VEVEY : Photographie – Une exposition explore le dial…
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VEVEY : Photographie – Une exposition explore le dialogue entre l’artiste et une caméra dotée d’IA
À Vevey, sur les bords du lac Léman, l’artiste Mathieu Bernard-Reymond expose « Les murmures », fruit d’un dialogue avec une caméra dotée d’IA.
À l’heure où l’intelligence artificielle générative bouscule les codes de la création visuelle, le Musée suisse de l’appareil photographique de Vevey présente, du 18 mars au 16 août 2026, l’exposition « Les murmures ». Ce projet, mené par le photographe et artiste franco-suisse Mathieu Bernard-Reymond, propose une exploration poétique et critique des interactions possibles entre la photographie traditionnelle et les technologies d’IA. Loin de rejeter ou de magnifier l’outil, l’artiste l’intègre au cœur du processus créatif pour interroger la nature même de l’image et du geste photographique.
Un « appareille photo » unique au monde
Pièce maîtresse de l’exposition, un appareil photographique d’un nouveau genre a été spécialement conçu pour ce projet en collaboration avec le studio de design suisse Mouvement Studio. Cet objet technologique et artistique embarque une intelligence artificielle capable d’écouter, d’enregistrer et d’interpréter les paroles prononcées par le photographe au moment de la prise de vue. L’appareil fonctionne de manière autonome, sans connexion à Internet, créant un dialogue intime entre l’humain et la machine.
Le résultat est une fusion entre l’image capturée optiquement et celle « hallucinée » par les mots de l’artiste. En « murmurant » ses intentions à l’appareil, Mathieu Bernard-Reymond projette son intériorité dans la scène enregistrée, modelant ainsi la photographie finale. Cette démarche propose de considérer l’IA non comme une technologie dématérialisée et déshumanisante, mais comme un prolongement concret et tangible de l’histoire des techniques photographiques.
Explorer, résister et subvertir l’IA
Le sous-titre de l’exposition, « Une machine à voir, avec et à rebours de l’IA », résume l’ambition du projet. Il ne s’agit pas seulement de créer « avec » la machine, mais aussi « à rebours » de ses logiques, en détournant ses automatismes pour affirmer une vision artistique singulière. Mathieu Bernard-Reymond cherche à exploiter les imperfections et les soubresauts de l’algorithme pour en faire un langage expressif, en opposition à la quête de photoréalisme souvent associée aux outils d’IA grand public.
L’exposition met en lumière les tensions, les limites mais aussi les perspectives créatives offertes par ces technologies. Elle invite le public à une réflexion nuancée sur l’évolution du rôle de l’artiste et la redéfinition du lien entre l’image et le réel à l’ère numérique.
La démarche de Mathieu Bernard-Reymond
Né en 1976, le photographe franco-suisse Mathieu Bernard-Reymond explore depuis plus de vingt ans les frontières de l’image en combinant sensibilité poétique et expérimentations technologiques. Formé au Centre d’enseignement professionnel de Vevey (CEPV), où il enseigne aujourd’hui les pratiques numériques, son travail a été récompensé par des prix prestigieux comme le Prix HSBC pour la Photographie (2003) et le Prix Arcimboldo pour l’image numérique (2009).
Ce projet s’inscrit dans la continuité de ses recherches sur les technologies génératives. « Ce que j’ai appris de ces outils recoupe, confirme et prolonge ce que j’ai appris en vingt ans de pratique photographique : ce qui m’intéresse dans la technologie, ce n’est pas le prétendu progrès qu’elle représente, mais l’opportunité de se laisser surprendre par ses soubresauts d’imperfection », explique Mathieu Bernard-Reymond.
Autour de l’exposition : agenda et informations
Plusieurs événements ponctueront l’exposition. Un atelier sur les biais raciaux dans l’IA se tiendra le 21 mars 2026 dans le cadre de la Semaine d’actions contre le racisme (inscriptions sur https://www.vevey.ch/SACR). L’artiste animera lui-même des ateliers pour faire découvrir son appareil unique le 28 mars, ainsi que des visites guidées les 30 avril, 2 mai et 6 juin 2026. Une conférence en anglais sur la muséologie computationnelle par la professeure Sarah Kenderdine (EPFL) est également programmée le 4 juin.
L’exposition bénéficie du soutien de l’Association des amis du Musée suisse de l’appareil photographique, du Canton de Vaud, de la Fondation Givel, de la Loterie Romande et de Pro Helvetia.
Le musée est ouvert du mardi au dimanche de 11h à 17h30. Pour plus d’informations, consultez le site officiel : www.cameramuseum.ch.


