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LE CAP : NJ AYUK : « L’Afrique doit raffiner, encore…

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LE CAP : NJ AYUK : « L’Afrique doit raffiner, encore et encore »

Face aux tensions mondiales, le président de la Chambre africaine de l’énergie appelle à développer le raffinage pour la sécurité énergétique du continent.

Dans un contexte mondial marqué par des perturbations d’approvisionnement liées à la guerre du Golfe, la question de l’indépendance énergétique de l’Afrique est plus que jamais au centre des débats. Réunis au Cap lors de l’ARDA Week 2026, les leaders du secteur ont plaidé pour une refonte stratégique des systèmes énergétiques du continent, soulignant l’urgence de développer les capacités de raffinage locales pour réduire la dépendance aux importations et lutter contre la précarité énergétique.

Un impératif économique et social

Avec plus de 600 millions de personnes privées d’accès à l’électricité et 900 millions sans solutions de cuisson propre, le continent fait face à un défi colossal. La demande en pétrole devrait quant à elle atteindre 4,5 millions de barils par jour d’ici 2050. Pour NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l’énergie (African Energy Chamber), l’expansion du secteur aval n’est plus un simple débat politique, mais un impératif économique et social. « Une grande question pour l’Afrique est de savoir si nous allons embrasser l’innovation, la croissance et la prospérité, ou si nous allons retomber dans une époque où nous nierons les faits et les besoins. Nous devons produire plus d’énergie. C’est pourquoi nous ne cessons de répéter « forez, forez ». Nous ne devrions jamais nous retenir sur ce point », a-t-il déclaré lors de son discours d’ouverture.

Le virage des investissements africains

Le paysage énergétique africain connaît une transformation structurelle profonde. M. Ayuk a mis en lumière un changement significatif, passant d’un développement majoritairement porté par des acteurs étrangers à une dynamique d’investissements pilotés par des entreprises africaines. « Il y a plus de 25 ans, c’étaient principalement les entreprises étrangères qui faisaient le gros du travail. Qui aurait cru que ce seraient des entités telles que Dangote qui transformeraient le continent, et des entrepreneurs africains comme le Sahara Group qui non seulement posséderaient des raffineries, mais seraient aussi les champions de l’accès à l’énergie », a-t-il souligné. Cette transition marque une prise en main du destin énergétique du continent par ses propres acteurs.

Des politiques favorables pour attirer les capitaux

Au cœur de cette transformation se trouve la nécessité d’augmenter drastiquement les capacités de raffinage. L’appel de NJ Ayuk à « raffiner, raffiner encore » vise à développer des unités de traitement locales pour stabiliser l’approvisionnement, conserver la valeur économique sur le continent et soutenir l’industrialisation dans les secteurs de la pétrochimie et de la logistique. Pour concrétiser cette vision, la mise en place d’environnements politiques favorables est cruciale. « Nous devons adopter le libre marché, une gouvernance allégée et la responsabilité. Les entreprises doivent disposer des outils nécessaires à leur réussite », a insisté M. Ayuk. Cela passe par des cadres réglementaires stables, des régimes fiscaux compétitifs et un accès facilité au capital pour les entrepreneurs. Les besoins sont immenses : plus de 100 milliards de dollars d’investissements sont nécessaires pour répondre à la croissance de la demande.

Abattre les barrières douanières intra-africaines

La collaboration transfrontalière a également été identifiée comme un levier essentiel, mais encore freiné par de nombreux obstacles. Alors que le commerce intra-africain est souvent évoqué, sa mise en œuvre reste complexe sur le terrain. « Les droits de douane et les formalités douanières sont un véritable casse-tête et nous devons y remédier. Nous devons surmonter ces obstacles et construire ensemble », a affirmé le président de la Chambre africaine de l’énergie, appelant à une meilleure coordination entre les pays pour fluidifier le commerce régional de l’énergie.

En conclusion de son intervention, NJ Ayuk a réaffirmé une position ferme et sans complexe pour l’avenir énergétique du continent : « Nous ne renoncerons jamais à produire du pétrole. Nous raffinerons, forerons et veillerons à ce que nos jeunes à travers le continent aient accès à l’énergie. Nous ne nous excuserons jamais de produire l’énergie dont nous avons besoin ». Un message clair sur la détermination de l’Afrique à prendre en main sa souveraineté énergétique.