RAMATUELLE : Camarat 4 – Nouvelle expertise et prélèv…
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RAMATUELLE : Camarat 4 – Nouvelle expertise et prélèvements de mobiliers sur l’épave la plus profonde référencée dans les eaux françaises
Du 6 au 8 avril 2026, à l’occasion de l’opération militaire de maîtrise des fonds marins CALLIOPE 26.1, des équipes du Centre expert plongée humaine et intervention sous la mer (CEPHISMER) de la Marine nationale et du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm-ministère de la Culture) ont effectué une mission au large de Ramatuelle (83) pour étudier l’épave Camarat 4.
Datée du XVIème siècle et située à plus de 2 500 mètres sous le niveau de la mer, il s’agit du site archéologique le plus profond jamais référencé dans les eaux sous juridiction française.
Lors de cette opération conduite sous l’autorité du préfet maritime de la Méditerranée et menée depuis le bâtiment de soutien et d’assistance affrété (BSAA) Jason, de nouvelles étapes ont été franchies dans la connaissance de cette épave. Les trois jours de mission scientifique dirigée par Marine Sadania (Drassm-ministère de la Culture) ont notamment permis de réaliser une reconnaissance du site, de mener une couverture photogrammétrique complète de l’épave et d’effectuer des prélèvements ponctuels et limités de mobiliers à des fins de test de conservation.
Fort d’un riche travail collaboratif, cette nouvelle campagne d’expertise profonde constitue un défi technique et robotique, et a déjà permis d’accumuler de très nombreuses données scientifiques qui seront étudiées dans les prochains mois.
Témoin clé de l’histoire maritime, l’épave Camarat 4 constitue une découverte fondamentale pour cette période du XVIe siècle. Outre la compréhension fine de ce site, c’est sa mise en perspective avec son contexte historique et les autres épaves majeures déjà connues sur le littoral qui offrira in fine une occasion rêvée de confronter l’Histoire à l’archéologie sous-marine.
Maîtrise des fonds marins : une mission régalienne de la Marine nationale
Cette épave a été découverte de manière fortuite en mars 2025 par le groupe d’intervention sous la mer (GISMER) du CEPHISMER dans le cadre d’une opération de maîtrise des fonds marins (OMFM). Cette mission à vocation exploratoire est conduite dans le cadre de la stratégie ministérielle de maitrise des fonds marins (MFM) et permet de poursuivre la montée en compétences de la Marine nationale dans ce domaine.
La nouvelle opération conduite en avril 2026 a notamment impliqué la mise en œuvre d’un remotely operated underwater vehicle(ROV- véhicule télé-opéré depuis la surface), permettant d’agir sur les fonds marins) de la société Travocean. Cet engin, pouvant intervenir jusqu’à 4000 mètres de profondeur a été mis en œuvre par l’équipe du GISMER depuis le Jason avec l’appui scientifique du Drassm et technique de Travocean.
Le GISMER du CEPHISMER développe en permanence, en lien avec des industriels tels que Exail ou Travocean, sa capacité à opérer des engins autonomes ou télé-opérés permettant d’intervenir dans les grands fonds marins, à des fins de surveillance et de connaissance.
Même si l’archéologie sous-marine n’est pas dans son périmètre initial de mission, ce partenariat avec le Drassm est profitable au GISMER car la mise en œuvre d’un ROV sur un site sensible permet de faire monter en compétence le personnel, notamment par l’emploi de capteurs photogrammétriques et le pilotage minutieux du ROV.
Dans le cadre de la maîtrise des fonds marins, la Marine nationale doit nécessairement éprouver ses capacités et les développer. Ce partenariat est donc particulièrement intéressant pour la Marine nationale car il permet de valoriser ces plongées opérationnelles et d’éprouver les techniques qu’elle développe sur un site ayant à la fois un intérêt opérationnel (grande profondeur, travail de précision) et archéologique.
Lors de cette mission, la présence conjointe du CEPHISMER, du Drassm et de Travocean à bord du Jason aura permis un gain d’efficacité et de précision dans la conduite de l’opération ainsi que la concrétisation de nouvelles perspectives de recherche archéologique.
Réalisation d’une photogrammétrie : l’épave et sa cargaison se dévoilent en imagerie 3D
Pour réaliser cette toute première documentation fine de l’épave, huit repères topographiques ont été déposés sur le fond, qui permettront de suivre l’évolution du site au cours du temps : depuis d’éventuelles perturbations humaines ou naturelles jusqu’à l’accumulation de déchets. Un relevé photogrammétrique (permettant de produire un modèle numérique tridimensionnel à partir de photographies) a été réalisé en déployant le dispositif d’acquisition stéréoscopique d’IVM Technologies. En plus de trois heures d’acquisition, 66974 clichés ont été pris, correspondant à 33487 paires stéréoscopiques. Le traitement photogrammétrique est conduit dans le cadre d’une collaboration avec le CNRS. Paul François, du Laboratoire d’Archéologie Médiévale et Moderne en Méditerranée (LA3M) a eu recours à l’utilisation d’algorithmes d’optimisation du choix des paires stéréoscopiques, lui permettant la réalisation d’un modèle complet de l’épave.
Ce modèle, adapté à son exploitation par les archéologues, permet pour la première fois une vision globale en volume du site archéologique ainsi que l’exploration et la mesure de précision des détails du matériel (ancres, canons, céramiques, chaudrons). Il est également le support d’une orthomosaïque, c’est-à-dire d’une projection zénithale de grande précision du site, permettant d’en dresser le plan complet au sein d’un Système d’Information Géographique (SIG). Le modèle 3D ainsi obtenu est donc le support et la source d’une documentation abondante permettant autant de s’interroger sur la répartition des mobiliers et sur leur place initiale à bord, que de formuler des hypothèses sur le processus du naufrage et d’effondrement des structures en bois du navire ainsi que leur disposition. Les toutes premières observations fines permettent d’identifier davantage de détails précieux à la compréhension du site. Ainsi de trois motifs de décors de pichets initialement repérés en 2025 nous en dénombrant désormais plus d’une dizaine. Le chaudron en fer forgé en cache en réalité un autre empilé à l’intérieur avec toujours cette même quête d’optimiser un maximum l’espace à bord. Nombre de questionnements se posent désormais notamment sur ces concentrations particulières de mobiliers et à l’inverse sur les zones d’apparence vides qui devront être analysées avec attention.
Le chargement identifié dès 2025 a été confirmé et se constitue de plusieurs centaines de pichets en faïence et d’assiettes en provenance d’Italie du nord, mais également de fer en barres, etc. Cette précieuse cargaison est protégée par une artillerie positionnée, en toute logique pour la période, à l’avant et à l’arrière du navire. Ces canons sont embarqués à des fins dissuasives plus qu’offensives et devaient permettre de garder à distance les navires ennemis. La destination du navire n’est à ce stade pas encore connue, mais en toute vraisemblance il fait route à l’ouest !
Le plus profond prélèvement de biens culturels maritimes dans les eaux françaises : de nouveaux protocoles de conservation préventive à l’étude
Dans le cadre du programme d’études dirigé par Franca Cibecchini (Drassm-ministère de la Culture) depuis 10 ans autour des épaves profondes au large de la Corse, des altérations structurelles ont été observées à différents stades du processus de dessalage et de séchage sur des mobiliers issus d’épaves immergées à plusieurs centaines de mètres de fond, sans que l’on comprenne à ce stade les raisons exactes de cette perturbation, qui ne sont pas liées exclusivement à la pression subie à cette profondeur. Fort de ce retour d’expérience, et avec la collaboration d’Ethel Bouquin de la Scop Ipso Facto, le Drassm a souhaité réaliser sur Camarat 4 des prélèvements ponctuels et limités de mobiliers céramiques, avec le déploiement de protocoles de conservation adaptés et un suivi renforcé de l’état de conservation de ces mobiliers. C’est ainsi qu’ont été prélevés au fond avec délicatesse grâce aux bras du ROV (légèrement adaptés pour l’occasion) et remontés à la surface dans une caisse soigneusement préparées trois pichets sélectionnés aux abords des accumulations de la cargaison – dont un présentant un motif inédit-, et une assiette extraite de la zone avant entre le canon et l’ancre. Pour préserver ce mobilier, trois protocoles ont alors été déployés allant d’un cheminement classique depuis sa prise en charge à bord du navire en passant par toutes les étapes classiques de la documentation archéologique et pour d’autres un parcours différent impliquant une protection renforcée. Des analyses archéométriques seront également réalisées aux différentes étapes du processus de conservation.
Le matériel archéologique remonté à la surface a également été numérisé en trois dimensions par Paul François à l’aide du matériel Artec Spider mis à disposition par l’Institut Arkaia (Aix-Marseille Université) : cette documentation permet de manipuler, dans la mesure du possible, l’objet numérique plutôt que l’objet réel particulièrement fragilisé par le séjour en grande profondeur. Elle permet notamment la production d’images photoréalistes ou de planches techniques aptes à servir au travail d’identification et d’analyse des céramologues en charge de l’étude de ce mobilier. Les prélèvements de matériel ayant eu lieu après l’acquisition numérique de l’ensemble du site, il est déjà possible de replacer chaque céramique dans son contexte, dans la position et dans l’orientation qu’elle avait sur l’épave.
Navires d’opération : BSAA Jason (Marine nationale)
Lieu d’opération : Ramatuelle (83)
Date d’opération : 6-8 avril 2026
Inventeur : Marine nationale
Responsable d’opération : Marine Sadania – archéologue maritime (Drassm-ministère de la Culture)
Collaborations scientifiques :
Paul François – architecte, ingénieur de recherche en sciences numériques (CNRS-LA3M)
Franca Cibecchini – archéologue maritime, responsable des programmes profonds (Drassm-ministère de la Culture)
Ethel Bouquin – conservatrice-restauratrice, spécialiste en conservation préventive d’objets archéologiques (Ipso Facto)
Le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm)
Le Drassm, service à compétence nationale du ministère de la Culture, a pour mission de mettre en œuvre la politique de l’État en matière de gestion du patrimoine et de recherche archéologique, à l’échelle du domaine public maritime national.
Il explore, étudie, valorise et protège le patrimoine archéologique littoral et maritime de l’ensemble des eaux marines sous juridiction française. Il assure également une mission de conseil et d’accompagnement des chantiers archéologiques dans les eaux intérieures de la compétence des Services de l’archéologie des Directions régionales des affaires culturels, notamment en matière de traitement de la documentation et du matériel recueillis.
Doté d’équipements à la pointe de la technologie pour la détection et la robotique, il est une référence dans le milieu de la recherche archéologique littorale et sous-marine.
Il contribue à la formation des futurs personnels scientifiques pour le ministère de la Culture et ses partenaires et il apporte régulièrement son expertise lors de missions internationales.
Depuis près de quinze ans, le Drassm dirige des expertises sur les épaves à grande profondeur (pour la plupart au-delà de 100 m de profondeur) situées dans les eaux françaises. L’intérêt scientifique de ces sites est particulièrement riche en raison des moindres perturbations humaines ou naturelles qu’ils subissent -bien que fragilisés ces dernières années par la pêche profonde et l’essor du passage des câbles de communication.
Le Drassm s’est ainsi doté de trois ROV, capables de documenter finement un site, et pour l’un d’entre eux, pouvant aller jusqu’à 2500 m de profondeur. Succédant à Michel L’Hour, Franca Cibecchini mène ce programme en eaux profondes depuis cinq ans, en collaboration étroite avec Denis Dégez du pôle robotique du Drassm et Vincent Creuze du Laboratoire d’ingénierie et de robotique et de microélectronique de Montpellier (LIRMM-CNRS). Dans le cadre de sa mission régalienne de gestion patrimonial de la carte archéologique national pour le domaine public maritime, sont menées des expertises sur des épaves majoritairement antiques au large de la Corse permettant ainsi de développer des techniques innovantes et inédites, totalement adaptées aux besoins des archéologues maritimes.
Photo Marine nationale.


