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PARIS : Tribune – Arnaud Le BACQUER : « Le miroir de…

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PARIS : Tribune – Arnaud Le BACQUER : « Le miroir de l’homme »

Dans une tribune inédite, le publicitaire Arnaud Le Bacquer utilise le télescope Hubble comme une métaphore de notre quête infinie du progrès.

Arnaud Le Bacquer, co-fondateur et Directeur de la Création de l’agence GloryParis, livre une réflexion philosophique intitulée « Le miroir de l’homme ». Figure reconnue de la publicité française pour son goût des idées qui bousculent, il délaisse ici les certitudes du secteur pour interroger notre rapport au progrès et à l’infini, en prenant pour point de départ l’emblématique télescope spatial Hubble.

Lancé en 1990, cet œil artificiel tourné vers l’univers devient sous sa plume le symbole de l’insatiable curiosité humaine, de cette incapacité à accepter les limites et de ce besoin irrépressible d’explorer, même lorsque chaque réponse soulève de nouvelles questions. Le texte se déploie comme une méditation sur notre insatisfaction permanente et sur ce que cette quête sans fin révèle de notre propre nature.

Un œil condamné à l’infini

« Il y a quelque chose qui flotte là-haut, seul, depuis 1990. Pas de bruit, pas d’air, pas de regard. Juste le noir. Et au milieu de ce noir, une mission presque absurde, obstinée : regarder plus loin que tout le monde. Hubble n’a jamais vu la Terre autrement que de loin. Il n’a jamais connu la satisfaction d’un travail terminé. Parce que son travail, justement, n’a pas de fin. On l’a envoyé dans l’espace pour répondre à une question simple : jusqu’où peut-on voir ? Et très vite, cette question a glissé. Elle est devenue autre chose, de plus vaste, de plus dérangeante : jusqu’où doit-on aller ? »

Le symptôme de l’insatisfaction humaine

« Hubble est un œil incapable de détourner le regard. Condamné à fixer l’infini encore et encore, jusqu’à en arracher des fragments. Quand il photographie une galaxie à 13 milliards d’années-lumière, il ne capture pas une image, il remonte le temps. Il nous montre ce que nous ne sommes plus. Et peut-être ce que nous ne comprendrons jamais. Alors pourquoi on fait ça ? Pourquoi envoyer des machines toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus seules ? Ce n’est pas seulement de la curiosité, ce n’est pas seulement de la science. C’est une incapacité à accepter les limites. L’homme est probablement la seule espèce qui regarde l’horizon en pensant : ce n’est pas suffisant. »

Un acharnement presque humain

« Hubble est le symptôme de ça, pas la cause. On aurait pu s’arrêter. Se contenter de la Lune, des étoiles visibles à l’œil nu, de ce qu’on comprend déjà. Mais non. On a réparé Hubble en orbite comme on s’acharne sur un cœur qui refuse de lâcher. On l’a amélioré, poussé, prolongé, parce qu’il fallait continuer à voir. Toujours plus loin, toujours plus profond, toujours plus “next”. Et c’est là que Hubble devient presque humain. Parce qu’il ne regarde pas l’univers pour lui. Il regarde pour nous. Pour combler un vide qu’on porte tous : celui de ne pas savoir où s’arrête le monde, ou pire, celui de découvrir qu’il ne s’arrête pas. »

Le progrès comme condition, pas comme destination

« Mais aller plus loin a un prix. Chaque image de Hubble nous éloigne un peu plus d’un monde compréhensible. Chaque découverte ouvre dix nouvelles questions. On ne gagne jamais vraiment, on avance, c’est tout. Peut-être que le “next level” n’est pas une destination, mais une condition. Un état permanent d’insatisfaction maquillé en progrès. Hubble ne cherche pas la réponse finale, il cherche la suivante. Comme nous. Et quand un jour il cessera de fonctionner, quand son œil s’éteindra enfin, ce ne sera pas la fin de l’histoire. Parce qu’entre-temps, on aura déjà construit autre chose, plus puissant, plus précis, plus loin. Encore. Hubble, au fond, c’est un miroir. Le reflet de notre incapacité à nous contenter de ce qui est déjà là. »

Arnaud Le Bacquer est l’une des figures les plus singulières de la création publicitaire française. Co-fondateur et Directeur de Création de GloryParis, il a bâti une agence à son image : indépendante, exigeante, avec un goût assumé pour les idées qui dérangent un peu.

Formé à l’école du grand large — CLM BBDO, puis dix ans chez Publicis sur des comptes comme Renault, Tefal ou DIM, il aurait pu rester dans le confort des grandes structures. Il a préféré créer.

Auteur, tribun, agitateur d’idées, il prend régulièrement la parole  pour bousculer les certitudes du secteur : sur l’éducation créative, sur la place des « cancres » dans les agences, sur la publicité qui doit raconter des histoires qui n’existent pas encore.

Chez lui, la créativité n’est pas un service. C’est une conviction.

via Press Agence.