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MARSEILLE : « Services Express Régionaux Métropolitains : que faut-il en attendre ? »

Alors que s’ouvre ce lundi 5 mai la conférence dédiée au financement des infrastructures de mobilité, découvrez l’étude de La Fabrique de la Cité sur les SERM comme leviers pour décarboner les mobilités du quotidien des Français dans les grands espaces urbains.

Attendue de longue date par les acteurs du secteur, « Ambitions France Transports » s’ouvre ce lundi 5 mai à Marseille. Cette conférence nationale doit permettre de définirun nouveau modèle de financement pour les infrastructures de mobilité à horizon 2040.

Dans sa note « Services Express Régionaux Métropolitains : que faut-il en attendre ? », Louise Fel, chargée d’études à La Fabrique de la Cité, revenait sur l’enjeu majeur que constitue ce rendez-vous national pour les projets SERM.

Les besoins de financement pour les investissements et pour l’exploitation sont en effet massifs, et leurs modalités ainsi que leur origine restent assez peu débattues. Ils devront pourtant représenter une ressource pérenne, bien acceptée par les populations, et vecteur d’efficacité dans l’usage des transports.

Il s’agit là d’un préalable essentiel à la mise en œuvre de ses projets qui promettent de contribuer à la décarbonation du secteur. Souhaitons que la conférence de financement fasse progresser la réflexion sur ces points ?

Avec 33% d’émissions de gaz à effet de serre en 2022, les transports sont considérés comme le secteur d’activités le plus polluant du pays. La décarbonation des mobilités est donc devenue un enjeu majeur pour atteindre la neutralité carbone de la France d’ici 2050. Parmi les solutions identifiées, les Services Express Régionaux Métropolitains (SERM) s’imposent comme un levier incontournable pour repenser les déplacements du quotidien dans les grandes aires urbaines.

À travers cette note, Louise Fel,  chargée d’études à La Fabrique de la Cité, s’intéresse aux promesses des SERM en s’appuyant notamment sur l’analyse de quatre projets lancés sur les aires urbaines de Marseille, Toulouse, Clermont-Ferrand et Tours. Ce travail de recherche sur un dispositif encore peu documenté, car reposant sur des approches particulièrement territorialisées, entend esquisser de premières réponses aux enjeux de déploiement des SERM en France.

Les SERM, de quoi parle-t-on ? 

Entre 1960 et 2017, la demande de transports a été multipliée par 5,3, et si l’augmentation de la population a joué un rôle, c’est l’explosion des distances parcourues qui en est la principale cause : les trajets domicile-travail sont passés de 3 km en 1960 à 13,3 km en 2023.

Ces déplacements sont aujourd’hui les plus longs et les plus structurants du quotidien, et sont majoritairement réalisés en voiture, le mode de transport dominant sur les distances de 1 à 1000 km.

Or, sur la même période, le remplissage des véhicules a diminué, passant de 2,3 personnes en moyenne en 1960 à 1,6 en 2017.

Mentionnés pour la première fois sous le terme de « RER métropolitains » par le Conseil d’Orientation des Infrastructures en 2018, ces dispositifs ont pour objectif de favoriser, dans les principales métropoles du pays, le report modal vers les transports collectifs pour les déplacements du quotidien en s’inspirant de ce qui existe dans d’autres pays (Allemagne, Suisse, Espagne).

Le terme de Services Express Régionaux Métropolitains (SERM) est créé en décembre 2023 par la loi du même nom.

Concrètement, le dispositif vise la création d’une offre de transports multimodale et performante qui intègre trains, cars express, mobilité douce et covoiturage. La loi SERM repose ainsi sur un triple objectif : écologique en proposant une véritable alternative à la voiture individuelle, de santé publique en limitant la pollution de l’air et d’aménagement du territoire afin d’intégrer plus fortement les territoires d’une même région métropolitaine.

Focus sur quatre projets de SERM territoriaux  

Alors que la première annonce du Président de la République évoquait « la création d’un réseau de RER dans les dix principales villes françaises », ce sont finalement 24 projets de SERM qui ont été labellisés à l’été 2024. La déclinaison de cet objectif national à l’échelon local suppose que chacun de ces projets soit adapté aux caractéristiques de son propre territoire. Cette adaptation repose sur une étude la plus fine possible de la capacité des infrastructures existantes et des besoins et des flux de déplacement au niveau du bassin de mobilité.

Le SERM n’est donc pas un objet unique. La Fabrique de la Cité a donc choisi de se concentrer sur les initiatives en cours dans quatre SERM pour en tirer de premiers enseignements :

À Marseille, la nécessité de décarboner une agglomération polycentrée – L’étendue et le relief de la métropole Aix-Marseille Provence (2,5 fois la taille de Paris et près de 2 millions d’habitants) ont largement favorisé l’usage massif de la voiture, qui représente 52% des déplacements effectués sur le territoire métropolitain, et l’étalement urbain. Dans le bassin de mobilité de Marseille, la distance moyenne parcourue pour aller au travail est de 11,5 km.

La Métropole mise en priorité sur la réorganisation de ses lignes depuis la gare Saint-Charles (diamétralisation), annoncée pour 2035, afin de renforcer le maillage des trains du quotidien et désengorger des axes routiers qui arrivent aujourd’hui à saturation.

Le Conseil d’Orientation des Infrastructures a estimé que le SERM marseillais devrait représenter 4,5 milliards d’euros.

À Toulouse, une politique de mobilité ambitieuse – Toulouse connaît à la fois une croissance démographique conséquente (20 000 habitants arrivent chaque année dans cette métropole de 806 500 habitants) et une surfréquentation des axes routiers qui devrait atteindre 160% en 2030. Un habitant du bassin de mobilité parcourt en moyenne 12,7 km par jour pour aller au travail et la voiture représente 55 % des déplacements. Le secteur des transports représente ainsi 42% des émissions de gaz à effet de serre de l’aire urbaine, soit près de 10% de plus qu’au niveau national. Pour répondre à ces défis, le SERM de Toulouse devrait être le plus grand de France, avec de premières échéances dès 2028.

À terme, ce sont 121 trains supplémentaires prévus d’ici fin 2032 avec un cadencement des trains de 5h à 23h et des passages toutes les 10 minutes aux heures de pointe associés au déploiement de cars à haute fréquence dans les communes où le ferroviaire ne peut pas se déployer.

Le SERM toulousain devrait représenter 4,6 milliards d’euros d’investissements.

À Clermont-Ferrand, un projet frugal pour une approche servicielle – L’élargissement du dispositif au-delà des dix principales villes françaises a permis à la métropole clermontoise et ses 21 communes pour 296 000 habitants de disposer d’un projet SERM. Dans ce territoire, la distance moyenne des trajets domicile-travail est de 8 km et la voiture est utilisée dans 60 % des déplacements.

La Métropole mise sur la coordination entre les autorités organisatrices et une analyse très fine des besoins du territoire pour dessiner son projet malgré la contrainte budgétaire.

Ainsi, chaque ajout de ligne de train ou de bus est questionné afin de limiter l’étalement urbain et de garantir les résultats sur les réels besoins de déplacements des habitants.

Par ailleurs, les acteurs du territoire veillent à ne pas doubler cars interurbains et cars express sur les mêmes flux.

Le projet de SERM clermontois vise également la réduction des temps de trajet en train, grâce à des travaux de signalisation et en rouvrant des croisements, et l’augmentation de leur fréquence.

Enfin, la Métropole travaille depuis de nombreuses années à la promotion de la pratique du vélo. Elle possède le 3ème système de Vélos en libre-service de France, après Paris et Lyon, et compte poursuivre son déploiement.

À Tours, le SERM comme projet de réaménagement urbain – La métropole de Tours comporte 286 000 habitants. La voiture représente 52% des déplacements et la distance moyenne d’un déplacement domicile-travail y est de 10,3 km. Le ferroviaire y est peu utilisé malgré une infrastructure particulièrement développée en raison d’un manque de régularité dû à la saturation de la gare. En effet, TER, Intercités et TGV se trouvent fortement concentrés sur une distance de 3 km entre Tours et Saint-Pierre-des-Corps.

Le projet de SERM prévoit de moderniser les infrastructures et de renforcer l’offre ferroviaire (notamment entre Orléans et Tours), une nouvelle billettique, une deuxième ligne de tramway, une nouvelle ligne de Bus à Haut Niveau de Service(BHNS), la création de pôles multimodaux ainsi qu’un schéma cyclable métropolitain.

Enfin, l’autoroute A10 et ses 78 000 véhicules par jour en moyenne devrait accueillir prochainement des voies spécifiques aux cars express et aux covoitureurs.

Des enjeux de gouvernance et de financement à relever  

« Le focus que nous proposons sur 4 des 24 SERM laisse à penser, malgré des niveaux d’avancement différents, que ces dispositifs s’ancrent dans des projets de longue date pour offrir aux habitants une meilleure offre de transports qui facilite leur quotidien et améliore leur qualité de vie », explique Louise Fel,

« Néanmoins, il conviendra d’installer un cadre stable et cohérent en matière de gouvernance pour assurer une continuité dans la coordination des différentes types de transports et de réseaux. L’effort sur le financement est également un défi à relever. Entre la conception et les offres effectives, ces projets de mobilité vont demander une continuité d’investissement humain et financier sur plusieurs années ».

Le financement constitue en effet la principale source d’incertitude pour la mise en œuvre de ces projets d’envergure qui doivent prouver leur pérennité. Cette incertitude perturbe logiquement l’avancement des projets qui requièrent un cadre stable national stable sur les critères, les calendriers, ainsi qu’une certaine visibilité pour engager des investissements particulièrement lourds. C’est notamment à ce titre que la conférence sur le financement des SERM initialement prévue en juin 2024 est largement attendue par les acteurs territoriaux.

« Si ces défis qui pèsent sur les SERM sont relevés avec méthode et pragmatisme, nul doute qu’il s’agira là d’une avancée significative pour l’avenir des transports en France », estime Louise Fel.