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PARIS : Chômage – La France franchit le seuil des 8 %…

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PARIS : Chômage – La France franchit le seuil des 8 % et s’inquiète pour son industrie

Le taux de chômage atteint 8,1 %, un record depuis 2021, dans un contexte de pessimisme croissant et de fragilisation du tissu productif, selon une analyse d’Asterès.

La situation sur le front de l’emploi se dégrade en France. Selon une récente analyse du cabinet Asterès, le taux de chômage poursuit sa hausse pour s’établir à 8,1 %, un niveau qui n’avait pas été atteint depuis 2021. Ce franchissement d’un seuil symbolique, bien qu’anticipé par l’Insee pour le deuxième trimestre 2026, confirme les difficultés croissantes d’une économie prise en étau entre un ralentissement de la croissance, des fragilités structurelles et un retour de la menace inflationniste. Cette détérioration s’inscrit dans un cadre paradoxal où le taux d’activité n’a jamais été aussi élevé, signifiant que si plus de Français sont sur le marché du travail, une part grandissante peine à y trouver sa place.

Une hausse qui touche toutes les générations

Aucune classe d’âge n’est épargnée par cette tendance, même si les jeunes restent les plus durement affectés. Le taux de chômage des 15-24 ans s’élève désormais à 21,1 %, contre 19,2 % un an auparavant. Malgré un léger recul par rapport à la fin de l’année 2025, ce chiffre témoigne de difficultés d’insertion professionnelle persistantes. Chez les 25-49 ans, la progression est également nette, passant de 6,8 % à 7,3 % en un an. Les seniors, bien que relativement moins exposés, voient aussi leur situation se tendre avec un taux de chômage qui grimpe à 5,2 % (contre 4,8 % en 2025).

Selon l’analyse d’Asterès, qui s’appuie sur les données de l’Insee, cette augmentation statistique est en partie amplifiée par la mise en œuvre de la loi pour le plein emploi depuis janvier 2025. L’intégration de nouveaux publics, notamment les bénéficiaires du RSA, dans les dispositifs de recherche active d’emploi contribue mécaniquement à gonfler les chiffres. Néanmoins, l’écart avec la moyenne de la zone euro, qui avoisine 6,2 %, souligne les défis structurels propres à l’économie française.

Le pessimisme gagne les ménages et les entreprises

Au-delà des chiffres, c’est le climat général qui se dégrade. En avril 2026, l’indicateur mesurant la crainte des ménages face à une hausse du chômage a atteint son plus haut niveau depuis 2016, hors crise sanitaire. Cette inquiétude, qui s’installe durablement au-dessus de sa moyenne de long terme, trouve un écho direct dans les stratégies des entreprises.

Les perspectives de recrutement pour l’année 2026 sont en net recul. D’après le dernier baromètre de France Travail, les entreprises anticipent 2,3 millions d’embauches (hors contrats courts et fonction publique), soit une baisse de 6,5 % sur un an, ramenant les intentions au niveau de 2018. Ces prévisions, réalisées avant l’escalade des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, pourraient encore être revues à la baisse alors que les conséquences économiques du conflit commencent à peine à se matérialiser en Europe.

Un tissu industriel fragilisé face à l’inflation

Cette frilosité à l’embauche reflète un affaiblissement plus profond du tissu productif. Les défaillances d’entreprises sont en augmentation, les fermetures d’usines se succèdent et l’investissement demeure prudent. La concurrence internationale, particulièrement celle de la Chine dans des secteurs stratégiques comme l’automobile, les batteries ou la chimie, accentue la pression sur une industrie française en quête de compétitivité.

À ces défis s’ajoute le retour du risque inflationniste. Le choc énergétique récent commence à se diffuser à l’ensemble de l’économie, touchant d’abord les biens de consommation intermédiaire dans les secteurs énergivores. Si, pour l’heure, les industriels de l’automobile ou de l’agroalimentaire hésitent à répercuter ces hausses sur les prix de vente finaux, la pression monte. Les chefs d’entreprise anticipent une augmentation moyenne de leurs prix de 0,8 % dans les trois prochains mois, la plus forte variation anticipée depuis janvier 2023.

Un arbitrage délicat pour l’exécutif

Dans ce contexte, l’équation économique française se complexifie. Une inflation persistante pourrait contraindre la Banque Centrale Européenne (BCE) à relever ses taux directeurs dès le mois de juin, ce qui pèserait davantage sur une croissance déjà faible. Lucile Bembaron, économiste chez Asterès, tempère toutefois les craintes d’un retour à la stagflation des années 70, évoquant plutôt « un risque de stagnation et de ralentissement de la croissance ». La France se retrouve ainsi face à un arbitrage délicat : soutenir son appareil productif sans alimenter l’inflation, tout en maîtrisant un déficit public qui limite ses marges de manœuvre. La capacité du pays à transformer ce ralentissement en une phase d’ajustement structurel sera déterminante pour éviter un décrochage économique durable.