Passer au contenu principal

PARIS : Exposition – L’IMA lève le voile sur l&…

Partager :

PARIS : Exposition – L’IMA lève le voile sur l’esclavage méconnu en Méditerranée

L’Institut du monde arabe explore l’histoire oubliée de l’esclavage en Méditerranée aux 17ème et 18ème siècles à travers une exposition inédite.

L’Institut du monde arabe (IMA) présente, du 31 mars au 19 juillet 2026, une exposition événement intitulée « Esclaves en Méditerranée, XVIIe–XVIIIe siècles ». Il s’agit de la première initiative de cette ampleur, en France comme dans le monde, à se consacrer à l’histoire croisée des musulmans et des chrétiens réduits en captivité de part et d’autre de la mer Méditerranée durant l’époque moderne. Souvent éclipsée par le récit de la traite atlantique, cette réalité historique a pourtant profondément et durablement marqué les sociétés des rives nord-africaines et européennes.

Un pan méconnu de l’histoire

Entre le 17ème et le 18ème siècle, plus de deux millions d’hommes, de femmes et d’enfants furent capturés, principalement lors d’actes de piraterie menés par des corsaires chrétiens ou musulmans. Vendus sur les marchés d’esclaves de grandes cités comme Alger, Tunis ou Tripoli, ou asservis dans les ports et arsenaux d’Europe méditerranéenne, ces captifs constituaient une part significative des échanges et des conflits de la région. Cet esclavage, principalement fondé sur des logiques de différenciation religieuse, a structuré les relations diplomatiques, économiques et culturelles, et a façonné un imaginaire collectif dont les traces persistent encore aujourd’hui. L’exposition vise à restituer cette complexité historique, loin des simplifications et des oublis.

L’art comme témoin et archive

Le parcours met en lumière l’impact majeur de cet esclavage sur l’art et la culture matérielle, notamment en Europe. À travers une sélection riche et variée d’œuvres et d’objets – peintures, dessins, sculptures, armes maritimes, manuscrits, talismans et lettres de captifs –, l’exposition offre des clés de lecture essentielles pour comprendre le contexte de leur production. De nombreuses pièces, aujourd’hui conservées dans de prestigieux musées, voient ainsi leur lien originel avec l’histoire de l’esclavage méditerranéen enfin explicité. Parmi les œuvres phares présentées, les visiteurs pourront découvrir un dessin d’un esclave musulman par le célèbre artiste Charles Le Brun, des représentations inspirées des *Quattro Mori* de Pietro Tacca, ou encore un album exceptionnel d’Ignazio Fabroni dépeignant le quotidien des galériens, entre travail forcé et moments de repos.

Un parcours immersif au cœur du destin des captifs

Conçue comme une expérience immersive, l’exposition retrace le destin tragique de ces captifs, depuis leur capture en mer jusqu’à leur éventuel rachat, leur libération ou leur conversion, en passant par la dure réalité des travaux forcés. Une place centrale est accordée à la parole des esclaves eux-mêmes. Leurs écrits, parfois poignants, sont mis en valeur et accompagnés d’enregistrements sonores pour faire entendre leurs voix, leurs souffrances, mais aussi leurs stratégies de survie, leurs espoirs et les formes de solidarité qui se nouaient dans l’épreuve. Une attention particulière est portée à la condition des esclaves musulmans en Europe, un sujet encore moins documenté, afin de souligner leur contribution souvent ignorée à la culture des 17ème et 18ème siècles.

Héritages et regards contemporains

Si l’esclavage en Méditerranée plonge ses racines dans l’Antiquité, l’exposition se concentre sur sa dernière grande phase, qui s’étend jusqu’aux abolitions progressives autour des années 1830. Pour clore le parcours et ouvrir la réflexion, une œuvre contemporaine a été commandée afin d’interroger la mémoire et les silences qui entourent cette histoire, ainsi que les débats actuels sur la représentation de ses figures et de ses héritages.

L’exposition, en accès gratuit, est placée sous le commissariat d’une équipe scientifique internationale réunissant Djamila Chakour (Institut du monde arabe), Meredith Martin (New York University), M’hamed Oualdi (Sciences Po) et Gillian Weiss (Case Western Reserve University). Ce projet a bénéficié d’un financement du Conseil européen de la recherche (ERC).

Toutes les informations sont disponibles sur le site de l’institution : www.imarabe.org.