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AIX EN PROVENCE : Guillaume NESA : « Sans outil de dépistage, la loi sur le protoxyde d’azote restera une zone grise dangereuse »
Alors que le gouvernement durcit la loi contre le protoxyde d’azote, la société Olythe propose un outil de dépistage pour rendre la législation effective.
Face à la banalisation de l’usage détourné du protoxyde d’azote, le gouvernement a présenté ce jeudi en Conseil des ministres un projet de loi visant à renforcer considérablement la répression. Ce texte, qui s’inscrit dans un plan plus large de lutte contre la délinquance, prévoit la création de trois nouveaux délits pour endiguer ce phénomène aux conséquences sanitaires et sécuritaires de plus en plus préoccupantes. Désormais, l’inhalation de ce « gaz hilarant » pourrait être passible d’un an de prison et de 3 750 euros d’amende, son transport sans motif légitime de deux ans de prison et 7 500 euros d’amende, et la conduite sous son emprise de trois ans de prison et 9 000 euros d’amende. Si cette avancée législative est saluée, son application sur le terrain soulève une question cruciale : celle des moyens de contrôle, actuellement inexistants.
Un fléau routier aux conséquences sous-estimées
Le dernier bilan de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) est alarmant : 3 260 personnes ont perdu la vie sur les routes de France en 2025, soit une augmentation de 2,1 % par rapport à 2024. Parmi les facteurs de risque émergents, le protoxyde d’azote est de plus en plus pointé du doigt. Bien que les statistiques consolidées manquent encore, les experts s’accordent sur son impact grandissant sur les comportements au volant. Une étude choc menée par l’association 40 millions d’automobilistes (https://www.40millionsdautomobilistes.com/protoxyde-d-azote-au-volant-les-risques-de-la-conduite-sous-gaz-hilarant) a démontré que la consommation de ce gaz multiplie par trois le temps de réaction. Vertiges, désorientation, perte de réflexes : ces effets immédiats transforment un conducteur en un danger public, sans qu’aucune trace ne soit détectable lors d’un contrôle routier classique.
OCIN₂O, la réponse technologique au vide juridique
C’est pour combler cette faille que la société française Olythe, basée à Aix-en-Provence, a mis au point OCIN₂O, un dispositif de détection du protoxyde d’azote dans l’air expiré. Conçu sur le modèle d’un éthylotest, cet analyseur portable utilise une technologie de spectroscopie infrarouge non dispersive (NDIR) capable de cibler et de quantifier la molécule de N₂O en une minute seulement, et ce jusqu’à cinq heures après l’inhalation. Cette méthode présente un avantage décisif pour les forces de l’ordre. « C’est un échantillon simple à prélever, facile à utiliser pour les forces de l’ordre, et surtout adapté à une substance qui disparaît vite de l’organisme », explique Guillaume Nesa, dirigeant d’Olythe. Compact et conçu pour une utilisation sur le terrain, l’appareil pourrait devenir l’outil indispensable pour matérialiser l’infraction de conduite sous l’emprise de ce gaz.
Une détection scientifiquement validée
Contrairement à une idée reçue tenace, le protoxyde d’azote est bien détectable après consommation. La solution d’Olythe s’appuie sur des publications scientifiques robustes. Une étude récente, publiée dans la revue *Forensic Science International* (Jiménez et al., 2025), a prouvé que le gaz reste mesurable dans l’air expiré jusqu’à 90 minutes après l’inhalation. Des travaux plus anciens menés dans le domaine de l’anesthésie (Einarsson et al., 1993) corroboraient déjà une élimination pulmonaire progressive et quantifiable. La pertinence de l’appareil OCIN₂O a d’ailleurs été confirmée par des tests concluants menés par des forces de police en Belgique et au Danemark, démontrant qu’une solution concrète existe pour rendre visible ce danger invisible.
De la loi à la pratique : l’enjeu du contrôle
Sans un outil de dépistage officiellement reconnu, le nouveau cadre légal, aussi strict soit-il, risque de rester lettre morte. Les forces de l’ordre seraient démunies pour constater l’infraction et la verbaliser, créant un sentiment d’impunité. Pour Olythe, l’enjeu va au-delà de la simple innovation : il s’agit de garantir la cohérence et l’efficacité de l’action publique. « Rendre délictueuse la consommation et le transport serait un grand pas en avant à l’instar de pays comme le Danemark. Mais sans outil de dépistage reconnu, on laisse subsister une zone grise extrêmement dangereuse », insiste Guillaume Nesa. Face à un fléau qui fait chaque jour des victimes, la question n’est plus seulement de légiférer, mais bien de se donner les moyens de faire appliquer la loi.
Fondée en 2013, Olythe est une entreprise française spécialisée dans l’analyse de l’air expiré. Pionnière dans la miniaturisation de la spectroscopie infrarouge, elle conçoit et fabrique en France des solutions de détection de gaz, dont son éthylotest connecté OCIGO et le nouveau capteur OCIN₂O. Plus d’informations sont disponibles sur son site officiel (http://www.olythe.io/).

