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PARIS : Société – Sophie DJIJO décrypte la criminalis…

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PARIS : Société – Sophie DJIJO décrypte la criminalisation de l’entraide dans un nouvel essai

Dans son ouvrage à paraître le 8 avril aux éditions Textuel, la philosophe Sophie Djigo enquête sur la répression croissante des élans solidaires.

La solidarité est traditionnellement considérée comme un principe universel, socle du lien social. Pourtant, l’actualité récente témoigne d’un glissement sémantique et judiciaire inquiétant. Dans son nouvel essai intitulé « La solidarité n’est pas un crime », Sophie Djigo s’interroge sur les mécanismes qui conduisent aujourd’hui à la condamnation, tant morale que pénale, de l’entraide. L’ouvrage, qui sera disponible en librairie le 8 avril prochain, propose une analyse fouillée de ce phénomène de société.

Une criminalisation aux visages multiples

L’autrice part d’un constat sans appel : les attaques contre les initiatives solidaires se multiplient. Ce phénomène ne se limite pas au célèbre « délit de solidarité » souvent évoqué concernant l’aide apportée aux personnes sans-papiers. Sophie Djigo élargit la focale pour englober d’autres formes de répressions, allant des sanctions visant les soutiens au peuple palestinien jusqu’aux accusations de « séparatisme » qui ciblent les acteurs associatifs ou individuels dans les quartiers populaires. Selon l’analyse développée dans l’ouvrage, ces entraves ne sont pas anecdotiques. Elles seraient le fruit de « forces néolibérales et néofascistes » qui tentent de restreindre l’élan solidaire. L’essai démontre comment l’entraide est progressivement assimilée à une activité criminelle, justifiant ainsi des attaques contre les droits fondamentaux au nom de motifs idéologiques. L’objectif affiché par les pouvoirs politiques serait alors d’imposer des formes jugées « légitimes » de solidarité, au détriment des initiatives citoyennes spontanées.

La philosophie à l’épreuve du terrain

Pour étayer sa démonstration, Sophie Djigo ne se contente pas d’une approche théorique. L’ouvrage s’inscrit dans une démarche de « philosophie de terrain », une méthode chère à l’autrice qui consiste à articuler la réflexion conceptuelle avec l’observation concrète des situations vécues.

L’essai se structure autour de trois enquêtes spécifiques menées par la philosophe :

*   La situation à la frontière franco-britannique, zone de tensions migratoires intenses ;

*   Le procès de la solidarité en Belgique, cas d’étude juridique et éthique ;

*   La vie dans les quartiers populaires de Roubaix, où se jouent des problématiques de cohésion sociale et de stigmatisation.

À travers ces trois prismes, l’autrice analyse les pratiques solidaires réelles et la manière dont elles sont contrecarrées par les institutions.

Un parcours engagé sur la question migratoire

Sophie Djigo apporte à cet ouvrage son expertise de directrice de programme de recherche au Collège international de philosophie, mais également son expérience de militante. Fondatrice du collectif Migraction59, elle est une spécialiste reconnue des questions migratoires. Ce nouvel essai s’inscrit dans la continuité de ses précédents travaux. Elle a notamment publié « Les Migrants de Calais » (Agone, 2016), co-écrit « Des philosophes sur le terrain » (Créaphis, 2022) avec Isabelle Delpla, Olivier Razac et Christiane Vollaire, et plus récemment « Penser avec la frontière » (D’une rive à l’autre, 2024) en collaboration avec le photographe Bastien Deschamps.

Avec « La solidarité n’est pas un crime », Sophie Djigo lance un appel à redéfinir ce principe essentiel et à faire vivre des « solidarités sans frontières », refusant que l’assistance à autrui ne devienne un délit.