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PARIS : Alexandre Lazarègue : « L’IA cesse d’être un sujet d’innovation pour devenir un sujet de gouvernance »
À l’approche de l’échéance du 2 août 2026, l’avocat Alexandre Lazarègue alerte : les dirigeants deviennent comptables des usages de l’IA.
Alors que le règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act) s’apprête à franchir une nouvelle étape décisive le 2 août prochain, de nombreux dirigeants d’entreprise n’ont pas encore saisi la pleine mesure du changement à venir. Pour Alexandre Lazarègue, avocat au barreau de Paris spécialisé en droit du numérique au sein du cabinet Lazarègue Avocats, il ne s’agit pas d’une simple strate réglementaire supplémentaire, mais d’une véritable révolution managériale.
« À compter de cette date, l’intelligence artificielle cesse d’être un sujet d’innovation ou de productivité pour devenir un sujet de gouvernance, dont le dirigeant doit répondre », analyse l’expert.
Un déploiement chaotique et invisible
Depuis l’émergence d’outils comme ChatGPT, l’adoption de l’intelligence artificielle s’est faite de manière fulgurante et décentralisée. Contrairement aux grandes transformations technologiques précédentes, son déploiement n’a que rarement été piloté par les comités exécutifs. Des collaborateurs ont ouvert des comptes, des équipes ont souscrit des abonnements et des éditeurs ont intégré des fonctionnalités d’IA dans leurs mises à jour, souvent à l’insu de la direction générale.
Cette phase d’expérimentation a permis une diffusion rapide dans tous les services de l’entreprise : directions juridiques, ressources humaines, forces commerciales ou encore équipes informatiques. Mais cette dissémination sans politique interne claire place aujourd’hui les dirigeants face à une responsabilité nouvelle. L’ère du désordre toléré est révolue.
Cartographier l’existant : le premier défi des entreprises
Le principal obstacle pour les entreprises n’est pas la complexité de l’AI Act en lui-même, mais leur méconnaissance de leurs propres pratiques. La première question n’est pas de savoir si l’on est concerné par le règlement, mais d’identifier précisément quels systèmes d’IA sont utilisés en interne.
Or, la plupart des organisations sont aujourd’hui incapables de dresser cette cartographie. Combien d’applications intégrant de l’IA sont réellement employées ? Quels fournisseurs et sous-traitants interviennent dans la chaîne de traitement des données ? Quels algorithmes influencent une décision de recrutement ou une analyse financière ? Ces interrogations fondamentales demeurent souvent sans réponse.
« Il deviendra difficile de soutenir longtemps que l’on ignorait ce qui était utilisé dans sa propre entreprise », prévient Alexandre Lazarègue.
De la DSI à la direction générale : une responsabilité transversale
La mise en conformité débute donc par une démarche organisationnelle avant d’être juridique. Comme pour le RGPD en 2018, les entreprises qui commenceront par un inventaire rigoureux de leurs usages bâtiront une gouvernance solide, tandis que les autres risquent d’accumuler une documentation de conformité déconnectée de la réalité opérationnelle.
Ce changement déplace le centre de gravité de la responsabilité. L’IA n’est plus l’apanage de la direction des systèmes d’information. Elle engage désormais pleinement la direction juridique, le délégué à la protection des données (DPO), la cybersécurité et l’ensemble des métiers. Les conséquences d’un usage non maîtrisé touchent à la protection des données personnelles, aux droits fondamentaux, à la propriété intellectuelle ou encore à la responsabilité civile.
« La question n’est plus de savoir qui déploie l’outil, mais qui en assume la responsabilité », souligne l’avocat.
De la contrainte à l’outil de pilotage stratégique
Loin d’être une simple contrainte, le travail imposé par l’AI Act — identifier les usages, clarifier les responsabilités, documenter les processus — peut se transformer en un véritable atout stratégique. Une entreprise qui maîtrise son écosystème d’IA gagne en agilité et en confiance. Elle peut évaluer un nouvel outil en quelques jours, répondre avec précision aux interrogations de ses clients et sécuriser ses investissements technologiques.
« Ce qui est perçu comme une formalité préalable devient un instrument de pilotage », affirme Alexandre Lazarègue.
Cette exigence de transparence ne viendra pas uniquement des autorités de contrôle. Les donneurs d’ordre, les investisseurs et les assureurs intégreront progressivement la gouvernance de l’IA dans leurs critères d’évaluation, au même titre que la cybersécurité.
Pour débuter, l’expert propose une feuille de route simple, articulée autour de quatre questions stratégiques : où l’IA est-elle utilisée ? Quelles données lui sont confiées ? Quelles décisions influence-t-elle ? Et qui en assure la supervision ? Le 2 août 2026 ne marque pas la fin de l’innovation, mais le début d’une ère où celle-ci doit être gouvernée.
Alexandre Lazarègue
Avocat au barreau de Paris – droit du numérique
Lazarègue Avocats
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via Presse Agence.

