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PARIS : Idris Nechirvan Barzani inaugure une statue du général de Gaulle, symbole d’une amitié franco-kurde forgée à travers les générations
Une statue en marbre du général Charles de Gaulle a été inaugurée jeudi dans la capitale du Kurdistan irakien, célébrant une amitié entre la France et le peuple kurde que les deux parties font remonter à près de six décennies.
Le monument a été dévoilé dans le parc Sami Abdulrahman à Erbil lors d’une cérémonie organisée par la Fondation Rwanga et le Consulat général de France à Erbil. L’événement a réuni des représentants du président Massoud Barzani et du président de la Région du Kurdistan, Nechirvan Barzani, ainsi que le consul général de France Yann Braem, des diplomates et de hauts responsables locaux.

L’inauguration a été conduite par Idris Nechirvan Barzani, fondateur et président de la Fondation Rwanga, qui a fait de cette organisation l’une des institutions les plus actives de la région dans les domaines de l’éducation, du développement, de la durabilité environnementale et de la préservation du patrimoine culturel depuis sa création en 2013.
La cérémonie revêtait également une dimension profondément personnelle. Au-delà de l’hommage rendu à l’une des figures les plus marquantes de l’histoire française, la statue honore également l’héritage de son grand-père, le défunt leader kurde Mustafa Barzani, dont la correspondance historique avec le général de Gaulle demeure l’un des épisodes fondateurs des relations entre la France et le peuple kurde. La présence d’Idris Nechirvan Barzani aux côtés de responsables français et kurdes a souligné l’importance durable de cette relation à travers les générations.
Le consul général Yann Braem a rappelé que les relations entre la France et les Kurdes remontent à 1966 et n’ont cessé de se renforcer depuis lors. Il a notamment salué le rôle de Danielle Mitterrand, ancienne Première dame de France, qui fut l’une des plus ferventes défenseures de la cause kurde sur la scène internationale, aux côtés de nombreuses autres personnalités françaises engagées en faveur des droits du peuple kurde.
Au cœur de la cérémonie figurait une plaque reproduisant le texte d’une lettre adressée par Mustafa Barzani au général de Gaulle en 1968. À l’époque, le mouvement national kurde menait une longue lutte contre les gouvernements successifs de Bagdad. L’Irak cherchait alors à acquérir du matériel militaire français de pointe, notamment des avions de combat Mirage de Dassault.
Craignant les conséquences d’une telle vente, Mustafa Barzani avait écrit directement au président français, invoquant son héritage de résistant et son attachement au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il avertissait que la fourniture d’armes à l’Irak sans résolution préalable de la question kurde ne ferait qu’aggraver les souffrances et entraîner davantage de pertes civiles, appelant la France à soutenir une solution juste et pacifique.
Selon Hassan Aladdin, directeur de la Fondation Rwanga, le général de Gaulle décida finalement de ne pas donner suite à cette demande d’armement. Cette décision est restée dans la mémoire collective kurde comme un symbole de solidarité et a inspiré la fondation dans son choix d’ériger une statue en son honneur à Erbil.
L’œuvre a été réalisée en marbre par le sculpteur kurde Aram Nasir, ancien étudiant en France. L’artiste a expliqué avoir privilégié un style réaliste et représenté le général de Gaulle à un âge mûr, afin de mettre en valeur la sagesse, la dignité et la stature qui caractérisent son héritage.
Les relations entre la France et le peuple kurde ont été marquées par plusieurs moments décisifs, depuis la réponse de Charles de Gaulle à Mustafa Barzani jusqu’à l’engagement de Danielle Mitterrand plusieurs décennies plus tard. Affectueusement surnommée par de nombreux Kurdes « la mère des Kurdes », Danielle Mitterrand a milité pour l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus du Kurdistan après la guerre du Golfe et a inauguré le premier Parlement de la Région du Kurdistan en 1992.
La France fut également l’un des premiers pays à ouvrir une représentation diplomatique à Erbil après la chute de Saddam Hussein en 2003. Depuis lors, Paris est demeuré l’un des partenaires internationaux les plus constants de la Région du Kurdistan, lui apportant un soutien diplomatique, politique et militaire, notamment dans la lutte contre l’organisation État islamique.
Pour Idris Nechirvan Barzani, dont la fondation est à l’origine de cette initiative, cette inauguration représente bien davantage que l’installation d’un monument public. Elle constitue un hommage à un chapitre unique de l’histoire kurde, à l’héritage de Mustafa Barzani et à une amitié franco-kurde qui continue de traverser les générations.


