PARIS : Matthias ODIN – Project Room du Plateau, du 7…
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PARIS : Matthias ODIN – Project Room du Plateau, du 7 mai au 15 juin
Dans le cadre de la Project Room du Plateau, Matthias Odin réalise une installation intitulée Entre le cœur et les murs, présentée du 7 mai au 15 juin 2025.
« Matthias Odin se nourrit des rencontres et des hasards qui placent son travail dans un mouvement d’errance et de constructions tant hasardeuses que choisies. Les sculptures qu’il réalise prennent vie grâce aux expériences quotidiennes qui sont les siennes : découvertes d’objets, de lieux ou de situations par l’arpentage solitaire de la ville, par des relations amicales et/ou expériences collectives. Chaque rencontre retient un souvenir matériel ou immatériel et affectif qui vient alimenter ses installations composites, témoins de sa mobilité.
J’ai contacté Matthias Odin en novembre 2024 et nous avons projeté un rendez-vous dans son atelier début janvier 2025. Son mail disait : « J’ai trouvé un espace qui me semble intéressant pour présenter mon travail. C’est un espace actuellement secret mais je peux communiquer qu’il se situe à l’arrêt Front Populaire ». Une image d’un lieu blanc immaculé et brillant était intégrée à la correspondance. Quelques jours avant, j’eus la confirmation du rendez-vous au métro Front populaire à 16h et je reçus un poème à lire sur le trajet, qui figure aujourd’hui dans l’exposition. Une des phrases que j’ai pu lire dans le métro, Entre le cœur et les murs, est son titre.
Nous avons traversé une vaste place minérale adossée de commerces et d’un grand immeuble construit pour l’organisation des J.O. Puis, un long bâtiment industriel en béton totalement vide. Une immense verrière permettait à une lumière insoupçonnée de parvenir comme par magie jusqu’au sol. Nous avons descendu quelques marches pour accéder à un sous-sol totalement inondé, une mare stagnante et huileuse, parsemée d’objets flottants dont l’étendue semblait infinie. Comme un flash d’un film de Tarkovski associé à une scène de jeu vidéo. En remontant, nous étions face à une porte blanche. La porte s’est ouverte avec une clef et j’ai alors retrouvé l’image de l’espace blanc envoyée par mail. Cette sorte de White Cube au sein de ce vaste entrepôt était une véritable surprise. « Voilà, c’est mon atelier mais c’est provisoire ».
Raconter cette découverte, c’est rendre compte de la précarité des espaces de travail pour les artistes. Mais c’est aussi mettre le doigt sur la pratique de Matthias Odin qui, grâce à l’occupation de ce site, a conçu un ensemble de sculptures qui avaient toutes la particularité d’avoir été composées par le glanage d’objets trouvés là. Un travail in situ bien particulier assorti de la frayeur et de l’urgence à prendre et à occuper l’espace, et à ne pas être repéré, voire découvert.
J’ai proposé à Matthias Odin de donner une autre réalité à ce lieu en réunissant certaines des sculptures vues là-bas pour créer une équivalence, une traduction de cet espace occupé temporairement dans la Project Room du Plateau, pour célébrer cet atelier localisé « entre le cœur et les murs », et à cette posture de l’entre-deux, à la fois esthétique, affective et spatiale.
Les sculptures réunies pour l’exposition se chargent de strates multiples. Ce que l’on croit stable est en réalité déjà en transformation et le site lui-même agit de ses changements infimes et quotidiens sur chaque sculpture. Les gestes de collectes sont modestes mais précis, les matériaux sont pauvres mais les choix sont justes, c’est la dramaturgie de ces gestes mineurs de récolte patiente qui traduit les différents états du lieu.
L’architecture omniprésente disparaît par endroits pour réapparaître à d’autres : une porte en bois, une autre en verre, une fenêtre par laquelle on peut voir un film, des cloisons que l’on traverse comme le personnage du Passe-Muraille, des chaises renversées. Et toujours cette présence de la main – hyperréaliste, fantomatique ou mécanique – c’est elle qui ouvre les portes, donne les accès, déclenche la photo ou la vidéo, et, c’est aussi elle qui assemble et fabrique ces petits théâtres lumineux à tiroirs.
La lumière y devient une matière presque palpable, sculptant l’espace, révélant l’invisible, et créant ainsi des seuils entre un réel et un imaginaire. Elle est un acte de réappropriation, une façon de redonner de la visibilité à ce qui est censé rester caché, éphémère, illégal. Elle intègre les cicatrices du lieu, les potentialités oubliées, et parfois même les récits silencieux des personnes qui y ont vécu ou y sont passées.
L’exposition Entre le cœur et les murs fonctionne un peu à la manière de poupées gigognes par une structuration en différentes couches, une réflexivité et une mise en abyme du lieu dont la présence en retrait demeure une énigme et aussi par le mouvement de prospection de celui ou celle qui la découvre. Par cette tentative d’épuisement de la mémoire d’un lieu francilien, l’exposition propose un espace de questionnements sur notre rapport à la propriété et au droit d’exister poétiquement dans les interstices de la ville. »
MATTHIAS ODIN, ENTRE LE CŒUR ET LES MURS
PROJECT ROOM, LE PLATEAU, PARIS
DU 7 MAI AU 15 JUIN 2025
Commissariat : Maëlle Dault
Vernissage : ce mercredi 7 mai, 18h-21h
Visite commissaire artiste : mercredi 4 juin, 19h30
