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PARIS : Guillaume Etiévant : « L’autogestion, seule sortie de crise pour l’entreprise »
Guillaume Etiévant, rédacteur en chef de Frustration, publie un essai où il défend l’autogestion en entreprise comme unique issue à la crise.
Et si la démocratie ne devait pas s’arrêter aux portes de l’entreprise ? C’est la question provocatrice que pose Guillaume Etiévant dans son nouvel ouvrage, le troisième de la collection conjointe des éditions Les Liens qui Libèrent (LLL) et du magazine Frustration. Face à ce qu’il analyse comme une crise systémique, l’auteur propose une voie radicale mais argumentée : faire de l’autogestion par les salariés non plus une utopie ou une exception, mais la norme économique pour redonner du sens au travail et de la vigueur à la démocratie.
Le constat d’une citoyenneté amputée
Le point de départ de la réflexion de Guillaume Etiévant est un paradoxe fondamental de nos sociétés contemporaines. « À quoi bon élire des représentants politiques si, huit heures par jour, cinq jours sur sept, on reste privés de tout pouvoir sur ce qui structure notre existence, à savoir le travail ? », interroge-t-il. Pour l’essayiste, le lien de subordination qui régit la vie professionnelle contamine toutes les autres sphères de l’existence.
Selon sa thèse, une personne qui ne peut s’opposer aux directives de sa hiérarchie ou participer activement aux décisions stratégiques de son entreprise ne peut être un citoyen pleinement libre. Cette absence de pouvoir au quotidien se répercuterait inévitablement sur sa capacité à s’engager dans la vie de la cité, à faire des choix éclairés dans l’isoloir et même à s’épanouir dans sa vie privée. La démocratie politique serait ainsi vidée de sa substance par l’autocratie économique.
Un projet de société radical : le pouvoir à ceux qui produisent
Pour sortir de cette impasse, l’auteur appelle à une transformation profonde du modèle capitaliste, qui confère l’essentiel du pouvoir aux actionnaires. La solution ne réside pas dans des ajustements cosmétiques mais dans un transfert progressif et complet de la propriété des entreprises à ceux qui créent la valeur : les salariés.
Le livre trace les contours d’une économie où le travail serait placé sous le contrôle direct de ceux qui le réalisent. Il s’agit de mettre fin à la dichotomie entre capital et travail pour que les décisions concernant la production, les investissements et la répartition des richesses soient prises collectivement par les premiers concernés. L’autogestion deviendrait ainsi le pilier d’un nouveau pacte social.
De la théorie à la pratique : une feuille de route
Loin de se contenter d’un manifeste théorique, l’ouvrage se veut un guide pratique pour l’action. Guillaume Etiévant y développe des modalités concrètes pour atteindre cet objectif. Il imagine un cheminement s’appuyant sur des mobilisations sociales fermement enracinées au cœur des entreprises.
La stratégie proposée est double : d’une part, obtenir des victoires locales significatives qui améliorent immédiatement les conditions de travail et renforcent le pouvoir des salariés à petite échelle. D’autre part, utiliser ces conquêtes comme leviers pour arracher des transformations structurelles au niveau national. S’appuyant sur des exemples historiques d’autogestion et sur une analyse fine du fonctionnement actuel des entreprises, l’auteur fournit ainsi « les mots et les outils » pour revendiquer et construire ce changement de paradigme.
Un auteur engagé et expert
Guillaume Etiévant n’est pas un nouveau venu dans le débat économique et social. Co-rédacteur en chef du magazine Frustration, il travaille depuis plus de quinze ans comme expert sur les questions économiques auprès des organisations syndicales. Son parcours militant l’a également conduit à contribuer de manière significative au programme économique de Jean-Luc Mélenchon lors des campagnes présidentielles de 2012 et 2017, témoignant de son engagement de longue date pour une alternative au système actuel.

