PARIS : Anthony GENTELET : « La contribution Agefiph pourra…
Partager :

PARIS : Anthony GENTELET : « La contribution Agefiph pourrait augmenter de 35% pour de nombreuses entreprises »
La fin d’un mécanisme fiscal va alourdir la contribution Agefiph, incitant les entreprises à mieux identifier le handicap invisible.
La prochaine déclaration obligatoire d’emploi des travailleurs handicapés (DOETH), attendue pour le 5 ou le 15 mai 2026, s’annonce comme un véritable défi financier pour de nombreuses entreprises françaises. Un changement réglementaire majeur, la suppression du mécanisme d’écrêtement, va en effet entraîner une forte augmentation de la contribution due à l’Agefiph (Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées) pour les sociétés n’atteignant pas le taux légal de 6 % de salariés en situation de handicap.
Face à cette nouvelle donne, des stratégies innovantes émergent pour permettre aux entreprises de se conformer à leurs obligations tout en développant une politique d’inclusion plus efficace. L’enjeu est de taille : mieux identifier et accompagner les salariés déjà en poste mais dont le handicap, souvent invisible, n’est pas officiellement reconnu.
Une forte augmentation attendue dans le secteur tertiaire
La fin du dispositif d’écrêtement, qui limitait jusqu’à présent la hausse de la contribution d’une année sur l’autre, va mécaniquement faire grimper la facture. « L’augmentation moyenne nationale de la contribution Agefiph devrait se situer entre +20 % et +35 % », analyse Anthony Gentelet, directeur de Pidiem, une société spécialisée dans l’accompagnement du handicap en entreprise et filiale du groupe Spartes.
Selon son expertise, les disparités seront importantes selon les secteurs. « Le tertiaire, incluant l’informatique, le conseil et les services, est structurellement moins employeur de personnes en situation de handicap et devrait subir les hausses les plus significatives », précise-t-il. Pour ces entreprises, l’impact sur les budgets pourrait être considérable, les forçant à repenser entièrement leur approche.
Le handicap invisible, un vivier inexploré
La clé pour de nombreuses organisations réside dans le potentiel que représentent leurs propres collaborateurs. Un rapport de la Cour des Comptes datant de janvier 2026 met en lumière une réalité méconnue : sur les 7 millions de personnes en situation de handicap en France, seule la moitié a fait les démarches pour obtenir une reconnaissance officielle de son état.
Cette statistique souligne le poids du « handicap invisible » (maladies chroniques, troubles psychiques, troubles sensoriels, etc.), qui représente la grande majorité des cas. Beaucoup de salariés concernés ne se déclarent pas, par crainte de la stigmatisation, par manque d’information sur leurs droits ou simplement parce qu’ils ne se considèrent pas comme « handicapés ».
Une approche proactive pour un double bénéfice
C’est sur ce levier que des sociétés comme Pidiem interviennent. Leur démarche consiste à identifier, au sein même des effectifs de l’entreprise, les salariés qui pourraient bénéficier d’une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). Dans un cadre confidentiel et bienveillant, ces derniers sont informés et accompagnés, s’ils le souhaitent, dans leurs démarches administratives.
Les résultats de cette approche se révèlent particulièrement efficaces. En moyenne, les entreprises accompagnées voient leur taux d’emploi de travailleurs handicapés augmenter de 2,6 points. Les deux tiers d’entre elles parviennent ainsi à dépasser le seuil légal de 6 %. L’avantage est double : non seulement l’entreprise évite de lourdes pénalités financières, mais elle peut également réallouer les sommes économisées au financement d’une politique d’inclusion plus ambitieuse, avec des aménagements de postes, des formations et un meilleur accompagnement de tous les salariés.

