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MARSEILLE : Laurence de COCK : « L’immigration a toujours é…

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MARSEILLE : Laurence de COCK : « L’immigration a toujours été un enjeu économique et politique majeur »

Dans son nouvel ouvrage, l’historienne Laurence de Cock décrypte l’histoire de l’immigration en France, un outil économique et une cible politique constante.

Face aux discours alarmistes sur une prétendue « pression migratoire », l’historienne Laurence De Cock propose, dans son livre *Histoire de France populaire. D’il y a très longtemps à nos jours* (Éditions Agone, 2024), une relecture historique de la place de l’immigration. En s’appuyant sur une analyse au long cours, elle démontre que les vagues migratoires successives, loin d’être un phénomène nouveau ou incontrôlé, ont toujours correspondu aux besoins économiques du pays tout en étant l’objet d’une instrumentalisation politique récurrente.

Cette perspective contraste avec certains traitements médiatiques récents, qui tendent à occulter une réalité plus complexe. Une étude de l’Institut national d’études démographiques (Ined), intitulée « Trajectoires et origines », révèle d’ailleurs que « 41 % de la population est liée à la migration par les ascendants, les conjoints et, de plus en plus, les unions des enfants », dessinant le portrait d’une société française profondément métissée.

Une constante historique : le besoin de main-d’œuvre

L’analyse de Laurence De Cock rappelle que l’immigration a été un levier indispensable au développement de la France à plusieurs moments clés de son histoire. Dès la fin du 19ème siècle, le pays accueille plus d’un million d’étrangers, principalement concentrés à Paris et dans les régions frontalières, pour pallier des besoins démographiques et militaires.

Après la saignée de la Première Guerre mondiale, ce sont les travailleurs italiens et polonais qui viennent combler les vides laissés dans les usines et les mines. Entre les deux guerres, cet apport est complété par un afflux de réfugiés fuyant les régimes totalitaires : Arméniens, Juifs, antifascistes italiens, républicains espagnols et opposants au nazisme.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le constat est encore plus criant. Avec 460 000 immeubles détruits, deux millions endommagés et une économie à terre, la reconstruction nationale s’avère une tâche titanesque. Pour y parvenir, l’État organise l’arrivée de main-d’œuvre étrangère via l’Office national de l’immigration, créé le 2 novembre 1945. C’est à cette époque que naît l’expression « travailleur immigré », reconnaissant, pour un temps, le rôle crucial de ces populations.

La nationalité, un outil au service de l’État-nation

La question de l’identité nationale est intrinsèquement liée à cette histoire. L’historienne revient sur la loi de 1889, qui ancre le droit du sol dans la législation française. Un enfant né en France de parents étrangers peut ainsi devenir français à sa majorité. Ce débat parlementaire marque un tournant, définissant pour la première fois le fait de se « sentir français » non plus par le sang, mais par un attachement au pays, des habitudes et un sentiment d’appartenance forgé par le temps.

Cependant, cette ouverture n’est pas dénuée d’arrière-pensées politiques. Pour le gouvernement de la IIIe République, il s’agit d’augmenter les effectifs du service militaire en vue de la « revanche » contre l’Allemagne. Cette méfiance se traduit par des droits restreints pour les naturalisés, qui ne deviennent éligibles aux assemblées législatives qu’après dix ans, soupçonnés d’une loyauté incertaine. Parallèlement, l’expansion coloniale en Afrique et en Asie fabrique une nouvelle catégorie d’exclus juridiques : les populations colonisées.

Xénophobie et instrumentalisation politique

Chaque vague migratoire s’est heurtée à une hostilité xénophobe, souvent encouragée par les pouvoirs en place. À la fin du 19ème siècle, le gouvernement utilise la peur de l’étranger pour « briser la solidarité de classe dans le monde ouvrier », explique Laurence De Cock.

Cette violence culmine en 1973, une des années les plus sombres pour les travailleurs étrangers en France, notamment maghrébins. Les agressions et crimes racistes se multiplient, sur fond de discours méprisants et de faits divers montés en épingle. Les termes injurieux comme « bicots » ou « bougnoules » se banalisent dans une partie de la presse, tandis que l’extrême droite s’active particulièrement sur ce front.

L’analyse de l’historienne met ainsi en lumière une dualité persistante : une France qui a besoin de ses immigrés pour sa prospérité économique et son dynamisme démographique, mais qui, périodiquement, les désigne comme des boucs émissaires pour détourner les tensions sociales et politiques.

Les extraits de l’ouvrage *Histoire de France populaire* sont disponibles sur le site Antichambre. Le livre est publié par les Éditions Agone.

via Press Agence.