PARIS : Combien coûte le décrochage scolaire ? Qui réussit…
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PARIS : Combien coûte le décrochage scolaire ? Qui réussit au brevet ? Etudes, attention aux pièges !
Pendant que le décrochage scolaire coûte à la France 25 milliards d’euros, l’Etat n’investit que 600 millions d’euros pour la prévention.
Que coûte le décrochage scolaire en France ? Quand on pense aux adolescents qui quittent le système scolaire, on imagine d’abord un coût humain. C’est avant tout une perte de chance de sortir de la pauvreté, une diminution flagrante des perspectives d’insertion sociale, de l’accès à un revenu décent et de la possibilité de trouver sa voie autrement que par contrainte. C’est aussi un aveu d’échec de notre système éducatif. Mais tout cela peut également se chiffrer.
Ainsi, une étude récente du CIDJ (datée du 5 février) sur l’impact des dispositifs contre le décrochage scolaire nous rappelle le coût astronomique du phénomène : 8 milliards d’euros par an sont perdus du fait que 8 à 10 % des élèves quittent le système scolaire après avoir décroché. Le coût estimé des conséquences à long terme pour les jeunes et adultes sans diplôme (chômage, bas salaires, problèmes avec la justice ou de santé) s’élève à 17 milliards d’euros. Ces dépenses inhérentes au décrochage scolaire atteignent donc 25 milliards d’euros par an. Pour bien comprendre ce que représente un tel chiffre, il faut le comparer aux 30 milliards du budget de l’enseignement supérieur et de la recherche prévu pour 2025 !
Et individuellement, qu’est-ce que cela représente ? Le cabinet BCG avait estimé en 2012 le coût du décrochage scolaire à 230 000 euros par personne pour la collectivité sur l’ensemble de sa vie. En tenant compte de l’inflation, cela représente aujourd’hui un coût de 276 000 euros.
Mais alors, si le décrochage engendre une perte sèche annuelle de 25 milliards, que font les pouvoirs publics pour l’endiguer ? Selon la Cour des comptes, l’investissement en prévention n’est que de 600 millions d’euros par an, dont 100 millions sous forme de subventions aux associations d’éducation. Sachant qu’en France, on estime à 2 millions le nombre d’enfants et de jeunes scolarisés en grande difficulté, cela revient à… 300 euros par jeune et par an. 600 millions pour lutter contre un fléau qui coûte 25 milliards, c’est David contre Goliath. Le rapport est de 1 à 42 !
Combien faudrait-il alors investir pour éviter ce coût pharaonique ? C’est la question que je me suis posée, au regard de l’écosystème que je connais bien : celui des grandes associations d’éducation. Celles que nous accompagnons aident chaque année 250 000 élèves à ne pas décrocher, ainsi que près de 200 000 enseignants dans leur pratique pédagogique, notamment auprès des publics les plus en difficulté. Bien entendu, le coût d’accompagnement par élève varie beaucoup d’une association à l’autre : 12 euros pour certaines en accompagnement collectif, 750 voire 1.500 euros pour d’autres, dans le cadre de suivis plus personnalisés. Prenons l’hypothèse haute d’un coût de 1.500 euros pour les 2 millions d’élèves en grande difficulté : on arrive à un budget de 3 milliards d’euros pour la prévention. Le rapport passe alors à 1 pour 8, ce qui paraît plus équitable !
Cela nous donne quelques grandes lignes pour repenser la prévention du décrochage en France sur des bases plus efficaces :
Poursuivons la massification des associations, car elles proposent des dispositifs dont les coûts baisseront à mesure qu’elles toucheront un plus grand nombre d’enfants et de jeunes (économies d’échelle).
Renforçons l’alliance éducative en favorisant un rapprochement entre parents et enseignants. Les associations jouent un rôle crucial en établissant une passerelle éducative, à l’heure où les parents et les profs échangent de moins en moins. Cette alliance permet un accompagnement plus impactant et moins coûteux.
Enfin, les pouvoirs publics doivent investir davantage dans la prévention si l’on veut voir le décrochage diminuer drastiquement dans les années à venir. Pour nous, à la Fondation, il faudrait 30 fois le budget actuel. Ce sont les chiffres qui le disent !
Elisabeth Elkrief, directrice générale de la Fondation AlphaOmega
Le chiffre de la semaine : 120 000, c’est le nombre de collégiens qui n’ont pas obtenu le brevet en 2024 soit 14% d’échec
En 2024, le taux de réussite au diplôme national du brevet (DNB) a chuté. Sur les 841 000 collégiens ayant passé l’épreuve, 120 000 ont été recalés, soit un taux de réussite de 85,6 %, contre 89 % en 2023. Cette baisse, annoncée par la DEPP, était attendue, car les exigences de l’examen ont été revues à la hausse.
Derrière ce chiffre, ce sont surtout les inégalités scolaires qui sont révélatrices car les écarts de réussite sont toujours très importants entre les élèves s’orientant vers la filière professionnelle (75,2 %) et ceux se dirigeant vers les filières générale et technologique (86,8 %) :
Futurs lycéens professionnels :
33,9 % des candidats ont au moins un an de retard dans leur parcours scolaire (vs 5,8 % en filière générale).
49,4 % sont d’origine sociale défavorisée (vs 27,8 % en filière générale).
61,8 % sont des garçons.
Futurs lycéens en filière générale et technologique :
91,4 % des candidats sont à l’heure dans leur parcours scolaire (vs 66 % en filière professionnelle).
25,3 % sont d’origine sociale très favorisée (vs 6,6 % en filière professionnelle).
50,5 % sont des filles.
Ces chiffres confirment une moindre réussite des garçons issus de milieux modestes, orientés vers la voie professionnelle, et déjà confrontés à des difficultés scolaires ou à un désintérêt pour l’école. Pour rappel, 60 % des décrocheurs sont en filière professionnelle et sortent du système scolaire en raison d’une orientation subie.
Peur de Parcoursup, pénurie des places en fac : l’enseignement supérieur privé en bénéficie, mais à quel prix ?
Notre dossier de cette semaine concerne le post-bac. Chaque année au moment de faire leurs choix d’orientation sur Parcoursup, de nombreux élèves de Terminale optent pour un « plan B » dans l’enseignement supérieur privé. A la clé, un accès plus simple à des formations et la promesse d’une place en amphi là où certaines filières du public sont continuellement saturées.
Le revers de la médaille est que de nombreux établissements privés se trouvent dans une zone grise avec des conditions d’enseignement illégales (surcharge des classes et nombre d’heures d’enseignement raboté), un coût des droits étudiants très élevé pour un diplôme dont parfois la valeur sur le marché du travail n’est pas garantie.
Cela pose question : sur le nombre de places dans le public qui continue de faire défaut ; sur le sous-investissement chronique dans certaines filières convoitées ; et sur l’inégalité géographique persistante de l’offre de formation publique en France malgré l’afflux massif de bacheliers chaque année. Autant de problématiques auxquelles l’offre privée semble répondre. Pour éclairer ces questionnements quelques éléments de réponses ont émergé cette semaine :
l’évolution démographique de la population étudiante qui va poursuivre sa croissance jusqu’en… 2028 avant de régresser
les révélations d’une enquête à charge sur les insuffisances du supérieur privé
la réaction du gouvernement et un projet de loi pour mieux encadrer le privé
Démographie : Le nombre d’étudiants dépassera les 4,3 millions en 2028 avant de décroître
A l’heure où les étudiants ont du mal à trouver de la place dans la plupart des filières de l’enseignement supérieur, l’Insee projette un pic des 15-20 ans en 2028, puis une baisse jusqu’en… 2070. En d’autres termes, un des grands défis de l’Enseignement supérieur reste de faire face à une demande croissante en nombres de places dans les universités et les écoles.
Après cette date, la pression commencera à baisser avant un léger rebond entre 2049 et 2059. Seules deux académies d’outre-mer vont contre cette tendance : la Guyane et Mayotte.
Parcoursup : attention à certaines filières privées de l’Enseignement supérieur
Avez-vous déjà vu les brochures des écoles privées post-bac et les publicités dans les transports en commun ? Elles promettent de se passer de Parcoursup pour accéder à une formation avec des places garanties, des programmes attractifs et un emploi assuré. La réalité, une fois les frais d’école versés ou l’emprunt effectué pour les payer, est parfois tout autre.
Une enquête à charge basée sur 150 témoignages
Claire Marchal, qui vient de publier un ouvrage à charge, Le Cube (Flammarion), met en cause le fonctionnement d’un groupe derrière plusieurs organismes de formation privés, dont certains réputés : frais d’inscription très élevés, baisse des salaires des enseignants, volume de cours inférieur à celui annoncé à l’inscription, entorses aux règles de sécurité, et étudiants entassés dans des classes surchargées.
La journaliste s’est également intéressée aux formations qui promettent un dispositif d’alternance, mais qui placent les étudiants en difficulté lorsqu’ils ne trouvent pas de contrat de qualification en entreprise dès les premiers mois. Ceux-ci se retrouvent alors contraints d’abandonner plusieurs milliers d’euros avant de devoir envisager une inscription dans une autre filière l’année suivante.
Une situation qui interpelle les pouvoirs publics
En parlant d' »usines à étudiants », de « diplômes inadaptés » ou d' »enseignement de mauvaise qualité », le livre a suscité un scandale dès sa parution le 5 mars dernier et attiré l’attention des pouvoirs publics. Élisabeth Borne a annoncé, le 10 mars, qu’une inspection interministérielle serait missionnée « pour une plus grande transparence du fonctionnement des établissements d’enseignement supérieur privés à but lucratif ».
Vers un meilleur encadrement des établissements privés ?
Si le projet de légiférer et de mieux encadrer le supérieur privé n’est pas nouveau, il avance néanmoins. Ainsi, pour lutter contre les dérives de certains établissements de formation, des députés devraient déposer une proposition de loi (PPL) visant à mieux informer les étudiants dans l’enseignement supérieur privé. Celle-ci prévoit notamment de protéger les appellations de diplômes, de renforcer la transparence des établissements privés à but lucratif et de créer des voies de recours pour les étudiants. L’objectif est d’offrir aux étudiants les garanties nécessaires pour faire des choix éclairés et sécurisés, en réponse à l’hétérogénéité du secteur et aux pratiques parfois abusives.
Comment être vigilant à l’heure de Parcoursup ?
La Fondation AlphaOmega, comme chaque année dans son guide Parcoursup, met en garde les élèves de Terminale contre les formations qui n’apportent pas de garanties certifiées par l’Etat. En attendant qu’une législation encadre mieux ces établissements, il est prudent de :
S’assurer que la formation délivre bien un diplôme reconnu par l’Etat ;
Consulter les palmarès des formations pour en vérifier la qualité ;
Contacter des étudiants de la formation convoitée pour avoir leur retour sur les conditions d’enseignement ;
Echanger avec des professionnels du secteur convoité pour savoir s’ils embauchent des diplômés de la formation privée qui vous intéresse.
Participer à la remotivation des jeunes au collège et à l’envie de réussir vous intéresse ? Devenez bénévole pour Energie Jeunes !
Vous portez un intérêt aux actions éducatives menées auprès des jeunes et vous vous demandez comment donner de votre temps et avoir de l’impact ?
Que vous soyez professionnel en activité, étudiant, volontaire en service civique, retraité ou tout simplement sensible à la question de la réussite éducative, il y a une place pour vous au sein des équipes d’Energie Jeunes.
Vous voulez savoir concrètement comment cela peut se faire ? Participez, le 2 avril prochain à 13h au webinaire découverte de l’association. Energie Jeunes intervient dans les collèges sur tout le territoire français, de la 6e à la 3e avec son programme « Aimer apprendre au collège » sous forme de sessions de 55 minutes. Objectif : redonner aux adolescents qui perdent le sens de leur apprentissage, l’envie de réussir, en agissant sur les ressorts de la motivation.
👉Inscrivez-vous dès maintenant, c’est gratuit et cela peut changer votre regard sur l’éducation.
Cette semaine, la mise en garde de Studygram sur certains établissements privés du supérieur et la tentation de se rabattre dessus au cas où votre enfant n’obtient pas l’école de ses rêves avec Parcoursup. Quant à l’influenceuse Mathilde, elle vous explique ce qu’il est possible de modifier dans les voeux Parcoursup.
SOURCE : Brignoles Hebdo > Mardi 25 mars 2025.


