PARIS : Romain LEGER : « L’Accord National est le nou…
Partager :
PARIS : Romain LEGER : « L’Accord National est le nouveau contrat social des centres de santé »
Dans une tribune, le CEO d’Orisha Healthcare analyse l’Accord National comme le levier stratégique pour refonder le système de soins de proximité.
Face aux tensions qui fragilisent le système de santé français, entre déserts médicaux et saturation des services d’urgence, les centres de santé (CDS) s’affirment comme un maillon essentiel de l’offre de soins. Pour Romain Léger, CEO d’Orisha Healthcare, leur pérennité et leur efficacité reposent sur une compréhension stratégique de l’Accord National, un cadre réglementaire qu’il qualifie de « nouveau contrat social » entre les soignants, l’Assurance Maladie et les citoyens. Loin de représenter une simple contrainte administrative, ce texte serait, selon lui, le principal moteur de la médecine de demain.
D’un modèle de volume à un modèle de valeur
L’expert observe une transformation profonde du modèle économique des structures de soins. « Pendant trop longtemps, le modèle économique des structures de santé a été prisonnier de la productivité à l’acte », souligne Romain Léger. Les évolutions récentes de l’Accord National marquent un tournant décisif, opérant un basculement d’une logique de volume vers une logique de valeur.
Cette nouvelle approche revalorise des missions jusqu’alors peu considérées sur le plan financier. En effet, l’accord reconnaît désormais que la coordination des soins et les actions de prévention ont une valeur intrinsèque, au même titre qu’un acte technique. « En valorisant la coordination, le travail pluriproportionnel et les missions de santé publique, l’Accord reconnaît enfin que le temps passé à coordonner le parcours d’un patient diabétique ou à organiser une action de prévention a autant de valeur que l’acte technique lui-même », précise-t-il. Si cette évolution représente une avancée majeure pour la qualité des soins, elle constitue également un défi de gestion pour les centres, qui doivent s’approprier de nouveaux indicateurs de performance.
La régulation, un garde-fou indispensable
L’actualité récente a mis en lumière les dérives de certains centres à vocation commerciale, notamment dans les secteurs dentaire et ophtalmologique. Dans ce contexte, Romain Léger estime que l’Accord National joue un rôle de régulateur essentiel pour préserver l’intégrité du système. En durcissant les critères d’agrément et en encadrant plus strictement les nouvelles installations dans des zones jugées sur-dotées, la réglementation vise à protéger le modèle vertueux des centres de santé de proximité.
« Il ne s’agit pas de brider l’initiative, mais de garantir que l’argent public finance un accès aux soins réel et équitable, là où les besoins sont les plus criants », insiste le dirigeant. Pour lui, cette régulation est une condition non négociable pour maintenir la confiance des patients et la légitimité du secteur. « La régulation est le prix de la crédibilité de tout notre secteur », affirme-t-il.
Le numérique comme accélérateur de la transition
La réussite de cette transformation repose en grande partie sur la modernisation numérique des centres de santé. Cependant, Romain Léger met en garde contre une vision purement administrative de la technologie. Le logiciel ne doit pas devenir une charge supplémentaire pour des praticiens déjà sursollicités. Au contraire, il doit être un outil facilitateur, rendant l’application de l’Accord National fluide et quasi invisible au quotidien.
Pour que les centres puissent bénéficier pleinement des aides financières prévues, comme les forfaits structure et les soutiens à la modernisation, l’automatisation du recueil des indicateurs est cruciale. L’objectif est clair : permettre aux professionnels de santé de consacrer moins de temps aux tâches administratives et plus de temps au soin des patients.
Un pacte pour la médecine de demain
En conclusion, Romain Léger invite les gestionnaires de centres de santé à percevoir l’Accord National non comme une contrainte, mais comme un véritable levier de développement. Ce texte fondamental dépasse sa dimension purement financière pour incarner un pacte renouvelé entre les acteurs du système de santé. « À l’heure où nous devons réinventer notre système de santé, les centres de santé, portés par ce cadre conventionnel solide, sont les laboratoires de la médecine de demain : coordonnée, accessible et durable », conclut-il.