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PARIS : Lisa FEIST : « La transparence salariale reste enco…

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PARIS : Lisa FEIST : « La transparence salariale reste encore largement secondaire en France »

Malgré une nouvelle directive européenne, une étude Indeed révèle que 57 % des offres d’emploi en France n’indiquent toujours aucune rémunération.

À quelques semaines de l’entrée en application de la directive européenne sur la transparence salariale, prévue pour juin 2026, le marché du travail français peine encore à jouer le jeu. Selon les dernières données publiées ce jour par le Hiring Lab d’Indeed, le premier site d’emploi mondial, 57 % des offres d’emploi en France ne mentionnaient aucune information sur la rémunération en mars 2026. Ce constat met en lumière un déficit persistant d’information pour les candidats, en décalage avec les attentes et les nouvelles réglementations.

Un cadre légal en mutation face à des pratiques rigides

La nouvelle législation européenne, qui doit être transposée en droit français d’ici 2027, vise à renforcer l’équité salariale et à lutter contre les inégalités, notamment entre les femmes et les hommes. En imposant la mention du salaire dès l’offre d’emploi ou avant les entretiens, elle entend lever un frein majeur au recrutement. Pourtant, la réalité du terrain montre une forte inertie. Plus de la moitié des employeurs contraignent encore les candidats à postuler « à l’aveugle », limitant leur capacité à se positionner et nuisant à l’efficacité globale du processus de recrutement en compliquant l’adéquation entre les profils et les postes.

La France en position intermédiaire en Europe

Si la situation française est perfectible, elle n’est pas la plus mauvaise à l’échelle européenne. Avec 43 % d’offres mentionnant un salaire, la France se situe dans une position médiane. Elle fait mieux que des pays comme l’Allemagne (12 %), l’Espagne (17 %), l’Italie (36 %) ou l’Irlande (39 %). En revanche, elle reste loin derrière le Royaume-Uni, où 56 % des annonces sont transparentes, et les Pays-Bas (48 %). Ces chiffres témoignent d’une dynamique encore très inégale sur le continent, où chaque pays avance à son propre rythme vers la transparence.

Les freins à une transparence généralisée

Plusieurs facteurs expliquent cette stagnation. Le léger rééquilibrage du rapport de force en faveur des employeurs, dans un contexte de ralentissement économique, pourrait réduire leur incitation à afficher les salaires pour attirer les talents. De nombreuses entreprises préfèrent également attendre la transposition finale de la directive en droit national avant de modifier leurs pratiques.

Le modèle français, fortement structuré par les conventions collectives sectorielles, joue aussi un rôle. Les grilles salariales étant souvent accessibles par d’autres biais, les employeurs sont moins enclins à les mentionner explicitement dans chaque annonce. Enfin, l’opacité s’inscrit dans un tabou culturel bien français, où parler d’argent reste un sujet délicat.

Une attente forte et claire de la part des candidats

Malgré ces freins, les attentes des travailleurs sont sans équivoque. Une enquête menée pour Indeed révèle que 66 % des candidats en France sont plus enclins à postuler à une offre indiquant une fourchette salariale. Plus encore, 74 % estiment que cette information devrait être systématiquement obligatoire. Fait notable, les femmes sont plus nombreuses à partager cette opinion, suggérant que la transparence est perçue comme un outil essentiel pour réduire les écarts de rémunération.

Lorsqu’ils communiquent une rémunération, les employeurs privilégient à 76 % les fourchettes salariales, qui offrent une flexibilité selon le profil, contre 24 % pour un montant fixe, plus courant pour les postes rémunérés à l’heure.

« À l’approche de l’entrée en vigueur de la directive européenne en France, la transparence salariale reste encore largement secondaire en France comme en Europe. Sans cadre légal clair et contraignant, les employeurs modifient peu leurs pratiques. Pourtant, rendre visibles les salaires est un levier essentiel pour améliorer la dynamique du marché du travail, réduire les inégalités et répondre aux attentes des candidats », conclut Lisa Feist, économiste au Hiring Lab d’Indeed.

L’étude complète est disponible sur le site du Hiring Lab d’Indeed. L’analyse repose sur les données des offres publiées sur la plateforme et est complétée par une enquête Indeed/Censuswide menée en janvier 2025 auprès de plus de 6 000 travailleurs en Europe.