PARIS : Fondapol – Dette publique, inquiétude publique
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PARIS : Fondapol – Dette publique, inquiétude publique
Avant même le déclenchement de la crise grecque et la montée en puissance des incertitudes sur la solidité de la zone euro, la fiabilité financière et budgétaire des « PIGS » (Portugal, Italy, Greece, Spain) qui allaient remettre sur le devant de la scène la question du déficit public et la dette de l’État, trois quarts des Français se déclaraient inquiets à ce sujet, et un quart était même très inquiet1.
Après trente années consécutives de budget en déficit pour l’État, ces chiffres témoigneraient-ils d’une soudaine prise de conscience de nos concitoyens sur le sujet ?
Force est de constater qu’on observait déjà, dès février 2009, un niveau d’inquiétude similaire (79% d’inquiets2). Il faut dire que certaines personnalités politiques, et non des moindres, avaient fait sensation par leurs déclarations pour le moins assez abruptes sur le sujet et avaient en quelque sorte préparé le terrain. En septembre 2007, François Fillon déclarait ainsi, à l’occasion d’un déplacement en Corse, que l’État était en situation de faillite sur le plan financier. Il allait être imité quelques mois plus tard par Nicolas Sarkozy qui annonça, lors d’une intervention télévisée, que « les caisses étaient vides ». Ce discours, qui a le mérite de la franchise, ne fut pas pour autant toujours celui qui fut employé, et on se souvient d’ailleurs que le Président reprocha dans un premier temps à son Premier ministre d’avoir tenu de tels propos avant de prendre la même position. Ce fut François Bayrou qui contribua le plus précoce- ment à mettre ce sujet à l’agenda politico-médiatique en en faisant un de ses thèmes de campagne lors de l’élection présidentielle de 2007. 79% des Français étaient ainsi favorables au retour à l’équilibre budgétaire par une réduction des dépenses publiques, soit un niveau identique à celui recueilli par une des mesures emblématiques du candidat UMP : la mise en place d’un service minimum garanti en cas de grèves dans les services publics (80% d’approbations)3.
Ce choix obligea d’ailleurs Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy à reformuler certains points de leur programme et favorisa la progression de François Bayrou dans les intentions de vote, son électorat présentant au final comme signe distinctif, par-delà des origines politiques assez disparates, une forte sensibilité aux questions budgétaires et fiscales. Cependant, si au moment de la campagne présidentielle, la priorité donnée par François Bayrou au retour à l’équilibre budgétaire plutôt qu’à une politique d’investissement à plus long terme a séduit une partie de son électorat, ce fut davantage sur le thème des restrictions nécessaires au niveau de l’État et de son coût de fonctionnement que sur le plan des efforts à consentir au niveau individuel. Les personnes issues des catégories populaires qui soutenaient le candidat centriste semblaient davantage adhérer à ses propos sur le « train de vie de l’Élysée et des ministères » qu’à ses discours sur la nécessité pour les Français de « se serrer la ceinture » afin de contribuer collectivement à un rééquilibrage des comptes. Certes, les électeurs semblent alors en attente d’un discours pragmatique de vérité sur la délicate question de la dette publique, mais les tensions sur les salaires et le pouvoir d’achat rendent difficile la perspective d’un effort financier supplémentaire : « On sait tous que la France est endettée, il faut avoir un discours réaliste, mais si je dois encore resserrer la ceinture, je ne vois pas comment je vais faire » (propos d’un sympathisant de gauche, hésitant pour un vote en faveur de François Bayrou pour le premier tour de l’élection présidentielle d’avril 2007, interrogé par l’Ifop).
La réalité de la montée en puissance de cette thématique dans l’opinion ces deux dernières années n’a, semble-t-il, pas été bien prise en compte, notamment par les initiateurs du projet de grand emprunt. En effet, interrogés à ce propos en novembre dernier, 65% des Français envisageaient ce grand emprunt d’abord comme « un alourdissement des déficits et de la dette publique », contre 35 % seulement qui le voyaientSondage BVA pour Contribuables Associés, réalisé les 22 et 23 septembre 2006 auprès d’un échantillon national représentatif de 975 personnes.
SOURCE : Fondapol – La Newsletter du 14 février 2025.


