PARIS : Racisme – Deux ouvrages pour décrypter les ra…
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PARIS : Racisme – Deux ouvrages pour décrypter les racines d’une crise démocratique
Face à la montée du racisme envers les élus, deux essais analysent ses racines historiques et sociologiques pour éclairer le débat public.
La France fait face à une vague d’attaques racistes d’une virulence inédite depuis des décennies à l’encontre de ses élus non-blancs, une situation qui ébranle les fondations des institutions démocratiques. Pour comprendre les ressorts profonds de ce phénomène, deux ouvrages récents proposent des clés de lecture essentielles, l’un historique, l’autre sociologique. En plongeant dans le passé colonial de la République et en déconstruisant les mécanismes de la domination raciale, ces essais offrent un éclairage indispensable pour saisir les enjeux du présent et les fractures qui traversent la société française.
Un universalisme républicain à l’épreuve des colonies
Le premier ouvrage, signé par l’historienne Delphine Gardey, retrace « L’histoire des parlementaires colonisés de France », de la Révolution française jusqu’aux vagues de décolonisation. Cette contribution majeure lève le voile sur une histoire largement méconnue, celle des élus issus des colonies qui ont siégé dans les assemblées parisiennes. Le livre interroge frontalement les promesses et les contradictions de l’universalisme républicain confronté à la réalité coloniale. Quelles parts de citoyenneté et de droits politiques fallait-il accorder aux populations des territoires colonisés ? Qui était jugé digne d’incarner la souveraineté nationale au Sénat ou à l’Assemblée ?
En suivant les parcours de figures emblématiques comme Jean-Baptiste Belley, premier député noir de l’histoire de France, jusqu’aux grandes voix de la décolonisation que furent Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor, l’auteure analyse les conditions juridiques et politiques complexes qui ont permis ou entravé leur présence. L’enquête met en lumière des destins hors du commun, faits de promesses républicaines souvent trahies, de désillusions profondes, mais aussi d’une fidélité tenace à l’idéal démocratique. L’ouvrage montre comment la lutte contre les injustices et les violences du système colonial a progressivement transformé le patriotisme républicain initial en de nouvelles solidarités, panafricaines et décoloniales.
Le « privilège blanc », une réalité sociologique
Le second essai, « La domination blanche », coécrit par les sociologues Solène Brun et Claire Cosquer, aborde la question sous un angle contemporain. Cet ouvrage pédagogique et rigoureux s’attaque à la notion controversée de « privilège blanc », un concept qui suscite souvent des réactions hostiles et des accusations de « wokisme » ou de « racisme anti-blanc ». Partant du constat que « tous les blancs ne sont pas racistes », les auteures déplacent le débat : l’enjeu n’est pas de juger les intentions individuelles, mais de comprendre pourquoi, systémiquement, les personnes blanches sont mieux traitées que les autres.
S’appuyant sur de nombreuses recherches en sciences sociales, Solène Brun, chargée de recherche au CNRS, et Claire Cosquer, chercheuse à l’Université de Lausanne, démontrent que la domination blanche est une réalité sociale et factuelle. Leur thèse centrale est que le racisme ne crée pas seulement des minorités discriminées ; il façonne également une majorité qui jouit, consciemment ou non, de nombreux avantages sociaux, économiques et symboliques. Le racisme devient alors aussi « le problème des blancs ». Le livre invite à une réflexion sur la construction de l’identité blanche, ses avantages concrets dans nos sociétés et les manières de la politiser pour choisir, selon les termes des auteures, « le camp de la justice sociale ».
Deux approches pour un enjeu démocratique
Ces deux publications, bien que distinctes dans leur approche, sont profondément complémentaires. L’une offre la profondeur historique nécessaire pour comprendre comment les hiérarchies raciales de l’ère coloniale continuent d’influencer le présent. L’autre fournit les outils sociologiques pour déconstruire les mécanismes de domination qui perpétuent les inégalités aujourd’hui. Ensemble, elles arment la pensée critique face à la résurgence d’un racisme décomplexé qui, en visant les représentants de la République, menace le pacte social tout entier.


