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PARIS : Antoine COHIGNAC : « La PAC hybride est indispensable pour une transition réaliste dans le collectif »
Terris Energy salue le plan d’électrification mais alerte sur l’interdiction prématurée des solutions hybrides dans le logement collectif.
Le gouvernement a présenté jeudi 23 avril les 22 mesures de son plan d’électrification, confirmant une trajectoire ambitieuse pour décarboner le secteur du bâtiment. Porté par le ministre Sébastien Lecornu, ce plan fixe un cap clair : la sortie totale du gaz dans les constructions neuves d’ici 2030. La mesure phare, la numéro 5, acte ainsi l’interdiction de toute installation au gaz, y compris les pompes à chaleur (PAC) hybrides, dès le 1er janvier 2027 pour le logement neuf, avant une application ultérieure au secteur tertiaire.
Si l’ambition est saluée par les professionnels, le calendrier, jugé trop brutal, suscite de vives inquiétudes. C’est le cas de Terris Energy, fabricant français spécialisé depuis 30 ans dans les solutions de chauffage collectif, qui alerte sur les risques d’une application uniforme de cette mesure, particulièrement pour le segment du logement collectif où les alternatives 100 % électriques peinent encore à répondre à toutes les contraintes.
Un calendrier qui menace les projets en cours
L’un des principaux points de friction réside dans l’impact immédiat de cette annonce sur les opérations immobilières déjà engagées. Selon l’entreprise, près d’un quart des projets d’immeubles actuellement en phase de conception ou de construction reposent sur des systèmes de chauffage hybrides. Ces projets, qui ont déjà mobilisé des études techniques et des investissements conséquents, se retrouvent aujourd’hui dans une situation délicate. Les réorienter vers des solutions tout électriques à moins de trois ans de l’échéance fait peser une menace de retards significatifs, de surcoûts importants, voire d’abandons purs et simples.
« On ne peut pas demander à une filière de repartir de zéro du jour au lendemain. Les solutions hybrides ont été choisies pour des raisons techniques, économiques et climatiques très concrètes », souligne Antoine Cohignac, Directeur général de Terris Energy. Pour lui, ignorer ces réalités revient à fragiliser une filière engagée dans la transition, mais qui a besoin de visibilité et de stabilité réglementaire pour mener à bien ses projets.
La PAC hybride, une solution pragmatique face aux réalités du terrain
Au-delà des projets en cours, Terris Energy insiste sur la pertinence technique de la solution hybride comme outil de transition. Le plan gouvernemental ne tiendrait pas suffisamment compte des spécificités locales et des contraintes du réseau électrique. Dans les zones géographiques les plus froides, l’efficacité des pompes à chaleur 100 % électriques diminue considérablement lors des pics de froid hivernaux. De même, dans les bâtiments anciens, souvent moins bien isolés, leur rendement se dégrade, rendant le chauffage moins performant et plus coûteux pour les usagers.
Par ailleurs, la demande globale en électricité est appelée à croître massivement avec l’essor des véhicules électriques, la multiplication des data centers et la numérisation de l’économie. Le réseau électrique français, déjà très sollicité en hiver avec une consommation jusqu’à quatre fois supérieure à celle de l’été, pourrait peiner à absorber ce nouveau pic de demande. « Remplacer massivement les chaudières gaz par des PAC tout électriques ferait peser tous les pics hivernaux sur un réseau déjà sous tension », ajoute Antoine Cohignac.
La pompe à chaleur hybride, qui associe une PAC électrique et une chaudière gaz à condensation, apporte une réponse à ces défis. Elle utilise l’électricité comme énergie principale la majeure partie de l’année et ne sollicite le gaz que ponctuellement, lors des jours de grand froid, pour assurer la continuité du service et la maîtrise des coûts. « C’est une solution de transition intelligente : elle permet de réduire fortement les émissions tout en restant alignée avec les réalités du terrain », rappelle le directeur général.
Pour une transition concertée et progressive
Pour Terris Energy, si la direction prise par le gouvernement est la bonne, la méthode doit être revue. L’entreprise appelle à une transition énergétique plus progressive, qui prendrait en compte les spécificités de chaque territoire et qui serait élaborée en concertation avec les acteurs de la filière du bâtiment. Interdire de manière abrupte une technologie de transition efficace comme la PAC hybride risquerait, selon elle, d’être contre-productif et de freiner l’élan de décarbonation.
« Une transformation réussie se construit avec le terrain, pas contre lui », conclut Antoine Cohignac. Un appel au dialogue pour ajuster le calendrier et les modalités d’un plan d’électrification qui, pour réussir, devra allier ambition écologique et pragmatisme économique et technique.


