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PARIS : Harcèlement au travail – Les entreprises dépa…

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PARIS : Harcèlement au travail – Les entreprises dépassées par la hausse et la complexité des signalements

Une enquête du cabinet Reversens révèle que face à la hausse des signalements de harcèlement, les entreprises peinent à mener des enquêtes robustes.

La hausse des signalements de harcèlement au travail ne constitue plus le seul défi pour les entreprises ; c’est désormais leur capacité à traiter ces alertes avec méthode, rigueur et traçabilité qui est mise à l’épreuve. Selon une vaste enquête nationale publiée ce jour par Reversens, cabinet spécialisé dans les enquêtes éthiques, les organisations sont souvent démunies face à la complexité croissante des dossiers et à leur judiciarisation.

Menée du 1er au 11 mai 2026 auprès de 2 011 professionnels (DRH, juristes, référents harcèlement, membres du CSE), l’étude dresse un constat sans équivoque : si la parole se libère, les processus d’enquête peinent à suivre, créant un sentiment de fragilité et d’insécurité juridique.

« Les entreprises ne sont plus seulement confrontées à une hausse des signalements : elles sont confrontées à une crise de méthode face à la complexité croissante des dossiers et à leur judiciarisation. Les professionnels veulent mieux traiter ces dossiers, mais ils manquent encore trop souvent de méthode, de temps, d’outils, de traçabilité et de cadres partagés entre enquêteurs », analyse Anne-Sophie Chéron, ingénieure, psychologue clinicienne et fondatrice du cabinet Reversens.

Un phénomène massif et en forte croissance

Les chiffres confirment l’ampleur du sujet. Pas moins de 92 % des professionnels interrogés ont été impliqués dans le traitement d’un signalement de harcèlement ou de violences internes au cours des 24 derniers mois. Parmi eux, 46 % ont traité entre 3 et 10 dossiers, et 22 % plus de 10.

Cette intensification est corroborée par une perception quasi unanime d’une augmentation des signalements : 81 % des répondants observent une hausse entre 2022 et 2025. Pour près d’un tiers d’entre eux (31 %), cette augmentation se situe même entre 20 % et 50 %, témoignant d’une libération de la parole mais aussi d’une meilleure formalisation des alertes.

Harcèlement moral et conflits managériaux en tête

Le harcèlement moral domine largement les dossiers traités, représentant plus d’un quart des signalements pour 68 % des professionnels. Une autre catégorie, celle des conflits managériaux ou interpersonnels initialement qualifiés de harcèlement, est également en forte augmentation (58 % des sondés). Cette confusion entre conflit et harcèlement révèle une lacune importante, puisque 87 % des interviewés estiment que les managers sont insuffisamment formés sur cette distinction cruciale.

L’étude révèle que les tensions se cristallisent principalement dans l’environnement de travail de proximité. Les signalements visant des managers de proximité (62 %) et des collègues (48 %) sont ceux qui augmentent le plus, ce qui pourrait expliquer la hausse parallèle des signalements anonymes (37 %), perçus comme plus protecteurs.

Des enquêtes internes jugées fragiles et incomplètes

Le passage du signalement à une enquête formelle menée jusqu’à son terme est loin d’être systématique. 41 % des professionnels estiment que moins de la moitié des signalements aboutissent à une conclusion écrite. Les raisons sont multiples : le manque d’éléments factuels exploitables (58 %), la difficulté à identifier des témoins ou leur refus de parler (39 %), la peur des représailles (38 %), mais aussi un défaut structurel majeur : l’absence de méthode d’enquête formalisée (37 %).

Ce manque de processus robuste génère un sentiment de vulnérabilité. Une large majorité des professionnels (entre 70 % et 80 %) jugent les entreprises dépassées par la complexité émotionnelle, juridique et volumétrique des dossiers. « La dimension hiérarchique ressort également fortement : 71 % des répondants seraient d’accord pour dire que la position de la personne mise en cause peut influencer la vitesse ou la profondeur de l’enquête », commente Anne-Sophie Chéron. En conséquence, seuls 24 % des enquêteurs internes se déclarent confiants dans la solidité de leurs propres dispositifs.

Des outils inadaptés et un besoin d’intelligence artificielle encadrée

L’outillage actuel aggrave ces difficultés. L’enquête montre que 65 % des professionnels s’appuient sur des outils bureautiques classiques (Word, Excel) pour mener des investigations sensibles, tandis que seuls 8 % disposent d’un logiciel spécialisé. La rédaction du rapport final devient ainsi un point de friction majeur, qualifié d’effort « important » ou « très important » par 63 % des répondants.

Face à ce constat, l’intelligence artificielle (IA) apparaît comme une piste prometteuse, à condition d’être strictement encadrée. Une forte majorité des professionnels se montre ouverte à une IA d’assistance pour centraliser les pièces (74 %), sécuriser la traçabilité (72 %) ou vérifier le respect des étapes méthodologiques (68 %). En revanche, ils rejettent massivement son utilisation pour des tâches de jugement : seuls 26 % accepteraient qu’elle suggère une qualification juridique, et à peine 8 % une sanction disciplinaire. « Les professionnels veulent de la méthode, de la traçabilité et de la sécurité, mais restent prudents face à l’IA générative si elle devait intervenir sur des témoignages, des faits sensibles ou des formulations pouvant influencer une décision », conclut Anne-Sophie Chéron.

Le cabinet Reversens (https://www.reversens.fr/), fondé par Anne-Sophie Chéron (https://www.linkedin.com/in/anne-sophie-ch%C3%A9ron/), est spécialisé dans les enquêtes éthiques et les situations de harcèlement. L’étude complète est disponible sur le site du cabinet.