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PARIS : Budget – Le flou sur 6 milliards d’€ d’économies nourrit la défiance au Parlement
L’annonce de 6 milliards d’euros d’économies par le Gouvernement est vivement contestée au Parlement, où le manque de clarté aggrave la défiance.
Le bras de fer entre le gouvernement et le Parlement sur le budget a repris de plus belle. Quelques semaines seulement après un premier examen tendu, les 6 milliards d’euros d’économies promis par l’exécutif pour compenser le coût du conflit au Moyen-Orient sont au cœur d’une nouvelle controverse. La promesse, martelée depuis l’automne, était pourtant claire : « *pour chaque euro dépensé, un euro économisé* ». Mais dans les rangs des commissions des Finances de l’Assemblée nationale et du Sénat, le scepticisme domine.
« *J’ai beau additionner, le compte n’y est pas* », résume, lassé, un élu de la commission des Finances.
Ce sentiment illustre un flou jugé persistant qui alimente la méfiance envers la stratégie gouvernementale.
Un « coup de rabot » tardif et contesté
Après plusieurs semaines d’attente, le ministère de l’Économie et des Finances a finalement transmis le détail de son plan d’économies. Loin de rassurer, cette communication tardive a renforcé les soupçons d’impréparation. Les parlementaires, tant à droite qu’à gauche, dénoncent un « coup de rabot » généralisé, appliqué sans vision d’ensemble ni hiérarchisation des priorités.
Le Sénat, qui avait déjà exprimé son mécontentement en décembre, a durci le ton, accusant l’exécutif de repousser les arbitrages douloureux pour ne pas s’aliéner d’éventuels soutiens, quitte à laisser le déficit public se creuser. Les sénateurs reprochent au gouvernement de « *remettre à plus tard* » les décisions difficiles.
Une Assemblée fragmentée, un déficit qui se creuse
Face à ce qu’il a considéré comme une impasse, le rapporteur général du Budget à l’Assemblée, Philippe Juvin (LR), a tenté de proposer une alternative. Son amendement visait à appliquer un rabot transversal sur toutes les missions budgétaires, à l’exception des fonctions régaliennes (Défense, Justice, Sécurité), afin de dégager 6,2 milliards d’euros.
La tentative s’est cependant heurtée à l’impossibilité de construire une majorité. Les coupes envisagées dans des secteurs comme l’Éducation ou l’Écologie ont été jugées inacceptables par le Parti Socialiste et les Écologistes, entraînant le rejet de la proposition. Neuf autres missions, de la santé au sport, ont également été sanctuarisées par des votes contraires.
Samedi, les débats, marqués par un absentéisme notable de plusieurs groupes (Liot, Horizons, UDR, GDR), ont abouti au rejet de la partie « dépenses » du budget, un jour après celui de la partie « recettes ». Les voix du Rassemblement National, de La France Insoumise, des Écologistes et des Républicains se sont unies contre le texte, tandis que le PS, le MoDem et Renaissance se sont abstenus.
Un calendrier serré dans un climat d’incertitude
En intégrant les amendements adoptés et en reprenant la version initiale du Sénat, les députés ont paradoxalement augmenté les dépenses de 6,8 milliards d’euros, selon les calculs de Philippe Juvin. Le déficit prévisionnel s’en trouve encore aggravé, potentiellement au-delà des 5,3 % du PIB estimés par la chambre haute.
Le texte doit revenir en nouvelle lecture dans l’hémicycle, avec un calendrier serré prévoyant la fin des débats le 23 janvier. L’exécutif maintient ses objectifs – adoption du budget avant fin janvier, déficit sous les 5 % et hausse des crédits de la défense – mais l’issue reste très incertaine, faute de majorité stable et de compromis en vue, notamment avec le PS, sur un éventuel pacte de non censure en cas de recours à l’article 49.3.
Le symptôme d’un malaise politique
Au-delà de la bataille de chiffres, c’est la méthode du gouvernement qui crispe. De nombreux parlementaires fustigent un exécutif qui privilégie la communication à la démonstration, en avançant des économies invérifiables sans présenter de trajectoire budgétaire claire et lisible.
Dans un contexte politique fragile marqué par une majorité relative et des oppositions déterminées, cette incapacité à justifier 6 milliards d’euros d’économies apparaît comme le symbole d’un pouvoir qui peine à convaincre et à asseoir sa crédibilité, même sur ses propres chiffres.
Bernard BERTUCCO VAN DAMME (PRESSE AGENCE – LA GAZETTE DU VAR) via Presse Agence.

