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BERLIN : Florian KOMMER : « Les Européens veulent devenir plus indépendants des États-Unis »
Une étude de la Bertelsmann Stiftung montre une forte baisse de confiance envers les États-Unis, poussant les Européens à vouloir plus d’autonomie.
À la veille de la Journée de l’Europe du 9 mai, le paysage géopolitique perçu par les citoyens de l’Union européenne révèle une profonde mutation. Selon une nouvelle étude de la fondation Bertelsmann Stiftung, menée entre septembre 2024 et mars 2026, une majorité écrasante d’Européens souhaite que l’Union s’affranchisse de sa dépendance historique vis-à-vis des États-Unis pour tracer sa propre voie sur la scène internationale.
Une soif d’autonomie stratégique inédite
Les chiffres témoignent d’un changement de paradigme. Près de trois citoyens européens sur quatre (73 %) estiment aujourd’hui que l’Union européenne devrait « suivre sa propre voie », une augmentation significative par rapport aux 63 % enregistrés en 2024. Cette tendance transcende toutes les catégories démographiques, avec une progression particulièrement marquée chez les Européens plus âgés, signalant une prise de conscience collective de la nécessité d’une plus grande souveraineté. L’ère de l’alignement quasi systématique avec Washington semble toucher à sa fin.
L’onde de choc de la présidence Trump
Les cicatrices laissées par la présidence de Donald Trump sur la relation transatlantique sont profondes et persistantes.
La confiance envers les États-Unis s’est considérablement érodée : 58 % des Européens déclarent ne plus considérer Washington comme un partenaire fiable. Bien que les États-Unis demeurent, en termes relatifs, le principal allié de l’UE pour 31 % des sondés, leur position a chuté de 20 points de pourcentage depuis 2024. Un président américain polarisant et des tensions géopolitiques croissantes ont consolidé l’opinion publique européenne en faveur d’une posture plus autonome.
Un rééquilibrage des alliances, pas une rupture
Cette quête d’indépendance ne se traduit cependant pas par un pivot vers Pékin. La Chine continue d’être perçue avec un scepticisme tenace, et une large majorité d’Européens soutient une réduction des dépendances à son égard, même si cela devait entraîner des coûts économiques. Le changement s’opère plutôt au sein du système d’alliances occidental. Le Royaume-Uni et le Canada gagnent en importance en tant que partenaires stratégiques, suggérant que les Européens cherchent à rééquilibrer le cadre transatlantique plutôt qu’à l’abandonner. Par ailleurs, le soutien à l’OTAN reste solide, 63 % des personnes interrogées la considérant comme une pierre angulaire de la sécurité du continent.
L’appel à un investissement concret
Les experts de la Bertelsmann Stiftung appellent les dirigeants politiques à prendre la mesure de cette aspiration citoyenne.
« Le message est sans équivoque : les Européens veulent devenir plus indépendants des États-Unis. La confiance s’est érodée, le statut de l’Amérique comme partenaire central de l’Europe a chuté. Le partenariat n’est pas irréparable, mais nos données indiquent une faille structurelle plus profonde dans les relations transatlantiques », analyse Florian Kommer, expert senior pour les questions stratégiques européennes à la Bertelsmann Stiftung.
Il insiste : « Les citoyens européens appellent à une plus grande indépendance, notamment en matière de politique étrangère et de sécurité. Les décideurs politiques doivent traduire cet appel en politiques détaillées et en un investissement réel dans les propres capacités de l’Europe ».
Son collègue, Brandon Bohrn, expert senior pour les relations transatlantiques, ajoute qu’« une Europe plus forte et plus autonome va de pair avec l’élargissement de ses partenariats pour garantir une plus grande résilience et une stabilité stratégique ».
L’étude complète et ses données sont disponibles sur le site eupinions : www.eupinions.eu (https://eupinions.eu/de/home).


