Passer au contenu principal

PARIS : Mayotte a besoin des associations

Partager :

PARIS : Mayotte a besoin des associations

Un archipel dévasté, une population privée d’électricité, d’eau, une partie du bâti purement et simplement rayée de la carte, et au milieu des décombres, l’école.

Le cyclone Chido aura eu comme effet de secouer les consciences au sujet de Mayotte et de braquer les projecteurs sur ses enjeux d’éducation. Dans ce département, la population est fortement déscolarisée, peu diplômée. Les écoles, sous pression démographique, y sont saturées, le taux d’illettrisme est chroniquement élevé. Dans ce domaine, le plan « Mayotte debout » aura fort à faire si le gouvernement ne renforce pas, à côté de l’école, la capacité d’implantation des associations pour l’aider à remplir ses multiples missions.

Un département hors normes

Pour bien comprendre ce qui se joue, faisons un arrêt sur image sur le 101ᵉ département français et sélectionnons quelques chiffres parlants. Situé entre Madagascar et La Réunion dans l’océan Indien, Mayotte est le second département en France le plus peuplé avec 321 000 habitants. Mayotte est détachée de l’archipel des Comores en 1972, date où elle a voté pour rester française. Aujourd’hui, la présence d’infrastructures sanitaires à Mayotte fait que de nombreux Comoriens prennent le risque de l’immigration illégale en barque. Conséquences : saturation des services publics de santé et d’éducation, et pression démographique spectaculaire. Les maternités, par exemple : 70 % des naissances proviennent de mères comoriennes. En 2022, Mayotte avait remporté le record des naissances en France avec 10 730 nouveaux-nés. Un accroissement de 4 % annuel de la population fait que Mayotte atteint une densité de 825 habitants/km², soit deux fois celle de sa voisine La Réunion. Pour le service de l’éducation, c’est une gageure : la moitié de la population a moins de 18 ans, 117 000 enfants et adolescents sont scolarisés, entre 5 000 et 9 500 sont décrocheurs. À la JDC, on recense 50 % des jeunes en situation d’illettrisme. L’INSEE indique, pour sa part, que 71 % des jeunes n’ont aucun diplôme. Malgré ces chiffres inquiétants, on mesure une progression par rapport aux générations précédentes, car la part des diplômés est passée de 19 % en 2009 à 27 % en 2014.

Une sous-capacité d’accueil dans les écoles

Les pouvoirs publics n’ont pas abandonné l’archipel. Bien au contraire, d’importants efforts budgétaires sont menés pour attirer les enseignants, avec des traitements supérieurs à la moyenne nationale. L’État recrute également des contractuels pour répondre à la pression démographique, mais malgré tout cela, les conditions sont encore inadaptées à une scolarité comparable à celle des autres départements français : pour certaines écoles, 10 heures de cours sont assurées par semaine, car les classes fonctionnent en rotation entre les murs de l’établissement. Dans certains cas, les cours sont assurés hors les murs quand cela est possible en fonction du climat et de la météo, mais c’est encore trop peu pour compenser une capacité d’accueil qui nécessiterait d’être deux fois plus élevée.

Comment aider l’école à Mayotte ?

Il faut se rendre à l’évidence, l’école à elle seule ne peut suffire. Un recours au tissu associatif complémentaire est nécessaire. Il existe, mais trop peu. L’archipel compte moins d’une centaine d’associations éducatives, la plupart de quartier, et rares sont les associations de dimension nationale comme Coup de Pouce que nous accompagnons. Il en faudrait évidemment davantage pour apporter les méthodes éprouvées et les programmes déployables clés en main. Le principal obstacle se situe au niveau des coûts d’installation et de déploiement, qui constituent un frein majeur : il faut une antenne locale, du personnel sur place pour la coordination, le recrutement de bénévoles sur place, etc. C’est pourquoi il faut envisager des synergies entre les acteurs associatifs.

L’idée d’un collectif fait son chemin et peut-être qu’une autre approche, que nous défendons à la Fondation, pourrait constituer une solution intéressante : s’appuyer sur les associations locales pour implanter les programmes pédagogiques sur l’archipel. Il est peut-être encore trop tôt, mais l’enjeu est là : être présent et soutenir tous les jeunes qui en ont besoin, partout sur le territoire, car l’exemple de Mayotte n’est pas unique. Les Outre-mer et les ruraux restent les parents pauvres de l’accès aux solutions pédagogiques.

Elisabeth Elkrief, directrice générale de la Fondation AlphaOmega

SOURCE : Fondation AlphaOmega.