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PARIS : Solal BOTBOL : « Le diesel est une motorisation marginale en fin de vie industrielle »
Face à la crise du carburant, l’expert Solal Botbol décrypte les raisons de l’effondrement historique des ventes de véhicules diesel en France.
La crise des carburants, qui a marqué le week-end de Pâques par des pénuries généralisées, sonne le glas d’une ère pour l’automobile française : celle du diesel. Autrefois motorisation reine, plébiscitée pour sa faible consommation, elle ne représente plus que 2,5 % des immatriculations neuves depuis le début de 2026, avec seulement 5 620 unités vendues, soit une chute spectaculaire de 51,8 % par rapport à 2025, selon les données de NGC-Data. Alors que le prix du gazole dépasse désormais celui du sans-plomb 95, atteignant 2,315 € le litre, l’avantage économique qui a fait son succès a volé en éclats. Pour analyser cette mutation profonde, Solal Botbol, cofondateur et PDG de la startup Beev, spécialisée dans la transition vers le véhicule électrique, décrypte un changement de paradigme aux multiples facettes.
Un effondrement historique du marché
Le déclin du diesel n’est pas un phénomène récent, mais il a atteint un point de rupture. Les chiffres témoignent d’une véritable débâcle, non seulement en France mais dans toute l’Europe.
« Les chiffres de 2025 actent une rupture historique : en Europe, le diesel ne pèse plus que 7,7 % des immatriculations, soit à peine un peu plus d’un million de véhicules, en chute de 24 % sur un an. Pour mesurer le séisme, rappelons qu’en 2011 cette motorisation dominait encore le marché avec 56 % de parts. La France, qui culminait à plus de 77 % en 2008, était alors son bastion. Aujourd’hui, elle n’enregistre plus que 4,9 % de ventes diesel, soit moins d’un véhicule sur vingt. Avec seulement 67 735 immatriculations en 2025 et une baisse de 36,5 % en un an, c’est une véritable débâcle. En moins de vingt ans, le roi de la route est devenu une motorisation marginale dans le marché du véhicule neuf », analyse Solal Botbol.
Une offre constructeur en voie de disparition
Cette chute de la demande entraîne une réaction en chaîne inévitable de la part des industriels, qui retirent progressivement le diesel de leurs gammes, rendant l’accès à ces véhicules plus complexe et coûteux.
« La chute des ventes entraîne une conséquence très concrète : la disparition progressive du diesel des catalogues. Des constructeurs comme Volvo ont déjà tourné la page, la dernière Volvo XC90 diesel étant sortie d’usine en mars 2024. Chez Mini, Peugeot ou Renault, l’offre se réduit à peau de chagrin : même la Renault Clio abandonne cette motorisation avec sa nouvelle génération. Cette raréfaction fait mécaniquement grimper les prix et allonge les délais de livraison, les usines privilégiant désormais les motorisations électrifiées. À plus long terme, c’est aussi l’entretien qui se complique : moins de pièces, moins de spécialistes. Le diesel entre clairement dans une phase de retrait industriel », explique le PDG de Beev.
Des risques économiques et géopolitiques accrus
Pour les automobilistes, opter pour un diesel aujourd’hui s’apparente à un pari risqué. Entre la décote accélérée et la volatilité des prix à la pompe, l’équation économique n’est plus favorable.
« Acheter un diesel aujourd’hui, c’est cumuler plusieurs risques majeurs. Au-delà de la dépréciation accélérée déjà à l’œuvre, s’ajoute un marché de l’occasion qui est devenu saturé : l’offre de véhicules diesel explose alors que la demande recule, ce qui tire les prix vers le bas et accentue la décote mois après mois. Mais surtout, c’est la situation internationale qui achève d’enterrer cette motorisation. Avec la crise qui se prolonge en Iran, l’explosion des prix du carburant frappe particulièrement le gazole. Sur les marchés internationaux, son cours s’est envolé à un rythme spectaculaire : de 75 centimes le litre avant le début du conflit, on est passé à 1,51 dollar aujourd’hui ! », prévient Solal Botbol.
Le mur des réglementations environnementales
En plus des facteurs économiques, un arsenal réglementaire de plus en plus strict vient limiter l’usage et la rentabilité des véhicules diesel, accélérant leur obsolescence.
« Le diesel se heurte désormais à un mur réglementaire. Les Zones à Faibles Émissions s’étendent, excluant déjà les Crit’Air 4 et 5, et demain les diesels récents pourraient suivre. En centre-ville, circuler devient un casse-tête quotidien. À l’échelle européenne, les normes CAFE sur les émissions de CO2 rendent la production de diesels de plus en plus coûteuse, accélérant leur disparition. Le risque ? Voir son véhicule immobilisé, partiellement ou totalement. Les acheteurs ne s’y sont pas trompés. En mars 2026, les ventes de véhicules diesel ont reculé de 31 %. Un repli qui apparaît logique après le durcissement du malus CO2 à 108 g/km au 1ᵉʳ janvier 2026 pour un surcoût maximum de 80 000 euros et un malus au poids désormais déclenché dès 1 500 kg », détaille l’expert.
L’avantage économique définitivement enterré
L’argument massue du diesel, son coût d’usage inférieur, est aujourd’hui caduc. La flambée des prix, couplée à une fiscalité punitive, a inversé la tendance.
« Le lundi 6 avril le prix du diesel était en moyenne à 2,315 euros du litre à la pompe, soit 30 centimes de plus que le sans-plomb 95. Il est clair que la crise en Iran a conforté une réalité qui reste encore difficile à accepter pour les possesseurs de véhicules diesel : celui-ci n’a tout simplement plus l’avantage économique qu’on lui prêtait. En l’espace de 10 ans, entre une maintenance qui grimpe avec la raréfaction des pièces et des spécialistes, et une fiscalité de plus en plus punitive, le coût d’usage a tout bonnement explosé. L’avantage économique du gazole semble donc définitivement enterré, d’autant que le prix de celui-ci est plus sensible aux crises énergétiques et géopolitiques. Un prix à la pompe à 3€ du litre, inconcevable il y a encore 2 mois, devient désormais envisageable dans un avenir très proche », conclut Solal Botbol.
À propos de Beev
Fondée en 2020 par Solal Botbol et Chanez Djoudi, Beev est une plateforme qui accompagne les professionnels et les particuliers dans leur passage au véhicule électrique. L’entreprise propose une offre intégrée incluant le leasing de plus de 250 modèles de véhicules, l’installation de bornes de recharge et la gestion de flottes. Ayant déjà accompagné plus de 5 000 clients, Beev est labellisée Greentech Innovation et certifiée B Corp. Plus d’informations sont disponibles sur leur site : https://www.beev.co/
via Press Agence.


