PARIS : Société – Un tiers des Français minés par le…
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PARIS : Société – Un tiers des Français minés par le syndrome de l’imposteur
Une enquête exclusive Odoxa révèle que 32 % des Français subissent le syndrome de l’imposteur, un sentiment d’illégitimité qui frappe massivement les jeunes.
C’est un mal invisible qui ronge la confiance en soi et freine les carrières. À la veille de la parution de la bande dessinée événement « Le syndrome de l’imposteurE » aux éditions Marabulles, l’institut Odoxa lève le voile sur l’ampleur de ce phénomène psychologique en France. Pour la première fois, une étude d’envergure, menée avec le concours scientifique du psychologue clinicien Kevin Chassangre, mesure précisément la prévalence de ce trouble. Le constat est sans appel : loin d’être un problème marginal réservé à une élite intellectuelle, le sentiment d’imposture est une réalité massive qui traverse toute la société française.
Un phénomène d’ampleur nationale
Les résultats de l’enquête, réalisée auprès d’un échantillon représentatif de plus de 2 000 personnes, indiquent que 83 % des Français présentent au moins des signes modérés de ce syndrome. Plus inquiétant encore, près d’un tiers de la population (32 %) le ressent de manière « régulière à intense ». Concrètement, ces millions d’individus vivent avec la peur constante d’être « démasqués », attribuant leurs réussites à la chance ou au hasard plutôt qu’à leurs propres compétences.
Ce sentiment d’illégitimité ne fait aucune distinction sociale. Contrairement aux idées reçues, il frappe avec la même intensité les catégories socioprofessionnelles supérieures (CSP+) et les employés ou ouvriers (CSP-). Le niveau de diplôme joue toutefois un rôle amplificateur : plus le niveau d’études est élevé, plus le doute s’installe, touchant 36 % des diplômés du supérieur contre 27 % des non-bacheliers.
Un raz-de-marée chez les jeunes
L’enseignement le plus spectaculaire de cette étude concerne la fracture générationnelle. Chez les moins de 25 ans, les chiffres s’envolent pour atteindre des sommets vertigineux : 60 % d’entre eux sont concernés à un niveau élevé. Pour cette génération entrant sur le marché du travail ou poursuivant ses études, le doute n’est pas une passade, mais une composante structurelle de leur quotidien.
Dans cette tranche d’âge, l’égalité est parfaite : hommes et femmes sont touchés dans les mêmes proportions (environ 56-57 %). C’est une génération entière qui semble avancer avec le frein à main, paralysée par l’exigence de performance et la peur de l’échec, potentiellement exacerbée par la comparaison permanente sur les réseaux sociaux.
Le poids des années pèse sur les femmes
Si l’égalité règne chez les jeunes, un fossé se creuse inexorablement avec l’âge. L’enquête met en lumière une dynamique de genre très marquée au fil de la carrière professionnelle. Alors que chez les hommes, le syndrome tend à s’estomper avec la maturité et la prise de responsabilités, le schéma inverse s’observe chez les femmes.
C’est dans la tranche d’âge charnière des 35-49 ans que l’écart devient le plus flagrant. À ce moment clé de la vie professionnelle, 51 % des femmes sont touchées de façon régulière à intense, contre seulement 28 % des hommes. Là où les hommes semblent consolider leur légitimité avec l’expérience, les femmes continuent de questionner leur place, subissant de plein fouet ce plafond de verre psychologique.
Stress et auto-sabotage
Les conséquences de ce trouble dépassent le simple inconfort mental. Pour ceux qui en souffrent, l’impact sur la vie professionnelle et personnelle est tangible. L’étude souligne une différence majeure dans la manière de vivre ce doute selon le genre. Pour une partie des hommes (42 %), ce sentiment d’imposture peut agir comme un moteur, une source de motivation pour se dépasser.
À l’inverse, pour une majorité de femmes, le syndrome agit comme un puissant inhibiteur. Lorsqu’il est ressenti à un niveau intense, il génère un stress important chez 88 % des femmes (contre 80 % des hommes) et freine la prise d’initiative pour 58 % d’entre elles. Ce mécanisme d’auto-sabotage conduit nombre de talents féminins à ne pas postuler à des promotions ou à ne pas revendiquer la paternité de leurs succès.
Une approche scientifique rigoureuse
Pour obtenir ces données inédites, Odoxa s’est appuyé sur l’expertise de Kevin Chassangre, docteur en psychopathologie et spécialiste reconnu du sujet (https://www.psychosteur.com/). Le protocole a consisté à adapter l’échelle de Pauline Rose Clance, référence mondiale créée il y a quarante ans, pour en faire un outil statistique applicable au grand public.
Les répondants ont été soumis à un test précis, évaluant des situations concrètes : la peur d’être évalué, la difficulté à accepter les compliments, ou la conviction que le succès est dû à une erreur de casting. Cette méthodologie permet de dépasser le simple ressenti déclaratif pour objectiver un trouble souvent tu.
Une bande dessinée pour libérer la parole
Ces révélations accompagnent la sortie, ce mercredi 4 mars, de l’album « Le syndrome de l’imposteurE ». Scénarisé par Céline Bracq, directrice générale d’Odoxa, et le romancier Éric Giacometti, illustré par Fanny Briant, cet ouvrage mêle enquête, témoignages et éclairages psychologiques. Il vise à offrir des clés pour comprendre et apprivoiser ce mécanisme.
L’étude complète est disponible en ligne pour ceux souhaitant approfondir ces données : https://www.odoxa.fr/wp-content/uploads/2026/03/Etude-sur-le-syndrome-de-limposteur-Odoxa-Chassangre-2.pdf


