TOULOUSE : Nicolas RICARD : « La souveraineté numérique ne…
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TOULOUSE : Nicolas RICARD : « La souveraineté numérique ne peut pas reposer uniquement sur des intentions »
Nicolas Ricard, PDG d’Axonaut, réclame une vraie souveraineté numérique des plateformes de facturation, au-delà des simples labels géographiques.
En France, la volonté institutionnelle de promouvoir un numérique « Made in France » est indéniable. Portée par des initiatives comme la French Tech ou France Num, cette dynamique vise à associer la technologie tricolore à des valeurs de confiance, de qualité et de savoir-faire. L’idée maîtresse qui s’est imposée ces dernières années est claire : une technologie conçue dans l’Hexagone, par des acteurs locaux, mérite d’être privilégiée face aux alternatives étrangères, et particulièrement face à l’hégémonie des grands groupes américains.
Pourtant, alors que la généralisation de la facturation électronique approche à grands pas, Nicolas Ricard, PDG et cofondateur d’Axonaut, s’interroge sur la réalité de cette souveraineté. Dans une tribune engagée, il analyse les dessous d’une réforme majeure où les apparences peuvent être trompeuses.
L’illusion de la nationalité du siège social.
Pour guider les entrepreneurs dans la transition vers la facturation électronique, les pouvoirs publics ont mis en place des outils pédagogiques. Le site du gouvernement propose ainsi des schémas explicatifs, consultables sur le portail de France Num (https://www.francenum.gouv.fr/guides-et-conseils/pilotage-de-lentreprise/dematerialisation-des-documents/facturation-0), qui distinguent les plateformes selon leur lieu d’édition : France, Europe ou hors Europe.
Cependant, cette classification géographique montre ses limites. « Ces classifications reposent essentiellement sur le lieu du siège social, sans prendre en compte la structure de détention des entreprises », explique Nicolas Ricard. La nuance est fondamentale dans un secteur technologique mondialisé. Le dirigeant soulève un chiffre éloquent : « Près de 42 % des plateformes aujourd’hui agréées sont détenues partiellement ou totalement par des fonds étrangers ».
Pour le cofondateur d’Axonaut, la souveraineté technologique ne peut se résumer à une adresse postale. Elle constitue un enjeu central, d’autant que la France a fait un choix singulier en Europe. « Là où la majorité des pays ont adopté le réseau Peppol, elle a fait le choix de construire son propre réseau national », précise-t-il. Dans cette architecture spécifique, si le réseau appartient à l’État, les portes d’entrée sont gérées par des éditeurs de logiciels privés.
Une concentration du marché qui inquiète.
Ces éditeurs occupent donc une position stratégique pour la réussite du dispositif. Leur ancrage local et leur indépendance ne sont pas des détails administratifs, mais des garanties de pérennité et d’équilibre. Or, le marché des logiciels de gestion, historiquement très concurrentiel et hétérogène, vit une mutation accélérée. « L’arrivée de la facturation électronique accélère les opérations de rachat et de consolidation », constate Nicolas Ricard.
L’échéance est fixée : d’ici septembre 2026, les entreprises devront avoir choisi leur plateforme. Ce choix s’effectuera pourtant dans un cadre restreint. La complexité pour obtenir l’accréditation favorise mécaniquement les structures disposant de moyens colossaux, souvent les grands groupes. En consultant la liste des 101 plateformes agréées disponible sur le site des impôts (https://www.impots.gouv.fr/je-consulte-la-liste-des-plateformes-agreees), la question de la diversité réelle de l’offre se pose.
« Combien sont réellement indépendantes et durablement ancrées sur le territoire ? La question mérite d’être posée, car les conséquences sur la diversité de l’offre et sur l’écosystème logiciel français seront profondes », prévient l’expert.
Donner le choix aux entrepreneurs.
Au bout de la chaîne, ce sont les TPE et PME françaises qui devront trancher. Sont-elles armées pour faire de la souveraineté numérique un critère de choix ? La réalité du terrain est souvent plus pragmatique. « Dans les faits, beaucoup choisiront la solution la moins coûteuse ou celle recommandée par leur expert-comptable. Et c’est parfaitement compréhensible : leur priorité est de faire tourner leur activité », admet Nicolas Ricard.
Le constat est sans appel : les entreprises sont placées face à un choix stratégique sans avoir pleinement les moyens d’en saisir les implications en matière d’indépendance technologique. Pour le dirigeant d’Axonaut, il y a urgence à aligner les actes sur les discours. « Si la souveraineté numérique est un objectif collectif, alors elle ne peut pas reposer uniquement sur des intentions », martèle-t-il.
La réussite de cette réforme, qui doit être plus qu’une simple mise en conformité réglementaire, passera par un soutien concret aux technologies françaises réellement indépendantes. « C’est à cette condition que la facturation électronique pourra devenir non seulement, une réforme réglementaire, mais aussi une opportunité industrielle et stratégique pour la France », conclut Nicolas Ricard.