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PARIS : Une œuvre-série documentaire inédite sur le territo…

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PARIS : Une œuvre-série documentaire inédite sur le territoire et l’écosystème

Jack Farman, réalisateur et chercheur en anthropologie de l’environnement, présente une œuvre-série documentaire intitulée « Espèces pionnières ».
“Avoir un territoire, ça veut dire ne pas être seul, et savoir que les gens, dans les arbres, dans la terre, il y a quelque chose de vous qui, même quand on est pas là, vous attend patiemment” , Cesare Pavese.

Le territoire dont parle Pavese ne se voit pas. Il est fait d’autres choses que la matière dont sont faites les routes, les murs et les maisons. C’est un monde intime, qu’on emporte avec soi quand on part, fait des envies, des attentes, des rêves, des habitudes, des peurs et des espoirs qu’on y a mis, quand on y œuvre.

Le territoire n’est pas juste un espace. C’est une expérience particulière du monde, qu’on ne peut faire qu’ici. Un mode d’emploi intime, partagé par tous ceux qui l’habitent, et qui raconte ce que ça veut dire, de vivre et œuvrer dans cet endroit. Il faut des récits pour porter cette voix intime du territoire : que cette dimension intime trouve à s’exprimer, qu’elle incarne dans la matière concrète des espaces à venir.

Espèces pionnières prend cette notion de territoire comme point de départ pour raconter ces histoires, en utilisant la vidéo comme moyen de « faire terrain ».

En filmant celles et ceux qui œuvrent activement sur et avec le territoire, le projet explore les manières dont des gestes collectifs transforment à la fois les espaces et les imaginaires.

Avec Espèces pionnières, Jack Farman livre une première œuvre-série documentaire, en 3 épisodes.

Espèces pionnières est conçue comme une œuvre en série, une forme documentaire évolutive composée de plusieurs essais vidéo, chacun centré sur un geste ou une relation spécifique entre humains, milieux et matière vivante. Plutôt qu’un seul récit linéaire, le projet s’apparente à un catalogue sensible, où chaque fragment dialogue avec les autres, tissant peu à peu un paysage complexe de notre rapport au vivant. Chaque épisode/essai est centré sur une pratique artistique incarnée — celles de Fabrice Hyber, Thierry Boutonnier, Olivier Darné, Alan Sonfist et Stéphanie Sagot — qui engage une transformation du territoire, des gestes, des formes de cohabitation et de perception. La série se déploie en trois volets thématiques, qui forment une trajectoire à la fois matérielle, politique et de récit.

Le 1er épisode d’Espèces pionnières interroge l’agentivité des pratiques collectives et artistiques dans la transformation des environnements urbains. Il est actuellement disponible sur la plateforme LABOCINE et sera projeté – suivie d’une discussion avec Jack Farman, mardi 27 mai, dans le cadre du colloque AD•Rec — Art et Design Recherche 2025 Faire, encore à l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne (Esadse) à la Cité du design durant la Biennale Internationale Design Saint-Étienne, dont la 13ème édition a pour titre : Ressource(s), présager demain.

Une expérience filmique ouverte de fragmentation, d’adaptation et d’émergence

À l’image de ces organismes qui s’implantent dans des milieux instables et modifient progressivement l’environnement, l’expérience filmique peut chercher à épouser ces logiques de transformation, d’installation progressive et de mutation du visible. Le dispositif filmique s’inspire ainsi directement des principes écologiques : fragmentation, adaptation et émergence.

Comme ces premières plantes qui réinstaurent un espace, la démarche filmique de ce projet se construit par strates successives, qui laissent apparaître la dynamique des lieux et des gestes. Cette approche s’inscrit dans la perspective de l’ethnographie sensorielle (Pink, 2009) : comprendre un environnement ne se limite pas à l’analyser ou à le raconter, mais passe aussi par l’expérience physique et sensorielle que l’on en fait. Transposée au cinéma, cette idée invite à une manière de filmer qui ne se contente pas de documenter le réel, mais qui cherche à faire ressentir les interactions entre le vivant et le territoire.

Face à l’effondrement du vivant et à la nécessité de penser des espaces capables de s’ajuster aux changements climatiques et aux dynamiques humaines, le territoire est confronté à privilégier aujourd’hui des modèles de subsistance ouverts, souples, réversibles, qui acceptent le temps et le vivant comme des acteurs essentiels de la conception. On parle alors d’aménagement adaptatif, où l’espace n’est plus figé mais en perpétuelle négociation avec ses habitants et son écosystème.

De la même manière, le documentaire de création offre la possibilité d’accompagner une perception du monde en train de se transformer. Il s’appuie sur une esthétique du fragment, qui cherche à naviguer dans un espace sensoriel, où les éléments s’agencent sans ordre préétabli.

L’acte d’œuvrer

Ce qui relie profondément la fabrique du territoire et le documentaire de création, c’est leur dimension expérimentale. Ni l’un ni l’autre ne se contentent d’une représentation descriptive ; ils cherchent tous deux à produire des formes qui permettent de penser autrement, à créer des situations plutôt qu’à se contenter d’un état de fait.

L’acte d’œuvrer, lorsqu’il s’intéresse aux transformations des milieux, aux formes de cohabitation et aux régimes d’adaptation, devient une science des relations plutôt qu’une simple pratique formelle. Il ne dessine plus des objets mais des écosystèmes en interaction, des cadres où peuvent émerger des usages inattendus, des formes évolutives qui dépassent la seule intention du concepteur.

Le documentaire de création fonctionne de la même manière : il ne donne pas à voir un espace fini mais une expérience ouverte. Par sa capacité à traduire le sensible, à enregistrer les mutations invisibles d’un lieu ou d’un geste, il devient un espace de recherche sur la transformation des territoires, une manière d’accompagner les processus du monde à travers un langage visuel et sonore.

Dans cette perspective, le documentaire de création et l’aménagement des territoires ne sont pas simplement des disciplines qui se croisent : ils partagent une même posture face au monde, une attention aux formes en transition, aux relations qui émergent, aux équilibres instables qui façonnent nos espaces de vie.

Faire œuvre avec Fabrice Hyber, Thierry Boutonnier, Olivier Darné, Alan Sonfist et Stéphanie Sagot

Espèces pionnières se déploie en 3 volets (les 2ème et 3ème volets sont en cours de réalisation).

Le premier volet « Faire œuvre, faire écosystème » explore la dimension arboricole, relationnelle et territoriale de l’acte de création. À travers les interventions de Fabrice Hyber et Thierry Boutonnier, il interroge comment « faire œuvre » devient une manière d’œuvrer avec le vivant, de planter, semer, accompagner des processus biologiques. L’arbre y devient une figure centrale, à la fois esthétique, symbolique et écologique.

Le deuxième volet « L’Exposome : Alimentation, Compost, Toxicité » introduit la notion d’exposome, qui désigne l’ensemble des expositions environnementales auxquelles un individu est soumis tout au long de sa vie. À partir des gestes liés au compostage, à la culture urbaine et à la circulation des déchets, ce chapitre interroge les formes invisibles de contamination (des sols, des corps, des flux alimentaires) mais aussi les gestes de réappropriation et de régénération, notamment à travers les pratiques d’Olivier Darné à Zone Sensible.

Le troisième volet « Mémoire écosystémique et espèces pionnières » aborde la mémoire enfouie des écosystèmes et les tentatives de réintroduction d’espèces indigènes comme actes de réparation écologique et symbolique. En s’appuyant sur des références à l’art écologique (notamment Alan Sonfist), il explore les manières dont l’art peut réactiver une mémoire du sol, du végétal et des territoires oubliés, à travers le travail de Stéphanie Sagot notamment.

Jack Farman

Jack Farman est réalisateur et chercheur en anthropologie de l’environnement. Formé en philosophie à McGill (Canada) puis en anthropologie sociale à University College London (UCL), il s’intéresse aux récits que nous tissons avec les milieux que nous habitons, en particulier dans les contextes de transition écologique. Il développe une pratique audiovisuelle hybride, à la croisée du documentaire de création, de l’ethnographie sensorielle et de la recherche-création.

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