TOULON : Place Barnier (Extrait du livre « Les lettres de n…
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TOULON : Place Barnier (Extrait du livre « Les lettres de noblesse du vin de Provence »)
Dans la stratégie du coup de pied au cul, il faut toujours s’interroger sur la responsabilité des fesses », selon une expression française tout à fait appropriée à cette anecdote qui s’est déroulée dans son domaine des Peirecèdes, à Pierrefeu, et qu’Alain Baccino, alors président de la Chambre d’agriculture du Var, a plaisir à conter.
Avec néanmoins le plus grand respect pour le ministre concerné. Dans la famille viticole, on sait recevoir… « En plein combat contre le coupage du vin rosé*, au printemps 2008, le ministre de l’Agriculture Michel Barnier avait prévu un voyage dans le Var, autour de l’horticulture qui était en phase montante d’organisation en cluster (le bassin hyérois est la première zone de production horticole de France). Il devait arriver à 10 heures à La Londe et avait très peu de temps en raison d’un programme surchargé devant le mener vers un débat à Villeneuve-Loubet en début d’après-midi. Nous nous connaissions un petit peu, évoque Alain Baccino, notamment à la faveur de plusieurs rencontres au Salon de l’agriculture à Paris, et je l’avais interpellé (harcelé et poursuivi en fait…) en lui signifiant qu’il ne pouvait pas venir dans le Var sans voir les viticulteurs compte tenu du malaise ambiant et des attaques sur le rosé. Il m’a demandé de lui trouver un lieu entre Hyères et l’autoroute pour aller à Nice, où il pourrait grignoter en vitesse en nous écoutant, une vingtaine de minutes, pas plus. « Cela tombe bien, lui ai-je expliqué, j’ai mon domaine sur le chemin, cela ne vous retardera pas, je m’occupe de tout… ».
Je l’accompagne donc auprès des horticulteurs en tant que président de la Chambre d’Agriculture, puis je l’amène dans mon exploitation où j’avais réuni une délégation de viticulteurs et fait préparer quelques bons produits. Il se trouve que j’ai dans ma salle de dégustation une vue panoramique sur les vignes. Je le fais asseoir à la meilleure place, dos au mur, face aux voutes et aux plantations, devant une table bien achalandée par un bon traiteur local maîtrisant les accords mets/vin rosé. Les représentants de la filière ont alors tous pu s’exprimer durant le court temps imparti et « l’abreuver » des explications nécessaires.
Au final, il est resté deux heures ! Là où il était placé, qui plus est bien servi, ce n’était pas humainement possible qu’il se lève et qu’il parte à sa réunion. Tout le monde s’en est amusé, lui aussi, et nous avons pu aller au fond des choses. Mal informé, il n’avait pas pris la mesure des conséquences du coupage pour notre région viticole. Ce jour-là, il a pris conscience qu’il fallait agir et s’est mobilisé à nos côtés jusqu’à la victoire finale. Depuis, nous avons baptisé l’endroit où il était assis « place Barnier »… * Dans le cadre de la réforme de l’OCM (Organisation commune de marché) de la filière viticole, l’Union Européenne a sorti en 2008 du chapeau de ses commissaires une directive « mascarade » aux yeux des professionnels et des amateurs : la levée de l’interdiction du coupage des vins. Cette pratique œnologique interdite jusqu’alors en Europe consiste à mélanger du blanc avec du rouge pour obtenir du rosé ou plutôt un vin rose. Si la seule couleur ne fait pas le rosé, qui est issu de techniques de vinification spécifiques, la couleur de l’argent, pour ceux à qui profitait « le crime », aurait pu le tuer (certains gros négociants européens avaient des stocks à écouler). C’était sans compter sur la levée de bouclier de gardiens provençaux de la qualité et de l’éthique, issus d’un pays, d’une région, où le rosé est né. La mobilisation a été massive et victorieuse
SOURCE : UNION – La lettre patronale d’information(s).


