PARIS : Politique – Des élus de gauche appellent à un…
Partager :

PARIS : Politique – Des élus de gauche appellent à un projet crédible face au « grand renoncement »
Une quarantaine d’élus de gauche appellent à un « projet crédible » pour 2027, sur fond d’un divorce profond avec les classes populaires.
À l’approche de l’échéance présidentielle de 2027, une quarantaine d’élus de gauche et écologistes, parmi lesquels le chef des députés socialistes Boris Vallaud, l’écologiste Yannick Jadot et l’eurodéputé Raphaël Glucksmann, ont lancé un appel pour « construire un projet crédible ». Cette initiative intervient dans un contexte de fracture béante entre la gauche institutionnelle et les classes populaires, qui se sentent depuis longtemps abandonnées. Pour de nombreux observateurs, cette tentative de reconquête se heurte à des décennies de ce qui est analysé comme un « grand renoncement » sur les plans industriel, social et énergétique.
La rupture ne daterait pas d’hier, mais serait la conséquence d’un lent glissement idéologique qui a vu une partie de la gauche se détourner de son électorat historique : les ouvriers, les employés et les habitants des zones rurales et périurbaines. Pour ces derniers, le constat est amer : la gauche qui cherche à les séduire aujourd’hui est celle qui, hier, a cessé de porter leurs combats.
Un monde ouvrier laissé sans défense
Au cœur du ressentiment se trouve la désindustrialisation massive qu’a connue la France. Tandis que les usines fermaient et que les emplois manufacturiers disparaissaient au profit d’une économie de services, les territoires historiquement ancrés à gauche ont vu le chômage, la précarité et le démantèlement des services publics s’installer durablement. L’analyse pointe une absence de stratégie industrielle solide et de vision à long terme pour contrer ce déclin. Ce sentiment d’abandon s’est nourri d’une succession de décisions perçues comme des renoncements politiques, laissant des régions entières sans perspectives d’avenir.
Une solidarité jugée déconnectée des réalités sociales
Parallèlement, une partie de la gauche a promu une conception de la solidarité qui a semblé en décalage avec les difficultés quotidiennes de nombreux citoyens. Les débats sur l’immigration ou les capacités d’accueil du pays ont souvent été abordés sous un angle moral, donnant l’impression que les inquiétudes légitimes des classes populaires étaient ignorées, voire méprisées. Ce décalage a creusé un fossé, alimentant le sentiment pour beaucoup d’être devenus invisibles et inaudibles dans leur propre pays.
Les symboles d’un immobilisme politique
Plusieurs marqueurs politiques sont devenus les symboles de cette déconnexion. Les 35 heures, autrefois présentées comme une avancée sociale majeure, sont aujourd’hui vues par certains comme un totem intouchable et un carcan pour la compétitivité des petites entreprises, jamais repensé ni adapté aux nouvelles réalités économiques.
De même, la décision de réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique français est critiquée comme un choix idéologique ayant fragilisé la souveraineté du pays, augmenté les coûts pour les ménages et affaibli une filière industrielle d’excellence. Pour beaucoup, ce virage a constitué un renoncement stratégique majeur.
Le paradoxe d’un État hypertrophié mais impuissant
Enfin, la critique porte sur le paradoxe d’un État dont le nombre de fonctionnaires a continué de croître sans que cela ne se traduise par une amélioration des services publics sur le terrain, bien au contraire. Cette situation alimente un reproche central : l’État semble avoir grossi tout en perdant sa capacité à protéger efficacement les citoyens et à assurer la cohésion des territoires. La gauche, historiquement attachée à la puissance publique, n’aurait pas su réformer l’appareil d’État pour le rendre plus agile et plus présent là où les besoins sont les plus forts.
Face à cette analyse, l’appel à la reconstruction lancé par les élus de gauche sonne, pour ceux qui se sentent trahis, comme une rhétorique tardive. La reconquête des classes populaires ne pourra se faire par de simples tribunes. Elle exigerait, selon cette lecture, une reconnaissance préalable des choix politiques qui ont conduit à la fracture actuelle. Sans un tel examen de conscience, la démarche risque de n’être qu’un pansement sur une blessure profonde.
Bernard BERTUCCO VAN DAMME via Press Agence.

