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PARIS : Jean-Christophe VILLETTE : « Le burn-out féminin n’est pas d’abord un sujet de femmes »
À l’approche du 8 mars, une analyse d’EKILIBRE Conseil démontre que l’organisation du travail est la cause première du burn-out féminin.
Alors que les entreprises s’apprêtent à célébrer la Journée internationale des droits des femmes en publiant leurs engagements en matière de parité et de féminisation des instances dirigeantes, une ombre persiste au tableau. Au-delà des quotas et des avancées sociétales nécessaires, la souffrance psychologique au travail demeure une réalité qui frappe les femmes de manière disproportionnée. C’est le constat dressé par le cabinet EKILIBRE Conseil qui, s’appuyant sur des données récentes, invite à déplacer le regard : et si la fragilité ne venait pas des personnes, mais de la nature même des postes qu’elles occupent ?
Une surexposition aux violences et au harcèlement
Les chiffres sont éloquents et dessinent une réalité professionnelle encore rude pour la population active féminine. Le Baromètre OpinionWay réalisé pour EKILIBRE Conseil sur la santé et les conditions de travail en juin 2025 met en lumière des disparités flagrantes. Alors que 25 % des salariés déclarent avoir subi des violences sur leur lieu de travail, 59 % des victimes sont des femmes.
Le constat s’aggrave lorsque l’on aborde les situations caractérisées de harcèlement, qui concernent des femmes dans 62 % des cas. Au-delà des faits de violence directe, c’est la charge mentale et émotionnelle qui pèse lourdement. L’étude révèle ainsi que 50 % des femmes affirment devoir « faire bonne figure en toutes circonstances » dans le cadre de leur emploi, contre seulement 39 % de leurs homologues masculins.
Les données épidémiologiques corroborent cette tendance : la souffrance psychique liée à l’activité professionnelle touche au moins 50 % de femmes de plus que d’hommes. Pourtant, l’analyse ne doit pas s’arrêter à une lecture biologique ou psychologique individuelle. Lorsque l’on compare des hommes et des femmes exerçant strictement le même métier, les écarts en matière de facteurs de risques psychosociaux s’amenuisent considérablement.
La charge des métiers relationnels
L’explication de cette surreprésentation féminine dans les statistiques du burn-out réside essentiellement dans la ségrégation des métiers. Les femmes sont aujourd’hui majoritairement présentes dans les secteurs dits relationnels : l’enseignement, la santé, les ressources humaines, la relation client ou encore les fonctions support.
Ces professions partagent un dénominateur commun : une forte interaction humaine, la nécessité de gérer des tensions et une responsabilité constante vis-à-vis d’autrui. Ce ne sont pas des métiers techniquement plus exigeants, mais ils imposent une usure spécifique. Ils mobilisent en permanence l’attention relationnelle, la régulation des émotions et l’ajustement aux comportements des autres.
Cette réalité se traduit concrètement dans les indicateurs d’absentéisme. Les données de l’INSEE et de la DARES confirment que les femmes s’absentent plus souvent pour raisons de santé, particulièrement dans ces secteurs très féminisés où l’exposition aux risques psychosociaux est maximale. « Le burn-out féminin n’est pas d’abord un sujet de femmes. C’est un sujet de travail », martèle Jean-Christophe Villette, fondateur du cabinet EKILIBRE Conseil.
Le poids de la « double journée »
À cette exposition professionnelle spécifique s’ajoute une inégalité persistante dans la sphère privée qui impacte directement la disponibilité et la récupération. Les femmes assurent encore environ 70 % des tâches domestiques et parentales. Elles occupent également l’essentiel des emplois à temps partiel.
Cette double contrainte rend la soutenabilité du travail tributaire de l’organisation concrète : la prévisibilité des horaires, la gestion des interruptions et les marges de manœuvre laissées aux salariées deviennent des facteurs critiques de santé mentale. Briser le plafond de verre reste un objectif louable, mais il apparaît insuffisant si l’on ne s’attaque pas à la structure même de l’organisation du travail.
Vers une refonte de l’organisation du travail
Pour les experts, la solution passe par une reconnaissance de la pénibilité spécifique du travail relationnel et émotionnel. Il s’agit de repenser la répartition des contraintes et de permettre une véritable articulation entre vie professionnelle et vie personnelle.
« Ce n’est pas une opposition entre femmes et hommes. C’est une différence d’exposition liée à la nature des métiers et à l’organisation du travail. Faire progresser l’égalité professionnelle, c’est aussi agir sur les causes racines : prévenir les violences, reconnaître la charge émotionnelle, redonner des marges de manœuvre et concevoir un travail soutenable pour toutes », conclut Jean-Christophe Villette.
EKILIBRE Conseil (https://ekilibre-conseil.com/) est un cabinet spécialisé qui accompagne les entreprises dans la gestion des enjeux humains et la prévention des risques psychosociaux.


