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HIROSHIMA : Claire CHRISTIAN : « Le rythme diplomatique reste dangereusement lent face aux bouleversements en Antarctique »

À l’issue de la réunion du Traité sur l’Antarctique, l’ASOC déplore le décalage entre l’urgence scientifique et la lenteur des décisions politiques.

La 48ème réunion consultative du Traité sur l’Antarctique (RCTA) s’est achevée ce jeudi à Hiroshima, au Japon, laissant un sentiment mitigé aux observateurs. Si l’événement a mis en lumière les thèmes de la paix et de l’éducation, l’Antarctic and Southern Ocean Coalition (ASOC) alerte sur l’écart grandissant entre les constats alarmants des scientifiques et l’inertie des réponses politiques. L’organisation dénonce une prise de décision trop lente face aux menaces qui pèsent sur le continent blanc.

« Le rythme de la prise de décision diplomatique reste dangereusement lent face aux bouleversements rapides du climat et de la biodiversité en Antarctique », a affirmé Claire Christian, directrice exécutive de l’ASOC.

Paix et coopération, un héritage à préserver

Le choix d’Hiroshima comme ville hôte a conféré une portée symbolique forte aux discussions, réaffirmant le statut de l’Antarctique comme « réserve naturelle consacrée à la paix et à la science ». L’engagement du Japon en faveur de ces valeurs a contribué à un climat de coopération. « Le Traité sur l’Antarctique a été un miracle au milieu du 20ème siècle. Aujourd’hui, les Parties disposent d’une occasion historique d’être à la hauteur de cet héritage par une ambition à la mesure du 21ème siècle pour un enjeu qui nous concerne tous : un environnement sain », a rappelé Patricia Cavalcanti, directrice de programme pour l’Asie-Pacifique chez Agenda Antártica.

Tourisme de masse, une menace non réglementée

Un des points de friction majeurs reste la gestion du tourisme. L’ASOC salue les progrès dans les négociations pour un cadre de régulation mais juge indispensable la mise en place de règles contraignantes face à l’explosion du nombre de visiteurs. L’organisation craint qu’une expansion non contrôlée des activités commerciales n’exerce une pression irréversible sur les écosystèmes fragiles du continent. « Nous ne pouvons pas continuer à nous appuyer sur des lignes directrices essentiellement volontaires alors que les activités touristiques commerciales se multiplient rapidement sur le continent », a déclaré Ricardo Roura, conseiller principal de l’ASOC. Il insiste sur l’urgence de transformer les discussions en « règles obligatoires et juridiquement contraignantes avant que l’expansion du tourisme ne dépasse notre capacité à protéger l’environnement ».

La crise climatique, un défi mondial sous-estimé

L’ASOC a rappelé le lien indissociable entre la protection de l’environnement et la paix mondiale, soulignant que la sauvegarde de systèmes vitaux, comme la calotte glaciaire, est essentielle pour prévenir de futurs conflits. Cette préoccupation est largement partagée : des enquêtes menées par le Pew Research Center (https://www.pewresearch.org/) et le Gallup World Risk Poll (https://news.gallup.com/poll/collections/393116/gallup-world-risk-poll.aspx) révèlent que 67 % de la population mondiale considère la crise climatique comme une menace majeure. « La crise climatique est le défi central de notre époque, et la RCTA ne peut pas considérer l’Antarctique comme une question régionale isolée », a soutenu Pam Pearson, directrice de l’International Cryosphere Climate Initiative (ICCI). Elle appelle le forum à user de son influence pour alerter la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) sur les risques extrêmes liés à la fonte des glaces.

Le manchot empereur, symbole de l’inaction politique

L’échec à accorder un statut de protection renforcée au manchot empereur illustre parfaitement ce décalage. Alors que l’espèce a été reclassée « en danger » par l’UICN et que les scientifiques, notamment du Comité scientifique pour la recherche antarctique (SCAR), signalent une perte « exceptionnelle » de son habitat, la glace de mer, la proposition de le désigner comme « espèce spécialement protégée » a été bloquée par une minorité de pays. Cette mesure aurait pourtant permis de coordonner les efforts de conservation pour une espèce menacée d’un effondrement irréversible d’ici 2100. « Tous les voyants sont au rouge, mais des mesures de protection essentielles sont toujours bloquées. […] Nous devons désormais attendre la réunion de l’année prochaine en République de Corée pour adopter des mesures concrètes », a regretté Rod Downie, conseiller en chef du WWF pour les pôles et les océans.

L’Antarctic and Southern Ocean Coalition (ASOC) (https://www.asoc.org/) est une coalition d’organisations environnementales qui œuvre pour la protection des écosystèmes de l’Antarctique et de l’océan Austral. Parallèlement à la réunion, l’ASOC a organisé plusieurs événements pour sensibiliser le grand public, appelant à plus de transparence pour rendre la diplomatie polaire plus accessible.