PARIS : Léa PAOLACCI : « L’esthétique continue trop souvent…
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PARIS : Léa PAOLACCI : « L’esthétique continue trop souvent de primer sur la vigilance sanitaire »
Une étude FLASHS pour le laboratoire Poderm révèle la forte pression sociale sur l’apparence des ongles et une sous-estimation des risques sanitaires.
Loin d’être un simple détail, l’apparence des mains et des ongles constitue un puissant marqueur social, au cœur d’une nouvelle enquête exclusive menée par l’institut FLASHS pour le laboratoire spécialisé Poderm. Selon cette étude, réalisée en mars 2026 auprès d’un échantillon représentatif de 2 000 Français, plus de six personnes sur dix affirment que les mains figurent parmi les trois premiers éléments qu’elles remarquent chez un individu. Ce constat met en lumière des normes esthétiques profondément ancrées, un enjeu économique pour de nombreuses femmes et des risques sanitaires encore largement méconnus du grand public.
Un critère de jugement social et intime
Les chiffres de l’enquête sont sans équivoque : l’état des mains influence directement l’image perçue. Pas moins de 81 % des hommes estiment que des mains peu entretenues renvoient une image négligée d’une femme. Ce jugement, bien que partagé par les femmes à l’égard des hommes (71 %), s’avère plus sévère envers la gent féminine. Cette pression sociale a un coût financier non négligeable, puisque près de sept femmes sur dix consacrent un budget mensuel à leurs ongles, le plus souvent compris entre 20 et 50 euros.
L’impact de cette norme s’étend jusqu’à la sphère intime. Un tiers des Français (33 %) déclarent avoir déjà été freinés dans un rapprochement amoureux à cause de mains ou d’ongles perçus comme mal entretenus. Plus de la moitié (54 %) reconnaissent que cela pourrait potentiellement les rebuter, faisant de la manucure un critère d’attractivité implicite.
Une norme féminine ancrée dès l’enfance
L’étude révèle que pour de nombreuses femmes, avoir des ongles soignés est essentiel à leur confiance en elles. Huit femmes sur dix se sentent négligées, gênées ou préoccupées lorsque leur manucure n’est plus impeccable. Près de six sur dix (57 %) vont jusqu’à se sentir « ordinaires » ou « nues » lorsque leurs ongles ne sont pas faits, soulignant le rôle de la manucure comme un outil de distinction et d’expression de la personnalité.
Cette habitude se forge très tôt. Près d’une femme sur quatre (22 %) a porté du vernis pour la première fois avant l’âge de 10 ans. Aujourd’hui, 81 % des femmes entretiennent leurs ongles, au moins occasionnellement, une pratique qui, bien qu’elle diminue avec l’âge, reste majoritaire dans toutes les générations.
Des risques sanitaires sous-estimés
Malgré cette pratique généralisée et répétée, une surprenante lacune dans la perception des risques sanitaires apparaît. Alors que 83 % des femmes vérifient la composition des produits appliqués sur leur peau, elles sont moins d’une sur deux (49 %) à le faire pour les produits destinés à leurs ongles. Plus alarmant, 30 % d’entre elles estiment que ces produits ne présentent aucun risque pour la santé.
Pourtant, l’ongle n’est pas une surface inerte. Son lit, richement vascularisé, permet la pénétration de substances chimiques qui peuvent s’accumuler dans l’organisme. La recherche a déjà documenté l’« effet cocktail » de l’exposition cumulative à certains composants, notamment les perturbateurs endocriniens, comme l’ont montré des travaux de l’Inserm, du CNRS et de l’Université de Montpellier publiés en 2021. Ce risque a d’ailleurs conduit les autorités européennes à interdire, depuis septembre 2025, plusieurs substances nocives présentes dans les vernis semi-permanents.
« Ce qui ressort surtout de cette enquête, c’est à quel point les ongles dépassent la simple question esthétique pour devenir un élément attendu de la représentation de soi. Pour beaucoup de femmes, l’absence de manucure sur leurs mains s’accompagne d’un sentiment d’inachevé, révélant leur place dans la manière de se définir et de se montrer. Dans le même temps, ces pratiques s’ancrent dans la durée, sans que les risques soient pleinement pris en compte. L’ongle reste perçu comme une surface inerte, alors que c’est en réalité un point d’exposition régulier. Les risques ne sont pas totalement ignorés, mais relégués au second plan. Finalement, l’esthétique continue trop souvent de primer sur la vigilance sanitaire. Un mécanisme à l’œuvre dans toute l’industrie de la beauté, qui s’exprime ici littéralement jusqu’au bout des doigts », analyse Léa Paolacci, Chargée d’études FLASHS.
Le rapport complet de l’étude est accessible via ce lien : https://www.poderm.com/pages/soigner-ses-ongles-entre-regard-des-autres-et-risques-pour-la-sante


