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PARIS : François GOMBERT : « L’émotion humaine, une f…

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PARIS : François GOMBERT : « L’émotion humaine, une fois numérisée, devient une preuve pénale »

Dans sa dernière analyse, l’expert en communication François Gombert décrypte comment la judiciarisation croissante des affaires pousse les dirigeants à abandonner l’écrit au profit d’une culture du secret radicale et de l’oralité.

C’est un changement de paradigme brutal qui s’opère au sommet des entreprises en ce début d’année 2026. Longtemps considéré comme un actif et une preuve de commande, l’écrit est désormais perçu comme un risque existentiel par les états-majors. Dans sa publication spécialisée « Com’On En Parle ! » (https://comonenparle.substack.com/), François Gombert théorise ce qu’il nomme « l’inversion de l’archive ».

Selon l’expert, la trace écrite est devenue une « trace radioactive » possédant une durée de vie supérieure à la carrière de son auteur. Face aux moyens d’investigation numérique du Département de la Justice (DOJ) ou de la SEC, qui s’apparentent à de l’antiterrorisme, les entreprises adoptent mécaniquement des contre-mesures.

« C’est le Paradoxe du Parrain : l’hyper-compliance a fini par forcer des dirigeants honnêtes à adopter les réflexes de la mafia sicilienne », explique François Gombert.

L’objectif n’est pas de dissimuler des crimes, mais de conserver une confidentialité vitale.

Le cas Boeing : une facture à 20 milliards.

Pour illustrer ce danger, l’analyse revient sur le scandale du 737 MAX. Contrairement aux idées reçues imputant la chute de l’avioniste à un simple logiciel, c’est une conversation interne qui a scellé le sort de la réputation du groupe.

Lors d’une procédure de « Discovery » (recherche de preuves), la justice a exhumé un message instantané d’un ingénieur : « Cet avion est conçu par des clowns, qui sont eux-mêmes supervisés par des singes ».

« Ce n’était qu’une vanne de machine à café. Mais une fois écrite, horodatée et stockée, elle est devenue un aveu », souligne François Gombert.

« L’émotion humaine, une fois numérisée, devient une preuve pénale. Si cet ingénieur l’avait dit dans un couloir, Boeing aurait économisé 20 milliards de dollars ».

Le management par le renseignement.

Face à ce constat, une nouvelle doctrine s’installe : diriger sans écrire. François Gombert détaille un « manuel opératoire » qui transforme le management en exercice de renseignement. Parmi les protocoles recommandés, la mise en place de « sanctuaires » ou cages de Faraday lors des réunions stratégiques est devenue la norme. Les téléphones, considérés comme des mouchards potentiels même éteints, sont bannis des salles de décision.

L’expert prône également le retour à la doctrine du « Walk & Talk », popularisée par Steve Jobs.

« L’oral n’est pas une fuite, c’est un sport de combat. L’écrit permet d’être lâche (on se cache derrière un écran). L’oral impose le corps-à-corps », analyse-t-il, rappelant que les SMS, comme ceux d’Elon Musk par le passé, sont souvent des contrats rédigés sous le coup de l’impulsion.

Une fracture sociale basée sur la visibilité.

Cette évolution dessine une nouvelle fracture au sein de l’entreprise. D’un côté, le salarié « transparent », tracé par sa pastille Teams et ses données, contraint de documenter chaque instant pour prouver son travail. De l’autre, le dirigeant « opaque » qui revendique le droit d’être une boîte noire.

Cette culture de l’oralité favorise, selon l’auteur, une stratégie de « Hit & Run » : des décisions rapides, une valorisation à court terme, et des dirigeants qui ont quitté le navire, sans laisser de traces, avant que les conséquences juridiques n’éclatent des années plus tard.

« En 2030, le CV ultime ne sera pas celui qui a 100 000 abonnés. Ce sera celui qui affiche : « Aucun résultat trouvé ». L’anonymat sera la preuve ultime de la compétence souveraine », conclut François Gombert.