mieux financer

L’un des obstacles majeurs identifiés n’est pas tant la pertinence des projets que leur préparation technique et financière. C’est ici qu’intervient l’AIFF. « Le Mécanisme de financement des infrastructures africaines a été conçu pour remédier à l’obstacle le plus persistant à la réalisation des infrastructures en Afrique : le décalage entre l’approbation politique et l’exécution financière », a souligné le Dr George Elombi, Président du Conseil d’administration d’Afreximbank.

Selon cet expert, trop de dossiers sont bloqués car « mal structurés ou mal alignés sur les exigences du capital à long terme ». En mutualisant les expertises et les cadres de gestion des risques, le nouveau mécanisme vise à rendre les projets « bancables » plus rapidement.

Une coordination institutionnelle indispensable

Le déficit de financement des infrastructures en Afrique est estimé à environ 221 milliards de dollars par an pour la période 2023-2030. Pour combler ce fossé, la convergence entre volonté politique et coordination technique est impérative. « Le lancement de l’AIFF est une démonstration puissante de ce qui peut être réalisé lorsque la volonté politique et la coordination institutionnelle convergent », a affirmé S.E. Mme Francisca Tatchouop Belobe, Commissaire à l’Union africaine.

Cette approche collaborative est également défendue par les acteurs du secteur de l’assurance et de la réassurance. « En partageant stratégiquement les risques, en renforçant nos institutions et en mobilisant les capitaux nationaux et privés, nous pouvons construire un écosystème financier résilient », a insisté le Dr Corneille Karekezi, PDG d’Africa Reinsurance Corporation.

Vers une souveraineté monétaire

Au-delà des infrastructures, le sommet a permis d’avancer sur le terrain de la coopération monétaire. La République du Cameroun a symboliquement déposé l’instrument de ratification du Protocole et des Statuts du Fonds monétaire africain (FMA). Ce geste s’inscrit dans une dynamique plus large visant à opérationnaliser les institutions financières de l’Union africaine pour assurer la stabilité macroéconomique du continent.

L’AAMFI (https://www.afreximbank.com), qui regroupe douze institutions pesant plus de 70 milliards de dollars, se positionne désormais comme le bras armé de cette reconquête de la souveraineté financière, indispensable à la concrétisation de l’Agenda 2063. Afreximbank, institution majeure du commerce intra-africain, joue un rôle central dans ce dispositif.