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PARIS : Asterès analyse la situation de l’Allemagne et des Etats-Unis
Alors que l’Allemagne vote prochainement et que les Etats-Unis sont en train de lancer une guerre commerciale, Asterès analyse la situation respective de ces deux pays pour conclure que la situation américaine (déficit commercial et forte croissance) est préférable à la situation allemande (excédent commercial et récession).
Un excédent commercial peut refléter une faiblesse
L’Allemagne présente un fort excédent courant1et les États-Unis un fort déficit, pourtant l’Allemagne est en récession et les États-Unis connaissent une croissance dynamique, une situation
qui contredit la vision du commerce international défendue par Donald Trump. Les élections allemandes se tiendront fin février dans un contexte de récession depuis deux ans. Au vu de l’excédent commercial allemand qui se maintient à un niveau élevé, on pourrait cependant croire que l’économie allemande demeure en bonne santé. Mais un solde commercial positif peut tout aussi bien refléter, selon les circonstances, une force qu’une faiblesse.
D’ailleurs, les États-Unis connaissent une situation inverse :
fort déficit commercial et forte croissance. Ce constat invalide le diagnostic de Donald Trump, qui est en train de lancer une vaste guerre commerciale avec le reste du monde pour tenter de diminuer le déficit commercial américain.
Allemagne/États-Unis : Des situations opposées
En termes de croissance et de solde courant, l’Allemagne et les États-Unis sont dans des situations totalement opposées. Depuis une quinzaine d’années, l’Allemagne présente un excédent courant élevé, qui a légèrement diminué en 2022 (hausse du prix des importations d’hydrocarbures) mais qui a rebondi ensuite. À l’inverse, les États-Unis ont enregistré un déficit courant élevé sur l’ensemble de cette période. En termes de croissance, la situation américaine a été plus favorable, notamment depuis 2017, avec une croissance allemande significativement inférieure à celle des États-Unis.
Excédent commercial allemand : Désormais le reflet d’une faiblesse
Le niveau élevé de l’excédent commercial allemand est désormais plus un handicap qu’un atout. Un solde commercial positif ou négatif n’est pas, en soi, une bonne ou une mauvaise chose pour un pays. Par exemple, entre 2022 et 2023, l’excédent commercial allemand a progressé, non pas du fait d’une hausse des exportations (ce qui aurait été une évolution positive pour l’économie allemande) mais du fait d’une baisse marquée des importations.

Les soldes commerciaux respectifs de l’Allemagne et des États-Unis s’expliquent avant tout par des écarts dans le niveau total d’épargne. L’épargne totale de l’Allemagne atteint près de 30 % de son PIB, un niveau environ supérieur de 10 points à celui des États-Unis. Cela s’explique notamment par le fort taux d’épargne des ménages allemands et par la faiblesse des dépenses publiques (ce qui implique un niveau total d’épargne nationale plus élevé). Autrement dit, comme l’Allemagne dépense relativement peu (faible consommation et faible investissement), la demande adressée à l’étranger est plus faible et les entreprises allemandes vendent plus leur production à l’étranger. La situation est inverse aux États-Unis, où la demande intérieure est forte.

Implications de politique économique : Réduire l’excédent commercial allemand
Il serait préférable pour l’Allemagne de réduire son excédent commercial. Pour dynamiser sa croissance, il serait utile à l’Allemagne de consommer et d’investir plus, ce qui entraînerait mécaniquement une baisse de l’excédent commercial. Il n’est pas certain que, pour les États-Unis, diminuer le déficit commercial soit un objectif prioritaire.
– Le prochain gouvernement allemand devrait augmenter son niveau de dépenses. L’Allemagne est en récession alors même que le gouvernement dispose de larges marges de manœuvre budgétaires pour stimuler son économie (aide aux ménages modestes, investissements dans la transition énergétique ou les infrastructures, financement de la défense par exemple). Ces dépenses et investissements réduiraient l’excédent commercial allemand, ce qui n’est pas un problème puisque le but premier de la politique économique n’est pas d’accumuler des excédents extérieurs croissants mais d’améliorer le niveau de vie de la population.
– L’objectif du gouvernement américain n’est pas nécessairement de réduire le déficit commercial.
Donal Trump s’est fixé pour objectif de réduire le déficit commercial de son pays, qu’il considère étrangement comme une « subvention » des États-Unis au profit des autres pays. Mais ce déficit
commercial est, à bien des égards, le reflet d’une force de l’économie américaine : attraction de capitaux du monde entier, consommation et investissements dynamiques. La stratégie de Donald Trump, qui vise à réduire le déficit commercial en taxant les produits importés, se traduirait par une baisse de la consommation (des produits importés plus chers pour le consommateur) et briderait un des moteurs de la croissance américaine. Il est préférable pour une économie d’être dans la situation américaine (forte croissance et déficit commercial) qu’allemande (récession et excédent commercial).
Sylvain BERSINGER, chef économiste chez Asterès.
1 Par souci de simplification, nous considérons les termes « solde courant » et « solde commercial » comme synonymes dans l’ensemble de la note.


