PARIS : Hommage au capitaine Florian MONNIER, le discours d…
Partager :

PARIS : Hommage au capitaine Florian MONNIER, le discours de Bruno RETAILLEAU, ministre de l’Intérieur
Cérémonie d’hommage au capitaine Florian MONNIER, lundi 30 décembre 2024 à Maisons-Alfort.
Le discours de Bruno RETAILLEAU, ministre de l’Intérieur.
Mon capitaine,
Vous étiez volontaire. Vous avez toujours été volontaire. Pour servir votre pays, et pour protéger les Français. En tous temps, en tous lieux et en toutes circonstances.
Vous avez toujours été volontaire, depuis le moment où vous avez fait le choix de rester sous les drapeaux après votre service national, puis de rejoindre la gendarmerie, à chaque étape de votre brillante carrière et jusqu’à votre dernière mission à Mayotte, au cœur de la catastrophe.
Oui, vous étiez volontaire. C’était écrit, et trois fois martelé, sur votre Fiche individuelle de renseignement, cette fameuse « FIR » qui accompagne la carrière de chacun de vos camarades.
Vous étiez volontaire pour les missions difficiles, pour les projections outre-mer, les détachements à l’étranger et en opérations extérieures. Vous ne recherchiez pas le repos, mais le défi. Vous ne souhaitiez pas la tranquillité ni la routine, mais l’ardeur et l’adversité.
Quand, il y a quelques jours, vous êtes parti, sous le signe de l’urgence et avec vos camarades du Centre national des Opérations, rejoindre Mayotte dévastée par le cyclone Chido, vous étiez à votre place, dans votre mission, pour venir en aide à la population. Vous étiez là où vous aviez, au fond, toujours souhaité être : au cœur de l’événement.
Car vous étiez un gendarme, un soldat de la loi, militaire engagé pour la protection quotidienne de la France et des Français. Telle était votre vocation, tel était votre engagement.
Mon capitaine,
A présent, nous sommes devant vous.
A vos côtés, se tient votre famille. Carol, votre conjointe, est là, membre, elle aussi, de la grande famille de la gendarmerie nationale, avec ses enfants. Joëlle aussi, elle-même membre de cette grande famille. Tous vos proches sont là : votre mère, votre père – malade mais présent par la pensée – votre sœur aussi. Tous, ils vous entourent de leurs cœurs éplorés. A notre tour, nous les entourerons, du mieux que nous pourrons, pour tenter d’atténuer l’indicible souffrance dont nul, ici, ne peut mesurer l’insondable profondeur.
Sur les rangs, se tiennent vos frères d’armes, camarades de combat, unis dans la douleur de votre disparition, à l’heure où la gendarmerie nationale, que vous avez tant aimée et si magnifiquement servie, vous honore en honorant l’un des siens.
Dans le pays, votre nom s’est inscrit, en lettres d’honneur, dans tous les cœurs français qui se sont associés lundi dernier au deuil national, pour Mayotte meurtrie, cette terre où vous avez péri.
Oui, mon capitaine, nous voici à présent devant vous.
Devant, comme vous l’avez vous-même toujours été.
Devant, pour accomplir toutes vos missions, en gendarmerie mobile à l’escadron 15/4 de Saint-Amand-Montrond, en gendarmerie départementale au groupement de Haute-Savoie, à l’école de gendarmerie de Montluçon, en outre-mer en Nouvelle-Calédonie, au GIGN, en état-major au Centre national des opérations, et à la Direction générale de la Gendarmerie : un parcours complet, un parcours exemplaire au cours duquel vous avez marqué vos camarades, brillé et réussi dans tout ce que vous avez accompli, dans chacun de ces lieux où, pendant près de trente années, vous avez servi, avec un fil rouge constamment réaffirmé : les télécommunications, le numérique, les nouvelles technologies, autant de domaines de pointe qui sont aujourd’hui absolument essentiels pour accomplir les missions avec efficacité et assurer la sécurité de nos concitoyens.
Devant, oui, mon capitaine, pour relever tous les défis, et d’abord sur vous-même, pour progresser, pour vous dépasser, vous qui étiez entré en gendarmerie comme sous-officier aussitôt après votre service national, vous qui avez gravi tous les échelons pour devenir officier. L’effort et le mérite : ces vertus militaires, miroir de nos valeurs républicaines, vous les avez incarnées, vous les avez même sublimées.
Devant, pour déployer toutes vos qualités : reconnues par vos pairs, appréciées de vos chefs, elles vous ont conduit à servir au sein du GIGN de 2017 à 2020, comme spécialiste en systèmes d’information et de communication. Vous étiez fier de porter et d’avoir porté la prestigieuse combinaison, à Satory, comme vous étiez fier de porter le glorieux uniforme de la gendarmerie nationale. Vous le pouviez, car vous étiez talentueux. Dans votre spécialité, vous excelliez. Parce qu’au-delà même de votre technicité, vous aimiez passionnément votre métier.
Et, précisément, devant, vous l’étiez aussi par le choix de cette spécialité tournée vers l’innovation, vers l’avenir et le progrès technologique : une passion jamais démentie, une passion devenue, au fil des années, une véritable expertise, précieuse, indispensable et saluée par tous. Vous étiez un cyber-gendarme de grand talent, un expert de haut niveau, un homme de l’art dont le savoir et le savoir-faire, les conseils et les diagnostics faisaient autorité.
Oui, mon capitaine, vous marchiez devant. Fort et vrai.
Vrai, parce que vous aviez, de l’avis de tous, cette franchise du regard où s’allumait la joie de servir, où brillait une sensibilité à tout et une affection pour chacun, reflet de votre amour sincère pour l’institution que vous serviez avec conviction et détermination. Par souci des autres, de vos camarades et du collectif, par adhésion totale au statut et aux valeurs militaires de votre institution, vous vous êtes d’ailleurs engagé, plusieurs années durant, dans la concertation interne et au sein du Conseil de la Fonction militaire de la gendarmerie. Là aussi, cela traduisait votre sens profond de l’engagement et la haute conception que vous vous en faisiez.
Fort, parce que ni vos camarades, ni vos chefs, n’ont oublié, qu’en Nouvelle-Calédonie, où vous avez servi comme chef de section cyber à Nouméa, vous vous êtes là aussi vaillamment illustré. Au plus fort de la crise, en mai dernier, alors que les blindés étaient tous engagés en mission opérationnelle, vous n’avez pas hésité à vous déplacer en pick-up à de multiples reprises, au cœur de Nouméa en proie aux violences, pour mettre en sécurité des familles de gendarmes. Franchissant des barrages d’émeutiers, sous les jets de pierres ou de cocktails Molotov, vous avez fait votre devoir d’officier pour porter la flamme du courage, comme lorsque vous avez pris part activement à la défense de la caserne de Pélissou.
Mon capitaine, votre carrière est un exemple, et votre sacrifice, un message.
Car vous êtes tombé au cœur de l’une des plus grandes catastrophes naturelles que notre pays ait connues, sur cette terre française de Mayotte ravagée par le cyclone – cette terre rude et belle pour laquelle vous vous êtes immédiatement mobilisé, comme tant de gendarmes, tant de sapeurs-pompiers, tant de sauveteurs et d’agents de l’État.
Mais vous, mon capitaine, au milieu de ceux qui ont tout perdu, vous avez tout donné – jusqu’à votre vie… sur les pentes du Mont Combani où, dans des conditions extrêmes, vous aviez été, avec vos camarades, envoyé dès l’aube en mission vitale pour rétablir les réseaux de communication nécessaires à l’action de l’État et à la coordination des secours.
Une vie donnée : telle est l’épitaphe d’honneur qui figure désormais au fronton de votre existence.
Pour vos proches, elle restera comme une douleur à vivre, mais aussi comme une fierté à porter, en raison de ce que vous avez accompli. Pour vos camarades, elle demeurera comme un exemple à suivre, et un combat à poursuivre. Pour la Nation, elle constitue un souvenir à chérir, une flamme à entretenir.
Car votre exemple nous incite à tenir bon, pour opposer à la tentation du chacun pour soi la force du don de soi. Tel est le serment du gendarme, et l’honneur de la gendarmerie nationale.
Et votre exemple nous élève à l’altitude où vit cette fraternité d’âmes, formée par tous les courageux reliés par chacun des fils de notre drapeau, unis par les liens invisibles du sacrifice.
Cette fraternité des invisibles, tombés pour nos valeurs, drapés dans nos couleurs, vous en êtes désormais l’un des membres.
Mon capitaine,
La gendarmerie n’a nul besoin de surhommes, elle a juste besoin d’hommes sûrs. Vous étiez l’un d’entre eux. Et c’est en hommage à votre engagement que les honneurs militaires vous sont aujourd’hui rendus.
Devant vous, aux côtés des vôtres, nous vous exprimons la reconnaissance de la République et l’admiration de toute la Nation. A titre exceptionnel, vous êtes élevé au grade de chef d’escadron. Vous êtes cité à l’ordre de la gendarmerie, portant attribution de la Médaille d’or de la Défense nationale avec palme de bronze. Et dans quelques instants, nous allons vous remettre aussi la Médaille de la Sécurité intérieure échelon or.
Commandant Florian MONNIER,
Votre disparition vient cruellement nous rappeler les exigences du métier de militaire, de gendarme. Comme tous vos camarades, vous aviez fait le serment de servir la France, de protéger les Français. Vous aviez le cœur droit et l’âme honnête. Homme de devoir, vous aviez la volonté de servir. Et vous l’avez fait. Jusqu’au bout, jusqu’à votre dernier souffle.
Avec votre humanité, votre générosité et votre dévouement, vous étiez et vous resterez à jamais un beau, un très beau visage de la Nation.
Mon commandant,
A votre égard, nous avons désormais une dette d’honneur. Cette dette, nous l’honorerons. Par la flamme étincelante du souvenir, et par le feu ardent du devoir.
Honneur, oui, honneur au chef d’escadron Florian MONNIER !
Vive la Gendarmerie nationale,
Vive la République,
Et Vive la France !

