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TOULOUSE : Jannsen SANTANA : « Les guerres génèrent des inj…

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TOULOUSE : Jannsen SANTANA : « Les guerres génèrent des injustices structurelles de consommation »

Un chercheur de TBS Education décrypte les graves injustices de consommation privant les civils de biens essentiels en temps de guerre.

Alors que le conflit au Moyen-Orient et les diverses tensions géopolitiques mondiales continuent de perturber lourdement l’accès aux biens de première nécessité pour les populations civiles, une nouvelle grille de lecture apparaît dans le champ académique. Ce concept novateur en recherche marketing, qualifié d’« injustices de consommation » (ou *consumption injustices*), permet désormais d’éclairer ces dynamiques complexes sous un jour nouveau et d’en mesurer toute la portée sociale.

Dans un récent article académique publié au début du mois de mars dans la revue spécialisée *Consumption Markets & Culture* (https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/10253866.2026.2638886), Jannsen Santana (https://www.tbs-education.fr/professeur/santana-jannsen/), enseignant-chercheur en marketing et culture au sein de l’école de commerce TBS Education, analyse en profondeur ce phénomène.

Avec l’appui de ses co-auteurs, l’expert étudie minutieusement la manière dont les crises contemporaines majeures, qu’il s’agisse des guerres, des pandémies à l’échelle mondiale ou des bouleversements liés aux crises climatiques, produisent des inégalités profondes et particulièrement tenaces dans l’accès et les conditions de consommation au quotidien.

Des fractures structurelles au cœur des marchés

Le constat dressé par l’enseignant-chercheur est sans équivoque : au-delà des destructions matérielles visibles et des tragiques pertes humaines qui retiennent l’attention internationale, les conflits armés génèrent de fait des injustices structurelles invisibles mais dévastatrices. Celles-ci s’enracinent directement au sein des marchés et désorganisent l’intégralité des chaînes d’approvisionnement. Ces dysfonctionnements économiques affectent alors frontalement et violemment le quotidien matériel des populations touchées par ces événements extrêmes.

Dans le contexte actuel, l’analyse de Jannsen Santana permet de comprendre de manière concrète comment les guerres fabriquent de toutes pièces ces injustices de consommation. Les mécanismes identifiés par la recherche sont multiples et cumulatifs : la rupture brutale des chaînes d’approvisionnement logistique, l’imposition de sanctions économiques qui assèchent les territoires, une inflation galopante rendant les prix inaccessibles, ou encore la disparition pure et simple de certains biens considérés comme absolument essentiels à la survie des foyers.

La vulnérabilité des civils face aux marchés de substitution

L’étude met également en évidence une réalité cruelle qui se joue sur le terrain. Ce sont systématiquement les populations les plus vulnérables qui se retrouvent en première ligne face à ces pénuries organisées ou subies. Ces civils subissent de plein fouet un accès de plus en plus limité, voire inexistant, à des ressources fondamentales telles que l’alimentation de base, les traitements et équipements médicaux vitaux, ou encore les sources d’énergie indispensables pour se chauffer et s’éclairer.

Face à l’effondrement ou au blocage total des circuits de distribution classiques et institutionnels, le chercheur observe une bascule inexorable des comportements. Les populations n’ont souvent d’autre choix que de se tourner vers des alternatives précaires. Cette situation de survie favorise directement le développement de marchés informels, entraînant bien souvent l’émergence de systèmes exploitants qui profitent de la détresse locale lorsque les cadres régulateurs traditionnels ne sont plus en mesure de fonctionner.

Une nouvelle responsabilité pour les entreprises et le monde de la recherche

Cette permanence de l’état de crise interroge directement le rôle des acteurs économiques sur ces territoires. L’analyse souligne en effet que les marchés et les entreprises impliqués dans ces zones de turbulences occupent une position déterminante et ambivalente. Selon les stratégies et les choix opérationnels adoptés, ces structures commerciales peuvent tout aussi bien contribuer à atténuer les difficultés de la population civile ou, à l’inverse, amplifier dramatiquement les inégalités d’accès aux biens vitaux.

Enfin, ces travaux portent une ambition plus large destinée à faire évoluer le monde académique. L’enseignant-chercheur de TBS Education démontre de manière explicite pourquoi la recherche en marketing doit aujourd’hui impérativement élargir son champ de vision. Il apparaît désormais indispensable que cette discipline s’intéresse bien davantage aux véritables injustices sociales et géopolitiques contemporaines, au lieu de se limiter exclusivement à l’observation classique des comportements des consommateurs dans des contextes dits « normaux » et pacifiés.