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NICE : Exposition consacrée aux rapports entre les œuvres d…

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NICE : Exposition consacrée aux rapports entre les œuvres de Henri Matisse et de Joan Miró

Grâce à sa collection unique au monde le Musée Matisse de Nice est devenu un établissement au rayonnement international.

Du 14 février au 27 mai 2024, les trésors de la collection seront présentés hors les murs au National Art Center à Tokyo pour l’exposition Henri Matisse – Formes libres.

Cette exposition révèlera pour la première fois au public japonais l’extraordinaire collection du musée Matisse de Nice à travers le prêt de 145 œuvres et objets issus de ses fonds. Connue pour être l’un des plus importants ensembles d’œuvres de l’artiste au monde, cette collection a été constituée des donations successives de l’artiste et de ses héritiers à la Ville de Nice et couvre toutes les périodes de création du maître, des premières peintures jusqu’aux ultimes projets.

Le Yomiuri Shimbun, principal organe de presse japonais dont la branche culture organise depuis plus de 70 ans des expositions, est à l’initiative de cette exposition hors les murs au Japon. Ce projet, exceptionnel par son ampleur, est adossé à une convention de mécénat qui a permis la restauration d’œuvres d’Henri Matisse en gouaches découpées dont Fleurs et fruits qui sera pour la première fois exposée au Japon. Cette œuvre de 1952-1953 est l’une des plus grandes gouaches d’Henri Matisse conservées dans les collections publiques européennes.

Le parcours de l’exposition sera découpé en 5 étapes et l’accent sera particulièrement mis sur les gouaches découpées, dont le musée Matisse conserve un très riche ensemble. Des pièces majeures comme la Danseuse créole, Nu bleu IV, ou encore la série des maquettes des chasubles pour la chapelle de Vence, avec une reconstitution en images de la féérie lumineuse des vitraux, seront présentées.

A l’occasion de cette exposition exceptionnelle à Tokyo, le musée Matisse fermera ses portes (du 9 janvier au 14 mars 2024) pour terminer une troisième phase de travaux de régulation en génie climatique. Les équipements vétustes de l’ensemble du rez-de-chaussée de la « Villa des Arènes » seront remplacés afin d’améliorer les conditions de conservation et de présentation des œuvres (température et hygrométrie).

Autre temps fort du musée Matisse en 2024 : du 16 mars au 27 mai, le musée proposera un parcours renouvelé d’une partie de sa collection d’art graphique en invitant le peintre Djamel Tatah et le commissaire d’exposition Éric de Chassey.

L’exposition « MiroMatisse », en partenariat avec Fundacio Joan Miro à Barcelone, qui sera présentée au musée Matisse de Nice du 28 juin au 29 septembre 2024 et à Barcelone du 24 octobre 2024 au 9 février 2025.

Commissariat « Henri Matisse – Formes libres » :

Claudine Grammont, cheffe du Cabinet d’art graphique, Centre Pompidou, Paris

Naoki Yoneda, conservateur au National Art Center, Tokyo

[Exposition] MiróMatisse. PAR-DELÀ LES IMAGES

28 JUIN– 29 SEPTEMBRE

Commissariat : Rémi Labrusse, historien de l’art

La Fundació Joan Miró à Barcelone et le musée Matisse à Nice s’associent pour organiser une exposition consacrée aux rapports entre les œuvres de Henri Matisse et de Joan Miró, sous le titre «MiróMatisse. Par-delà les images». « Par-delà les images », d’abord, parce qu’il s’agira de remettre en cause des clichés. À première vue, en effet, le rapprochement entre les deux artistes peut sembler paradoxal. Ils appartiennent à des générations différentes (Matisse est né en 1869, Miró en 1893). Ils sont généralement associés à des milieux artistiques différents (le fauvisme pour Matisse, le surréalisme pour Miró) et à des approches esthétiques différentes (l’harmonie «décorative» pour Matisse, l’inquiétante étrangeté pour Miró). Pourtant, l’exposition aura pour but de montrer les rapports profonds, durables et constructifs entre les deux artistes, entre leurs conceptions de l’art et entre leurs œuvres. « Par-delà les images », ensuite, parce que les deux artistes ont fondé leur création sur une critique approfondie de la tradition des images en Occident.

Leurs pratiques élargies de la peinture et du dessin ont été animées par cette inquiétude critique. C’est pour cette raison qu’ils se sont reconnus et admirés mutuellement. Tout au long de sa vie, Miró a rendu hommage à « l’esprit fauve » de Matisse, qu’il cherchait à retrouver dans ses propres œuvres, « en plus brutal ». En 1952, peu avant la mort de son aîné, il lui écrit encore pour lui témoigner sa «profonde admiration». Matisse, de son côté, s’est appuyé sur les œuvres de Miró pour dépasser la crise picturale qu’il a traversée au milieu des années 1930. Il a gardé et étudié certaines d’entre elles chez lui pendant de longues années, entre 1935 et 1945. Il confie d’ailleurs au poète Louis Aragon, pendant la Seconde Guerre mondiale, qu’il situe Miró parmi les artistes vivants qu’il admire le plus : « Miró… oui, Miró… parce qu’il peut bien représenter n’importe quoi sur sa toile… mais si, en un certain point, il a placé une tache rouge, vous pouvez être assuré que c’était là, pas ailleurs, qu’elle devait être… enlevez-la, le tableau tombe. »

Les liens entre les deux artistes ont été renforcés par leurs amis communs : critiques d’art et écrivains comme Aragon, Breton, Georges Duthuit, Christian Zervos, etc.; marchands comme Pierre Matisse ou Aimé Maeght. Le rôle de Pierre Matisse, en particulier, a été décisif : le fils d’Henri Matisse a assuré la défense de l’œuvre de Miró aux États-Unis à partir de 1934 et, à ce titre, il a souvent confié à son père la mission de choisir les œuvres de Miró qui devaient être envoyées à New York.

Ces liens personnels sont nourris par des pratiques communes. C’est le cas pour les livres illustrés, qu’ils ont tous les deux conçus comme de véritables constructions architecturales, grâce aux commandes du critique et éditeur Tériade («Jazz» de Matisse, en 1947, ou les livres de Miró autour de la figure d’Ubu, entre 1966 et 1975). Ils partagent également un même désir de concevoir de grandes compositions destinées à vivifier l’espace environnant : la chapelle de Vence, pour Matisse, à la fin des années 1940, ou la salle à manger du Terrace Plaza Hotel à Cincinnati, pour Miró, à la même époque.

En profondeur, leur amitié et leurs regards sur leurs œuvres respectives s’expliquent par les points de contact entre leurs conceptions de l’art, qui remettent en cause l’autonomie de l’image peinte ou dessinée. Matisse a toujours placé la notion de «décoratif» au cœur de son esthétique. Miró, de son côté, s’est fait connaître à travers l’idée d’« assassinat de la peinture ». Ces deux visions ne sont pas contradictoires. Elles s’accordent au contraire à partir d’un même désir de dépassement de la représentation, au sens traditionnel du terme. Dans les deux cas, le processus créateur associe un mouvement de déconstruction et un mouvement de refondation, afin de conférer à la création visuelle une nouvelle puissance (au sens de l’agency, en anglais).

L’exposition permettra ainsi de montrer qu’il y a de la violence dans le décoratif matissien, de même qu’il y a de la douceur dans « l’assassinat » mironien. Il ne s’agira pas pour autant de masquer les différences : « union et distance » – pour reprendre le titre d’un texte de Georges Duthuit en 1939 –, c’est ce qui caractérise leur relation, dans leurs efforts respectifs pour pousser la pratique des images au-delà d’elle-même. L’exposition partira d’une base biographique. Comment Matisse et Miró ont-ils eu accès à leurs œuvres respectives ? Qu’ont-ils vu ou pu voir l’un de l’autre ? Qui furent les passeurs entre eux ? À partir de là, on se concentrera sur des moments décisifs où ces regards croisés ont été particulièrement productifs : la pensée du fauvisme chez Miró, à la fin des années 1910 et au début des années 1940 ; le stimulus procuré à Matisse par les œuvres de Miró, à partir du milieu des années 1930. Enfin, on s’intéressera à leurs pratiques partagées, mettant en regard assassinat de la peinture et esthétique décorative : les livres illustrés, les grandes compositions monumentales, jusqu’à un « face-à-face » final entre des œuvres majeures, à valeur testamentaire, de chacun des deux artistes.