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PARIS : Musée de l’Armée – « Explorations » déc…

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PARIS : Musée de l’Armée – « Explorations » décrypte 300 ans d’histoire entre science, pouvoir et armée

Le musée de l’Armée présente « Explorations », une exposition inédite qui retrace le rôle central des militaires dans 300 ans de découvertes.

Jusqu’au 16 août 2026, le musée de l’Armée, au cœur des Invalides, propose un voyage inédit à travers trois siècles de découvertes avec sa nouvelle exposition « Explorations : une affaire d’État ? ».

Des grands voiliers du 18ème siècle aux stations spatiales contemporaines, le parcours retrace comment les militaires, du navigateur à l’astronaute, ont été le bras armé et l’œil de la France dans la conquête de l’inconnu. Mêlant archives, objets scientifiques, œuvres d’art et spécimens naturels, l’exposition interroge les motivations profondes et les enjeux stratégiques de ces épopées humaines et technologiques.

Un enjeu de puissance et de souveraineté

Au 18ème siècle, après la perte de son premier empire colonial lors de la guerre de Sept Ans (1763), la monarchie française cherche à réaffirmer sa puissance face à ses rivales anglaise et hollandaise. L’exploration devient alors une affaire d’État. Louis XV mobilise scientifiques et officiers de marine pour de grandes expéditions autour du monde. Le comte de Bougainville est le premier Français à réaliser un tour du monde, avec pour mission de vérifier l’existence de la mythique *Terra Australis Incognita*. À sa suite, les expéditions de Jean-François de La Pérouse, Nicolas Baudin ou encore Jules Dumont d’Urville viseront à cartographier le Pacifique, l’Australie et à percer les mystères de l’Antarctique, mêlant ambitions scientifiques et affirmation de la présence française sur les mers du globe.

Des commissions scientifiques à l’instrument de la colonisation

Avec la Révolution française et l’Empire, l’exploration se réinvente. Bonaparte institutionnalise le modèle de la commission scientifique lors de la campagne d’Égypte (1798-1801), associant étroitement armées et savants. Ce modèle sera répliqué en Morée, en Algérie ou au Mexique. Les militaires y sont employés autant pour leur expertise des armes que pour leurs compétences en cartographie, en génie ou en médecine. L’objectif est double : acquérir une connaissance fine des territoires et de leur histoire, mais aussi rapporter des spécimens et vestiges qui viendront enrichir les collections nationales et magnifier les victoires militaires. Entre 1870 et 1930, cette dynamique change de nature : l’exploration devient un instrument de la colonisation. En Afrique et en Asie, les missions menées par des militaires visent à étendre les zones d’influence, s’approprier les ressources et signer des traités, souvent dans des contextes de vives tensions et de violences.

Un récit incarné : l’aventure de Jeanne Barret

L’exposition met en lumière des destins hors du commun, comme celui de Jeanne Barret. Embarquée clandestinement sur l’expédition de Bougainville, travestie en valet du naturaliste Philibert Commerson, elle devient la première femme à accomplir un tour du monde.

Son identité fut révélée à Tahiti, une escale qui inspira au navigateur cette phrase : « L’ensemble de cette île offre un coup d’œil charmant ».

Cet épisode est immortalisé dans l’exposition par une huile sur toile de Gustave Alaux, peintre officiel de la Marine, qui illustre cette vision idéalisée des grandes découvertes.

Des abysses à l’espace, les nouvelles frontières

Après la Seconde Guerre mondiale, la course à l’exploration se déplace vers de nouvelles frontières : les profondeurs sous-marines et la conquête spatiale deviennent des leviers de prestige et de puissance. Aujourd’hui, l’exploration s’inscrit dans des enjeux géopolitiques cruciaux liés aux ressources, au climat et à la souveraineté. Les abysses, les pôles et le cosmos sont des espaces stratégiques, tout comme les nouveaux environnements numériques. L’exposition fait ainsi le lien entre les explorateurs d’hier et ceux d’aujourd’hui, à l’image du portrait de Sophie Adenot, colonel de l’armée de l’Air, qui doit rejoindre la Station Spatiale Internationale en 2026, perpétuant cette longue histoire où science, pouvoir et armée demeurent indissociables