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PARIS : Caroline CHOPINAUD : « La France produit désormais une IA de classe mondiale »
Présentée ce lundi à Bercy, la sixième édition de la Cartographie Hub France IA révèle un bond inédit de 60 % des acteurs du secteur.
L’écosystème de l’intelligence artificielle en France franchit un cap décisif dans son industrialisation. Présentée ce lundi 9 mars 2026 au ministère de l’Économie et des Finances à Bercy, la sixième édition de la Cartographie réalisée par le Hub France IA dresse un panorama particulièrement dynamique du marché national. Avec 972 fournisseurs d’intelligence artificielle désormais actifs sur le territoire, le secteur enregistre une croissance spectaculaire de 60 % par rapport à l’année précédente. Cet observatoire de référence, qui constitue le panel d’acteurs le plus large jamais rassemblé depuis son lancement en 2020, démontre que la filière française ne se contente plus d’adopter des innovations étrangères, mais s’affirme comme un véritable vivier de créateurs technologiques.
Une mutation technologique vers la production
Le changement de paradigme est visible dans le positionnement des entreprises sondées. Sur un échantillon très précis de 253 structures ayant détaillé leur architecture technologique, plus de la moitié (54 %) développent leurs propres modèles de fondation ou s’appuient sur des technologies dites « deeptech » propriétaires. Les 46 % d’acteurs restants se concentrent sur l’optimisation et l’adaptation de briques existantes. L’écosystème national couvre ainsi l’intégralité de la chaîne de valeur, depuis la recherche fondamentale et la conception initiale jusqu’au déploiement industriel massif des solutions.
La souveraineté numérique, une réalité pragmatique
Au-delà de la seule création technologique, la question de l’indépendance nationale se pose avec acuité. Parmi ces 253 fournisseurs, une entreprise sur deux revendique une souveraineté majoritaire ou une indépendance totale sur le plan technologique. Toutefois, 46 % d’entre elles assument une approche hybride et pragmatique. Ces dernières combinent des solutions d’origine française, européenne ou extra-européenne pour répondre précisément à leurs impératifs opérationnels. La Cartographie montre ainsi que la souveraineté ne s’envisage pas comme un bloc monolithique. Elle s’articule autour d’une architecture multiniveaux qui mêle habilement développement propriétaire, paramétrage fin de modèles ouverts et intégration sécurisée de solutions tierces.
Des signaux économiques au vert
L’attractivité de ce secteur stratégique se traduit par des flux financiers exceptionnels. Selon les données compilées par l’association d’intérêt général, les acteurs de cet écosystème ont levé plus d’un milliard d’euros depuis 2024. Une dynamique de confiance qui se prolonge, puisque 220 millions d’euros de levées de fonds supplémentaires sont anticipés pour l’année 2026. Sur le plan de l’emploi, une consultation menée auprès de 428 jeunes pousses révèle que 65 % prévoient de renforcer leurs effectifs. Avec une moyenne de deux à cinq embauches par structure, ce sont près de 3 000 postes hautement qualifiés qui seront créés, dont plus de 50 % en Île-de-France.
Une complémentarité entre la capitale et les régions
Le tissu entrepreneurial, dont l’âge médian s’établit à sept ans pour une majorité de structures fondées après 2018, est composé à plus de 90 % d’entreprises de moins de 50 salariés. Il s’oriente massivement vers les professionnels (B2B) dans des secteurs critiques tels que la santé, la finance ou l’industrie. Géographiquement, une division stratégique du travail se dessine au service de la compétitivité. Si l’Île-de-France centralise 60 % des entreprises et s’impose comme le pôle névralgique des solutions logicielles transversales, les régions prennent le relais sur l’application concrète. L’Occitanie, l’Auvergne-Rhône-Alpes et les Pays de la Loire s’affirment en effet comme les moteurs de la verticalisation industrielle, particulièrement dans l’énergie, le milieu médical et les technologies de terrain.
Un impératif d’accompagnement
Créé en 2017 et membre fondateur du European AI Forum, le Hub France IA appelle désormais à transformer cet élan en puissance économique durable. « La souveraineté technologique ne se décrète pas, elle se construit. Notre Cartographie en apporte la preuve chiffrée : la France produit désormais une IA de classe mondiale. L’urgence est maintenant de lui donner les moyens de grandir — en structurant les financements, en accompagnant les scale-up jusqu’à leur pleine maturité et en accélérant le déploiement pour que ces innovations deviennent des champions industriels », a conclu Caroline Chopinaud, directrice générale du Hub France IA.


