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PARIS : Aziz Abu Sarah et Maoz Inon, unis par le deuil : « La réconciliation est inévitable »

Endeuillés par le conflit, l’Israélien Maoz Inon et le Palestinien Aziz Abu Sarah portent un message commun de paix et de fraternité en Terre Sainte.

Leurs histoires personnelles auraient dû en faire des ennemis irréconciliables. L’Israélien Maoz Inon a perdu ses parents, tués par le Hamas lors de l’attaque du 7 octobre 2023. Le Palestinien Aziz Abu Sarah a perdu son frère, tué par des militaires israéliens lorsqu’il était enfant. Pourtant, de ces drames personnels est née une amitié fraternelle et un combat commun pour la paix, qu’ils racontent dans leur livre « La paix est notre avenir. Un voyage de réconciliation en Terre Sainte », paru en avril dernier.

Invités sur France Inter le 22 mai, ils ont livré un témoignage poignant sur la genèse de leur lien, défiant les logiques de haine et de vengeance qui déchirent leur région.

Du deuil à la fraternité

Pour Maoz Inon, tout a basculé avec un simple message reçu après le massacre de ses parents.

« J’ai perdu mes parents le 7-Octobre, j’ai perdu des amis d’enfance, j’ai perdu des gens que j’ai connus toute ma vie, mais je t’ai gagné toi, comme frère, merci Aziz », a-t-il confié à l’antenne, s’adressant à son ami.

Ce message d’Aziz, il le décrit comme « une main tendue qui m’avait sauvé de la noyade, d’un océan de douleur et de deuil ». Une réaction qui a transcendé les clivages, comme l’explique Aziz Abu Sarah.

« Quand Maoz a perdu ses parents, je n’ai pas pensé à lui en tant que l’autre, mais en tant qu’humain, un humain qui a perdu ses parents », se souvient le militant palestinien.

Il souligne la rapidité avec laquelle son ami a su transformer sa douleur en un appel à la paix.

« Cela m’a pris huit ans pour dépasser la peine et la haine, Maoz a pris seulement quelques jours », souligne-t-il. « Maoz a compris tout de suite, dès le début, que plus nous perdons notre temps dans la tuerie, dans la destruction, dans la guerre, cela nous mènera nulle part ».

Un projet commun pour la paix

Leur amitié s’est concrétisée par des actions communes, notamment à travers leur organisation à but non lucratif, InterAct International, qu’ils codirigent. Leur livre est une invitation à un voyage de huit jours à travers la Terre Sainte, de Jérusalem à Nazareth, pour montrer qu’une autre réalité existe, loin de la rhétorique guerrière.

« Notre peuple ne se divise pas entre Israéliens et Palestiniens, mais entre ceux qui croient à la paix, et ceux qui n’y croient pas, ou pas encore », affirment-ils.

Ils dénoncent ce qu’ils appellent un « grand mensonge » entretenu depuis des décennies.

« Depuis près d’un siècle, nous sacrifions les nôtres au nom d’un grand mensonge : celui que la prochaine guerre nous apportera enfin la sécurité et la liberté », écrivent-ils.

Pour Aziz Abu Sarah, l’échec de la violence est une évidence.

« La guerre est un cancer, la haine est un cancer et il faudrait y faire face », assène-t-il. « J’ai vécu plus de 20 guerres. Où sommes-nous après 20 guerres ? Je n’ai pas de liberté et lui, il n’a pas de sécurité ».

Un appel à la communauté internationale

Face à l’escalade de la violence et à la politique du gouvernement israélien, Maoz Inon appelle la communauté internationale, et notamment l’Europe, à agir. Il demande des « sanctions puissantes et fortes contre qui que ce soit qui choisisse la force et la purification ethnique ».

Il dénonce également un double standard dans la couverture médiatique des violences, en évoquant le traitement des prisonniers palestiniens.

« Ce que Ben Gvir et la police font contre les flottilles du monde entier, ils le font tous les jours aux prisonniers palestiniens dans les prisons, mais ça, on en parle beaucoup moins », affirme-t-il.

Leur objectif est clair : s’accorder sur « un avenir basé sur des valeurs communes qui viennent d’égalité et fraternité », avec « la paix et la sécurité pour nous tous et chacun d’entre nous ».

À propos d’Aziz Abu Sarah et Maoz Inon

Aziz Abu Sarah est un formateur renommé dans le domaine de la résolution de conflits et lauréat du prix Goldberg pour la paix au Moyen-Orient. Il a cofondé MEJDI Tours, une agence de voyages qui vise à transformer le tourisme en une force de réconciliation.

Maoz Inon est un entrepreneur social qui a créé le réseau d’auberges de jeunesse Abraham pour promouvoir la paix en Israël. Lauréat du Prix franco-allemand des droits de l’Homme, sa conférence TED talk donnée avec Aziz a été l’une des plus visionnées de l’année 2024.

Ensemble, ils codirigent l’organisation InterAct International, dédiée à la construction de la paix au Moyen-Orient.

via Presse Agence.