Passer au contenu principal

DRAGUIGNAN : Art – L’Estérel, berceau méconnu d…

Partager :

DRAGUIGNAN : Art – L’Estérel, berceau méconnu des avant-gardes picturales

À Draguignan (Var), le musée des Beaux-Arts explore le rôle de l’Estérel dans l’éclosion du postimpressionnisme avec une exposition inédite.

Le musée des Beaux-Arts de Draguignan lève le voile sur un pan méconnu de l’histoire de l’art avec une exposition inédite, « Les roches rouges – Éclosion artistique dans l’Estérel à l’aube du XXe siècle », qui se tiendra du 22 mai au 31 octobre 2026. Loin d’être un simple décor de carte postale, le massif de l’Estérel, avec ses roches pourpres plongeant dans la Méditerranée, a constitué un véritable laboratoire à ciel ouvert pour les artistes postimpressionnistes, fauves et nabis. L’exposition, dont le commissariat est assuré par Marine Roux, adjointe au conservateur, ambitionne de réévaluer la place de ce territoire comme lieu d’incubation des expérimentations plastiques de la modernité naissante.

Un territoire réévalué

À travers plus d’une soixantaine d’œuvres picturales et graphiques, dont certaines inédites provenant de collections privées, l’événement met en lumière la diversité des regards portés sur ce site emblématique. Le projet bénéficie de prêts prestigieux d’institutions comme le Centre Pompidou et le Centre national des arts plastiques. L’approche se veut originale, croisant l’histoire de l’art avec l’essor du tourisme et la géologie, pour réaffirmer l’Estérel comme un territoire artistique majeur. L’exposition vise également à sensibiliser le public aux enjeux contemporains de protection de ce patrimoine naturel unique, dont la couleur rouge si caractéristique provient de la fine dispersion d’hématite (oxyde de fer) au sein de la rhyolite, une roche volcanique ancienne.

De repaire de brigands à destination prisée

Longtemps considéré comme une zone hostile et dangereuse, le massif de l’Estérel ne s’ouvre véritablement qu’à la fin du 19ème siècle. Le tournant s’opère avec l’arrivée du chemin de fer en 1863 et la construction de la route de la Corniche d’Or en 1903. Ces infrastructures transforment radicalement la perception du lieu, qui devient une destination prisée d’une élite culturelle. L’écrivain Guy de Maupassant décrivait déjà en 1876 cette fascination : « La longue côte rouge tombe dans l’eau bleue qu’elle fait paraître violette. Elle est bizarre, hérissée, jolie, avec des pointes, des golfes innombrables, des rochers capricieux et coquets ». Les artistes, s’inscrivant dans le sillage des touristes, suivent alors les itinéraires recommandés par les premiers guides, comme les Guides Joanne, pour capturer ces paysages spectaculaires.

Visions d’artistes : entre sérialité et portraits de roches

L’exposition révèle la pluralité des approches esthétiques. Certains peintres, comme Albert Marquet ou Charles Camoin, se concentrent sur le littoral et la rade d’Agay, tandis que d’autres s’aventurent au cœur du massif. La question de la série est centrale : un même site est parfois interprété par plusieurs artistes, comme les pointes rocheuses de la Baumette qui ont séduit Armand Guillaumin, Clémentine Ballot ou Léon Detroy. Guillaumin lui-même reviendra inlassablement sur le même motif, tel le rocher Gaupillat, explorant différentes lumières et cadrages. Dans de nombreuses œuvres, la roche devient le sujet principal, un véritable « portrait de roches » où la matière, la couleur et la forme sont au cœur des expérimentations plastiques, de l’évanescence poétique de Lucien Lévy-Dhurmer à la monumentalité dramatique de René Seyssaud.

Louis Valtat, une figure centrale

Une place particulière est accordée à Louis Valtat (1869-1952), qui vécut à Anthéor de 1897 à 1914. Précurseur audacieux dans son traitement de la couleur, Valtat a fait de l’Estérel son sujet de prédilection. Ses toiles, dont onze sont présentées, témoignent d’une symbiose unique entre les figures humaines – souvent sa famille ou des pêcheurs locaux – et une nature foisonnante. Dans des œuvres comme *Les Roches Rouges à Anthéor*, les personnages se fondent dans le paysage jusqu’à devenir presque indistincts, emportés par un tourbillon de touches colorées. L’exposition entend ainsi redonner à cet artiste, resté relativement en marge des grands récits de l’art moderne, la place qu’il mérite en tant que chantre des roches rouges.

Une programmation culturelle foisonnante

Pour accompagner l’exposition, une riche programmation est proposée. Le week-end inaugural des 23 et 24 mai inclut une conférence, une lecture performance et un concert, ainsi qu’une balade naturaliste et picturale. Tout au long de l’été, des visites guidées, des concerts de jazz et de folk anatolien, ainsi qu’une projection en plein air de *Magic in the Moonlight* de Woody Allen, tourné dans l’Estérel, animeront le musée. Un catalogue de 208 pages, à mi-chemin entre livre d’art et guide touristique, a été édité et inclut une carte permettant de localiser les points de vue des peintres.

L’exposition est une invitation à redécouvrir ce massif exceptionnel, en partenariat avec l’agence de promotion touristique Estérel Côte d’Azur (www.esterel-cotedazur.com). Toutes les informations pratiques sont disponibles sur le site du musée (mba-draguignan.fr).

via Press Agence.