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MARSEILLE : Environnement – Le risque pollinique s’envole avec le retour du soleil
AtmoSud place la région en vigilance face à un risque pollinique élevé, dominé par le cyprès, qui touche toute la Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Le retour des journées ensoleillées et la douceur des températures marquent le coup d’envoi de la saison pollinique en région Sud. Depuis le 23 février, les indicateurs virent au rouge sur l’ensemble du territoire. AtmoSud, l’observatoire de la qualité de l’air, confirme que le risque est actuellement « élevé voire très élevé » et devrait se maintenir à ce niveau pour plusieurs jours encore.
Les principaux responsables de cette alerte sont les pollens de cyprès et d’aulne, dont la libération est favorisée par les conditions météorologiques actuelles. La carte de vigilance est sans équivoque : le risque est qualifié d’élevé à Aix-en-Provence, Avignon, Marseille et Toulon. La situation est encore plus critique à Carpentras et à Nice, où le risque est classé comme « très élevé ».
Le cyprès, première cause d’allergie régionale
Si les symptômes sont bien connus des habitants — rhinites, conjonctivites, toux, difficultés respiratoires ou fatigue inhabituelle —, l’ampleur du phénomène lié au cyprès est spécifique à notre géographie. Ce dernier représente la première cause d’allergie aux pollens en région Sud, étant à l’origine de près de 75 % des cas d’allergies polliniques sur le territoire.
Le Professeur Denis Charpin, ancien chef de service de pneumologie-allergologie de l’Hôpital Nord à Marseille et membre du Conseil Scientifique d’AtmoSud, apporte un éclairage historique et scientifique sur cette prédominance. « Je me souviens que dans les années 1960, mon père, qui était président de la Société française et européenne d’allergologie, affirmait que le cyprès était peu allergisant. En vérité, à l’époque, c’est un allergène qui était difficile à extraire en laboratoire », explique le Professeur Charpin.
Ce n’est qu’avec les progrès technologiques que la puissance allergisante de cet arbre a été révélée. Mais l’explosion des cas ne s’explique pas uniquement par la science. L’urbanisme des dernières décennies a joué un rôle délétère. « Lorsque les banlieues ont pris leur essor, on a vu des milliers de haies de cyprès envahir les villes, quand il était commun de les trouver en zone plus campagnarde. Ils se sont alors trouvé à proximité directe des humains. Or, une haie de cyprès, ce sont des milliers de milliards de pollens qui se répandent dans l’air », précise l’expert.
Climat et aseptisation
Outre la proximité immédiate de ces « murs » de pollens, le Professeur Charpin souligne l’impact du changement climatique et de l’évolution de nos modes de vie. « Les maladies allergiques sont devenues plus fréquentes. Notamment à cause du réchauffement climatique, mais aussi de nos modes de vie plus aseptisés. On dit d’ailleurs que quand un nourrisson arrive avec de la terre sous les ongles, que c’est bon signe, pour souligner l’importance de renforcer nos systèmes immunitaires », analyse Denis Charpin.
Bien que les plantations de cyprès ne soient plus favorisées dans les plans de végétalisation publics actuels, l’héritage est lourd. Les arbres existants, notamment chez les particuliers, continuent de croître et de disperser leurs allergènes. « Le cyprès est un arbre remarquable, qui pousse vite, au feuillage dense, et qui crée donc une barrière visuelle intéressante. En parallèle, la réglementation qui stipule de signaler les risques d’allergies chez les pépiniéristes n’est souvent pas respectée », déplore le pneumologue.
Les bons gestes pour se protéger
Face à cet épisode qui ne devrait connaître aucune amélioration au cours de la semaine, l’Agence Régionale de Santé (ARS) et AtmoSud rappellent les précautions d’usage. Il est recommandé aux personnes sensibles de consulter leur médecin ou pharmacien et d’éviter les facteurs aggravants comme le tabac ou les aérosols.
L’aération du logement reste nécessaire mais doit être effectuée stratégiquement : avant 10 heures le matin et après 19 heures le soir, pour éviter les pics de dispersion. Le Professeur Charpin ajoute des conseils pratiques pour le quotidien : « À titre individuel, on préconise d’éviter de sortir aux heures les plus chaudes pendant les périodes de risque élevé, de se rincer les cheveux en fin de journée – les cheveux longs et frisés captent particulièrement bien les pollens – ou encore de garder les fenêtres de son habitat fermées ». Le port du masque chirurgical et le séchage du linge à l’intérieur sont également conseillés pour limiter l’exposition.
Les prévisions détaillées par commune sont disponibles sur le site d’AtmoSud (https://www.atmosud.org), tandis que l’ensemble des recommandations sanitaires peut être consulté sur le portail de l’ARS (https://www.paca.ars.sante.fr/les-pollens-surveillance-et-recommandations). Un nouveau point sur la situation sera communiqué ce vendredi pour les prévisions du week-end.


